Q B :voulez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
AB : Mon nom est Alou Batilly. Je suis député à l’Assemblée nationale, élu à Kati. Je suis de la commune de Dialakoroba. Secrétaire aux finances de la section URD de Kati et secrétaire général de la sous- section de l’URD de Dialakoroba.
Q B : Notre pays fait face actuellement à de nombreuses crises. L’insécurité au Nord en est une. Que pensez-vous de cette insécurité en tant qu’élu de la nation ?
A B : La crise au nord du pays est un problème national qui doit être géré avec plus de sérénité. Surtout avoir beaucoup de confiance aux institutions de la Républiques et cela en parfait accord avec les fils du terroir. Vous savez, toute crise commence par des sources bien précises. Donc, je crois qu’il faut d’abord situer la crise dans son contexte afin de savoir pourquoi aujourd’hui une partie de la population se révolte contre son pays. En ce moment, s’il se trouve que les raisons de sa révolte sont d’ordres économiques, il serait mieux d’organiser des tables rondes à l’intension de cette communauté en désaccord avec son pays pour situer le problème. Cependant, s’il s’agit d’un problème entre eux, c’est-à-dire les populations d’une même communauté, il faudra le régler par des personnes interposées ou par négociation. En outre, s’il se trouve que c’est un problème réel de banditisme, j’aimerais que le pays prenne toutes ses responsabilités contre ces bandits car on ne saurait chaque fois se rebeller contre son pays. En matière de rébellion, il faut d’abord négocier mais toute négociation a un coût et un délai. Il est temps que des solutions durables soient cherchées à cette crise.
Q B : Après le forum de Kidal, les attaques se perpétuent. Pensez-vous que l’Etat n’a rien fait jusque ?
A B : C’est vrai, on a parlé du Forum de Kidal mais je pense qu’il ne s’agissait pas d’aller faire des déclarations de milliards. Il faut le concret. Pour se faire, il fallait associer toutes les couches à ce Forum (L’Assemblée nationale, le Haut Conseil des Collectivités, le Médiateur de la République, le Conseil du Patronat malien). Si on se permet de faire des sélections, ça ne tient plus. Je pense que si tout le monde était associé à ce forum, même si c’était avec des moyens maigres, les gens seraient d’accord sur un principe. Il ne sert pas grande chose d’aller déclarer des milliards qu’on ne peut jamais avoir. Il faut plutôt négocier une fois pour toute sur des vérités saines. Q B : Donc, pensez-vous que toutes les institutions de la République n’ont pas été impliquées à ce forum de Kidal ?
A B : Effectivement tout le monde n’était pas impliqué. Aujourd’hui, ce que je peux dire, c’est qu’il ne suffit pas d’aller construire une école ou une aire de santé pour parler de développement. Il faut mettre le pays en chantier et plus précisément la région de Kidal. Quand le pays sera mis en chantiers, personne n’osera lever encore le petit doigt pour réclamer quoique se soit. En ce moment, on aura raison même s’il s’agira de prendra les armes pour défendre l’intégrité territoriale. Par ailleurs, ces gens doivent aussi savoir que dans toute question de développement, le désordre n’arrange pas. Les plus souvent, les gens pensent qu’avec les fusils qu’on peut tout avoir alors que tel n’est pas toujours le cas. Pour revenir aux accords d’Alger, s’ils n’ont pas pu résoudre le problème, je pense qu’il est important pour le Gouvernement de réfléchir sur d’autres issues de solutions. Il doit réfléchir et faire des propositions concrètes aux bailleurs de fonds. Quelqu’un qui à faim ou soif aujourd’hui, on ne peut pas lui demander d’attendre 4 ou 5 ans pour avoir à manger ou à boire. Je pense que si les solutions sont négociées, on peut avoir la paix dans notre pays.
Q B ; Que diriez- vous du retrait des troupes ou encore l’allégement du dispositif militaire demandé par les rebelles ? Pensez –vous que ce retrait serait une solution à la crise ?
A B : Le retrait des troupes ou l’allégement du dispositif militaire ne pourrait être une solution à cette crise, et d’ailleurs je ne suis pas pour cet allègement. L’armée à une mission de défendre l’intégrité territorial. Mais, au delà du problème militaire, les négociations politiques peuvent se poursuivre et quand des solutions seront trouvées en ce moment, on peut parler d’allégement des troupes.
Q B : La crise alimentaire est une des plus grandes que vie aujourd’hui notre pays. Voulez-vous nous parler de cette crise ?
