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Amadou Toumani reprend le dossier riz

A-t-il besoin de dire à Modibo de partir ?

samedi 12 juillet 2008 par Sory Haïdara

D’aucun diront qu’il n’a pas cité une seule fois le nom de Modibo Sidibé. Mais au fond, qui d’autre que Modibo aurait le premier à tirer le bénéfice politique et moral de l’initiative riz, si celle-ci avait été conduite comme il le souhaitait ?

Alors à qui d’autre la sortie au vitriol du chef de l’Etat pouvait-elle donc s’adresser en premier lieu ?

C’était Soninkégni « la belle » dans la circonscription de Kati en plein Mandé, qui a servi de théâtre aux activités commémoratives de la Journée du paysan. Le président de la République n’a pas loupé l’occasion pour sortir sa colère, sa déception, toute sa déception. Voilà que le riz fâche le président, pardon la mauvaise gestion du dossier riz. Le président n’a pas fait dans la langue de bois parce qu’il n’est pas content, il n’est content de personne et il a promis de prendre le dossier en main parce que, au fond de lui-même et aux yeux de chacun et de tous, il est seul comptable devant son peuple !

Ce peuple qu’il souhaite prospère, en paix avec lui-même !

Et, à ce jour, malheureusement, on n’a vu du projet riz que son aspect festif. Que dis-je ? Une sorte de propagande digne d’autre époque ! Témoin le tissu à l’effigie qu’on a imprimé. De l’argent, encore de l’argent jeté par la fenêtre au moment où, dans les bas-fonds, on attend les semences, les engrais.Ces produits se font toujours désiré alors que, déjà, à l’issue de cette campagne 2008 – 2009, le tout puissant PM mise sur un million de riz pour nos marmites, nos greniers et nos affaires à l’exportation.

Ce qui s’est passé à Soninkégni est certainement à marquer d’une pierre blanche dans les annales de l’histoire. Le président n’aura confirmé en fait que ce que votre bi – hebdo préféré révélait voilà des semaines, à savoir ses états d’âmes par rapport de proches collaborateurs sans parler du climat délétère qui a caractérisé de récentes sessions du conseil des ministres.

Une page à tourner ?

Pour Amadou Toumani, les choses vont changer : « …Ce que les banques font dans le cadre du financement de l’initiative riz est paradoxal.Elles affirment toutes qu’elles soutiennent l’initiative mais si on leur demande de financer, ces mêmes institutions financières exigent des garanties introuvables. Et pourtant, l’Etat détient des actions dans le capital de la plupart d’entre elles. Je prendrai personnellement le dossier en main en réunissant autour de moi toutes les banques, les opérateurs économiques et les départements impliqués.

D’ailleurs sur le même sujet les ministres concernés ne parlent plus le même langage. Je mettrai fin à tout cela. Personne ne sortira de mon bureau tant que qu’il n’ y a pas eu un compromis par rapport au démarrage effectif par l’approvisionnement des producteurs en semences et en engrais… » A l’impossible nul n’est tenu ! Le chef du gouvernement qui on le sait a passé son temps à tenir des réunions pour le bon démarrage de l’initiative, sauf que pas grand-chose n’en est sorti jusqu’ici.

Or ce projet lui tient à cœur. Celui qui donne à manger à ses concitoyens a-t-il besoin de distribuer du thé et des tricots pour pêcher des voix et assouvir ses ambitions politiques éventuellement ?

En réponse à une question du directeur de la télé nationale, question se rapportant à l’impact attendu sur l’initiative riz, le PM était à la fois ferme et catégorique ‘’Ecoutez ! Dans ce système là ce que nous voulons faire : nous avons pris la décision de réduire le train de vie de l’Etat, de diminuer les charges communes de l’Etat d’environ 5 milliards de Franc CFA et quelques au moins, et de les affecter aux secteurs productifs, donc à la production. Les engrais, les semences, les instruments mécaniques nécessaires seront financés par cette voie-là. Nous prospecterons d’autres voies budgétaires et certainement, certains de nos partenaires techniques et financiers seront là pour nous accompagner. Mais le plus gros effort viendra de l’Etat.

C’est une volonté politique nette, et nous voulons que l’ensemble des populations concernées puissent se mobiliser pour qu’effectivement, nous puissions gagner cette bataille du riz, pour que dès les récoltes prochaines, il y’a un riz disponible à des coûts accessibles. Vous savez, si nous prenons un million de tonnes de riz marchands à 300 000 FCFA la tonne, cela fait 300 milliards de Francs CFA.

Cela nous permet d’avoir des prix rémunérateurs pour les producteurs d’avoir des prix accessibles et sécurisés ; des produits pour la consommation nationale de se présenter également en exportateur. Beaucoup !

D’abord ce que je viens de vous dire pour les producteurs, pour la consommation interne, parce que, Monsieur Manga, il faut que nous prenions notre sort alimentaire en main. La souveraineté alimentaire, c’est d’abord un comportement, une politique, une volonté et les moyens. Et c’est à ce prix là, que nous pourrons enclencher ce cercle vertueux du développement agricole de la croissance économique.

Vous savez bien que notre croissance est fortement tributaire de la production agricole. L’impact de l’ensemble de cette campagne, particulièrement du riz, pourra nous faire atteindre les taux que nous souhaitons, et plus la distribution de revenus se sera pour les producteurs, pour le milieu rural principalement. Il faut que dans ce pays- là, nous avons toujours venté nos grandes potentialités, puisque nous sommes un peuple de travail, il faut donc que notre devise soit : travailler toujours plus, pour produire toujours plus, pour gagner toujours plus. Nous attendons que cette initiative riz que nous venons de prendre, suscite une grande mobilisation, de la préparation à la production, tout le cycle de la maturation et aux récoltes. Si nous nous mobilisons tous, nous arriverons à atteindre l’objectif qu’on s’est fixé et nous pourrons ainsi avoir notre sort alimentaire en main… »

Tout cela est bien beau, sauf que malgré toutes ces réunions interminables, ces interviews sur fond de battage médiatique, le chef de l’Etat n’est pas content et n’a pas hésité à le manifester publiquement. Sous d’autres cieux, le chef du gouvernement qui n’était pas sur place ce jour-là, n’attendra pas qu’on lui demande de rendre le tablier et ce n’est pas nous en tout cas qui demanderons cela à Modibo. Dans une de ses chansons désormais emblématiques, Charles Aznavour croit savoir bien dire qu’il faut savoir quitter la table lorsque le plat est desservi.

Mais que faire alors si le plat de bon et doux riz, tel que celui attendu par le PM et son équipe n’a même pas été servi ? Des années au sommet de la pyramide, le chef du gouvernement a vu défiler des hommes et des femmes pour diverses fortunes dans les cimes du pouvoir.

Personne ne viendra lui donner cette leçon. A moins qu’il ne fasse comme tout le monde dans notre pays : ‘’Je ne démissionne pas…qui est fou ?’’


 

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