ATT multiplie la CO.S.E.S par zéro
mercredi 11 juin 2008 par Abdoulaye Diakité
Trop c’est trop, pourrait-on tenter de dire dans le bras de fer que les enseignants du secondaire, regroupés dans leur fameuse Coordination des Syndicats des Enseignants du Secondaire (CO.S.E.S), ont engagé avec les autorités de la République.
Depuis un certain 12 Novembre 2007, ceux-ci ont carrément démissionné d’une partie de leur mission consistant à évaluer les apprenants et à transmettre les notes à qui de droit. Ils ont tellement tiré sur la corde qu’ils ont failli ternir le caractère sacerdotal de leur fonction enseignante. Un célèbre homme politique de notre pays, en l’occurrence Aly Nouhoum Diallo disait à l’occasion de la commémoration du 26 Mars, qu’il pouvait comprendre les enseignants, si ceux-ci tout en accomplissant leur devoir vis-à-vis de la nation, avait interpellé l’Etat devant les juridictions pour réclamer leurs droits. Dans ces conditions, avait-il dit, ils allaient avoir tout le soutien du peuple. Mais, avait-il poursuivi, que ceux-ci refusent d’évaluer les enfants pour des motifs de primes de logement, cela est inadmissible. C’est justement cet homme politique que le chef de l’Etat a rejoint le dimanche dernier dans son entretien avec la presse, consécutif à l’anniversaire de son accession pour le second mandat à Koulouba.
Pour le chef de l’Etat, l’attitude des enseignants est carrément inadmissible, car elle n’est propre qu’au Mali. « Comment peut-on comprendre qu’un syndicat plante toute la République ? Vous refusez d’évaluer les enfants, vous refusez de donner les notes au motif que vous êtes en grève, si ce n’est pas au Mali, où est-ce qu’on a vu ça ? Moi en tant qu’enseignant si je refuse d’évaluer, je dois refuser de prendre aussi mon salaire », a regretté le chef de l’Etat. En effet, les enseignants dans leur nouveau mode de grève, frisent même l’irresponsabilité. L’on ne peut pas comprendre que quelqu’un qui se dit gréviste continue à dispenser les cours normalement. Interrogé sur la question, un responsable de la CO.S.E.S avait répondu en son temps, que la loi permet lorsque l’employé n’est pas content de son traitement, en plus de la grève totale, de s’abstenir d’une partie de sa charge pour exprimer son mécontentement.
Mais cet argument peut-il tenir dans ce cas-ci ?
Ce mode de grève, qui serait d’origine sénégalaise
a pris cours chez nous en 2001 à la Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines (FLASH), quand les deux enseignants de cette faculté ont occasionné une année blanche dans l’unique faculté de l’Université de Bamako.
Les enseignants sous l’instigation de l’actuel ministre des enseignements secondaire supérieur et de la recherche scientifique, Amadou Touré, ont pris les notes d’évaluation de l’an 2000 en otage pendant toute l’année 2001, ce qui fait qu’à part les nouveaux bacheliers qui venaient d’arriver, tout l’établissement a été pris en otage. Conséquence : certains étudiants ont passé trois ans dans la même classe. Cela a entraîné aussi des départs massifs des étudiants de ladite faculté malgré eux, vers des Instituts de Formation de Maître (IMF).
C’est donc ce mode de grève, jusque-là propre à l’enseignement supérieur, qui a été utilisé par la CO.S.E.S. C’est une arme très difficilement maîtrisable, car, son usage ne fait pas directement de l’intéressé un gréviste, pour qu’on ponctionner sur son salaire le nombre de jours passés en grève. C’est pourquoi les enseignants ont pu se la couler douce pendant toute une année, sans voir leurs salaires souffrir d’un centime de retrait. Les mêmes enseignants pensaient que sans eux des évaluations ne seraient pas possibles en République du Mali.
Ce que les autorités ont réussi à démentir à travers une organisation parfaite des évaluations trimestrielles dans tous les établissements secondaires du pays. Chose que le chef de l’Etat a appréciée du fond de son cœur, lors de sa rencontre avec les journalistes. Pour ce qui reste à venir, à savoir le baccalauréat, ATT s’est voulu on ne peut plus clair : « On va organiser les évaluations sans ceux qui ne veulent pas nous suivre ». On n’a pas besoin de creuser ses méninges pour savoir que le chef de l’Etat fait allusion à la fameuse CO.S.E.S, qui a été surprise de la parfaite organisation des évaluations trimestrielles à travers le pays.
Pour le chef de l’Etat, il ne sera jamais question de prendre des engagements avec un syndicat qu’on ne pourra pas assumer, d’où ce discours : « Ils (les enseignants) avaient voulu que le gouvernement donne seulement son accord de principe, mais nous, nous avons dit non, on ne va s’engager dans des choses qu’on ne pourra pas assumer ».
Le problème de notre enseignement secondaire trouve son explication dans cette affaire de contractualisation.
En effet, contrairement au passé où l’on devenait enseignant selon sa vocation, la fonction enseignante est devenue un point de chute pour tous les chômeurs.
Ce qui fait que les gens arrivent dans la profession pour s’enrichir et non par vocation. N’est plus enseignant qui le peut, mais qui le veut.