A B : Nous sommes tous concernés par cette crise alimentaire singulièrement moi même. D’abord en tant que chef de famille, en tant qu’élu de la nation et en tant que secrétaire au compte du bureau des commerçants détaillants. Mais, ce que je peux dire, c’est qu’aucun pays ne peut vivre en sapeur pompier. Le Mali est un pays agro-silvo-pastoral. Donc, il doit faire des projections pour les années à venir, s’occuper surtout de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Il est inadmissible pour un pays comme le Mali d’avoir l’office du Niger, avec tous ces fleuves et ses affluents et ne pas pourvoir nourrir sa population. C’est vraiment inimaginable. J’aimerai que le Gouvernement ait une vision politique de l’agriculture de l’élevage et de la pêche. Cela vaut mieux pour nous que de faire tout le temps recours aux importations. Par ailleurs, il faut signaler aussi qu’avec cette division au niveau de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali, rien ne pourra marcher. On constate chaque fois que se sont les même personnes qui disent je vais amener du riz. Si tous les commerçants du Mali s’étaient unis en une force unique, je crois que le pays ne reconnaitra pas ce sort aujourd’hui. Mais on a laissé dégénérer ce problème. Malgré la décision de justice, les grands commerçants ont déserté la Chambre de Commerce. Et, c’était au Gouvernement de trouver une alternative à cette crise. Ce problème n’est pas seulement au niveau de la Chambre de Commerce. Au niveau du Conseil des Chargeurs du Mali, c’est la même chose. C’est la division, une anarchie. Toutes histoires ont ses impacts sur la crise alimentaire. En dehors de cet aspect, nous constatons qu’au Mali il y a un désordre total, le non respect de l’autorité de l’Etat. C’est pourquoi, les bâilleurs de fonds ont peur aujourd’hui de venir investir au Mali. Notre pays est devenu une ligne rouge pour eux. Et pire, les escrocs sont entretenus par la justice. En bref, je crois qu’il est souhaitable de donner une autre image à ce pays sur le plan agricole, de l’élevage et de la pêche. L’initiative du Premier Ministre, Modibo Sidibé, est à saluer mais cela ne s’aurait être une solution définitive à ce problème de sécurité alimentaire. Il faut un forum sur l’agriculture et l’élevage. A l’office du Niger, les paysans souffrent. Les prix des intrants agricoles sont inabordables, l’engrais, les semences, l’eau…. Pourtant, ces éléments sont indispensables pour cultiver. Il ne suffit pas de faire des emballages de tracteurs au Mali pour le développement de l’agriculture mais aller à l’école Chinoise. Mieux, il faut que l’agriculture soit professionnalisée, donner une autre image à ces banques qui financent l’agriculture et inciter les gens à cultiver. Aussi, le Gouvernement, dans son budget peut prévoir la subvention de l’agriculture pour que les intrants agricoles soient abordables. Le pays a des cadres capables de réfléchir et de faire des propositions. Mais, dans ce travail, il faut aussi consulter la base, la société civile...
Q B:Notre pays fait face à une autre crise à savoir la crise scolaire. A votre avis, qu’est ce qui est à la base de cette crise et quelles solutions proposez –vous ?
A B : Il n’est pas facile de situer les responsabilités dans cette crise scolaire. Mais ce qui est certain, c’est que tout le monde a démissionné. Les parents d’élèves, les syndicats et l’Etat. Chacun fait de l’école ce qu’il veut. Les politiciens en fait une question politique, l’Etat s’en sert pour des règlements de compte, les parents la regardent avec un mauvais œil. La solution que je proposerais c’était d’accepter à tous les échelons une année blanche mais en regardant sur les moyens de sorti de crise. La proposition faite par le Premier Ministre, Modibo Sidibé, ne me semble pas être la meilleure solution. J’aimerais, de la base au sommet, qu’on fait des Etats Généraux avec tous les acteurs de l’école, avec toutes les couches qui sont concernées par le problème de l’école. En ce moment, les solutions qui sortiront de ces états Généraux seront définitives. Aussi, qu’on cesse de se mystifier dans les affaires éducatives et laisser la solution aux enseignants, aux acteurs de l’école.
Q B:Que pensez- vous des indemnités de logement et le ralliement des contractuels à la fonction publique demandés par des syndicalistes ? A B : Aujourd’hui Dieu merci. Des enseignants ont a passé des années ici sans salaire. Pour moi, une indemnité se négocie et qu’on peut l’avoir. Toutefois, ce qui est primordial, c’est le salaire. Le reste, on peut l’avoir en négociant et en travaillant. Pour ces négociations, il faut des interlocuteurs mais aussi des facilitateurs. L’Assemblée nationale est là, la société civile, toutes les autres organisations. Il suffit pour ces syndicats de s’adresser à ces organisations pour dire voilà nous sommes a ce point de revendication, nous allons donner au Gouvernement 6 ou 7 mois pour qu’il puisse s’exécuter, mais nous allons continuer à travailler, vous êtes témoin. Dans ce cas, il sera facile pour les facilitateurs de rappeler le Gouvernement s’il ne s’exécute pas à temps. Malheureusement, nous constatons aujourd’hui que tel n’est pas le cas. Les gens grèvent comme ils veulent, 48 heures, 72 heures…. je crois que cela n’est pas la solution. Nous avons chacun une responsabilité face à l’histoire. Et, ce que nous sommes aujourd’hui, nous l’avons eu grâce à la formation des enseignants qui ont accepté d’enseigner sans salaire.
Q BAu secondaire, les enseignants dispensent des cours mais ils refusent d’évaluer, pensez – vous que cela soit une solution ?
A B : Le refus d’évaluer n’est pas la solution. Dans les pays développés on risque de ne pas avoir son salaire lors qu’on refuse d’évaluer un élève à qui on dispense des cours. Donc, refuser d’évaluer ces pauvres enfants qui dans beaucoup de cas viennent des campagnes pour étudier dans des conditions extrêmement difficiles, cela est un problème très sérieux. Je propose qu’on évalue ces enfants et qu’on continue à négocier avec le gouvernement tout en ayant des facilitateurs.
Q B:Le Ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique a signalé que le Gouvernement dans ses réponses aux doléances des partenaires sociaux dit que cette indemnité de logement n’est pas supportable par le budget. Que diriez-vous de cela ?
A B : Il n’est pas grave de dire que le budget ne peut pas supporter cette indemnité de logement. Cependant, il sera plus grave de ne pas faire des propositions. Je pense que les enseignants sont des hommes qui réfléchissent. Et, toute chose qu’on inscrit dans la duré finira par trouver une solution. Le Gouvernement devrait faire des propositions. Par exemple, dire aux enseignants que le budget 2008 ne peut pas supporter ce que vous demandez mais nous voulons le reporter en 2009, en ce moment, ils seront face à leur responsabilités.
Q B:Le Ministre a dit que d’autres propositions ont été faites aux enseignants. Par exemple une politique de facilitation d’accès aux logements mais qu’ils ont refusé.
A B : Tout le monde sait qu’au Mali le problème d’accès au logement n’est pas chose aisée. Et il vaut mieux avoir une indemnité que de chercher à avoir un logement. C’est se tromper.
Q B:Votre parti vient de tenir son congrès. Voulez-vous nous dire un mot sur ce congrès.
A B : Le congrès de l’URD s’est déroulé dans la sérénité, dans une cohésion avec la plus grande responsabilité. On pensait que ce congrès allait être un congrès de transition, mais les militants ont jugé nécessaire qu’aujourd’hui rien ne sert la division. C’est pourquoi on a fait un congrès apaisé. Sur ce point, on ne peut que féliciter le Ministre de la Santé, Oumar Ibrahim Touré, pour avoir demandé à ceux qui le suivaient de trouver un consensus pour ce congrès. Oumar Ibrahim Touré a retiré sa proposition pour l’avenir de ce parti. Le consensus est vrai mais, Cependant, là où je ne suis pas d’accord sur ce congrès, est de prendre incessamment des gens qui n’ont pas de base. J’ajouterai encore qu’il faudra renforcer le débat politique au sein de ce parti, car les débats politique permettent d’éviter les frustrations, les divisions. Ils permettent aussi aux uns et autres de dire ce qu’ils pensent du parti. Pour ce congrès, les militants se sont sacrifiés pour les élections de 2009 et de 2012.
Q B:On constate présentement qu’il y’a une ruée vers l’URD et qui dit monde ne peut ignorer les problèmes. L’arrivée de ce monde ne va-t-il pas poser des problèmes au sein du parti ?
A B : La venue des militants au sein de notre parti n’est pas un problème à mon avis. Toutefois, je pense qu’intégrer le parti à la base est idéal. Et cela vaut mieux que de l’intégré au sommet. Les intégrations spectaculaires au sommet n’enrichissent pas le parti. D’ailleurs, il y’a un constat aujourd’hui. Quand un parti démissionne pour se fusionner à un autre, c’est seulement 50% des militants qui viennent.
Q B : Est vous prêt pour le rendez – vous de 20 12 ?
A B : Oui, nous sommes prêts pour le rendez-vous de 2012. Mais avant 2012 nous somme prêt pour le rendez-vous de 2009. Soumaïla Cissé est le candidat naturel pour ce rendez-vous, il est l’idole de ce parti. Le parti est unanime là dessus par ce que nous avons une conviction. Si tout va bien nous allons remporter les élections.
Q B:Votre dernier mot.
A B : Je salue Ousmane Samaké de la section URD de Kati, je peux dire que c’est grâce à lui que je suis député à l’Assemblée nationale.



