Amnesty international serre les dents
dimanche 19 octobre 2008 par Fété Bertin Dakouo
« L’Eglise est formellement contre toute forme d’exécution de la peine de mort », avançait l’Abbé Félix Coulibaly, représentant de l’église catholique, seul grand invité présent à cette cérémonie. Les grands absents avaient pour nom : les professionnels du droit, les institutions de la république et le haut conseil islamique.
Or l’ampleur des débats exigeait leurs contributions.
Cependant, on se demande, sans motif avoué, si ceux-ci n’ont tout simplement pas boycotté l’événement. Selon l’abbé Coulibaly, le 5ème des dix commandements de Dieu, compris dans la Bible, lève le voile sur cette question. Ce commandement stipule : « Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas de meurtre ». L’homme est crée à l’image de dieu c’est pour quoi nul ne doit attenter à la vie d’autrui.
Par ailleurs, il avouera que trois cas de configure s’offrent à l’Eglise en cas de meurtre.
En cas d’homicide involontaire, on peut appliquer la peine d’emprisonnement à perpétuité. Si le meurtrier est maitrisé, la peine de mort n’est pas applicable. Le seul cas exceptionnel pour lequel l’Eglise autorise l’exécution du malfrat, est celui où il n’est pas maitrisable et qu’à chaque occasion, il fait une ou plusieurs victimes. Pour le coordinateur d’Amnesty Mali, l’abolition de la peine de mort n’est pas signe d’immunité. C’est fort de certains constats que sa structure s’est engagée depuis dix ans dans cette bataille de titan qu’il compte mener jusqu’à l’abolition totale.
De prime abord, le FBI a démontré en 2005 que la peine de mort ne réduit pas la criminalité. Elle a d’ ailleurs pris l’ascenseur dans les pays qui l’appliquent. Par contre, ceux qui l’ont abolie, ont enregistré une diminution appréciable du taux de criminalité. Il évoquera aussi, les erreurs de la justice. Après condamnation, voire, exécution, certaines autorités judiciaires se rendent comptent qu’ils ont rendu soit un faut verdict ou qu’ils se sont trompés de cible, alors qu’il ne sera plus possible de réparer le préjudice. Le Mali est un pays laïc et non musulman comme on aime à le chanter. Certes, les musulmans sont majoritaires, mais les textes constitutionnels sont formels. Le Mali reste un pays laïc. La peine de mort existe certes dans le coran, mais elle a été instaurée pour mettre fin aux vengeances héréditaires.
Pourtant, le coran prêche le pardon. Selon les statistiques bien formelles, sur 20 procès d’incrimination à la peine de mort, 18 se sont faits à l’absence du condamné. Amnesty déplore donc, une discrimination des couches défavorisées. Ce sont les pauvres qui sont toujours condamnés, vu qu’ils n’ont pas les moyens de se faire défendre par des avocats. Illustration, dira-t-il, le meurtrier de John Kennedy est toujours en vie.
Derechef, certains textes judiciaires ont été promulgués en faveur de l’abolition de la peine de mort. Il s’agit entre autre, de la charte des valeurs des magistrats, de la charte africaine des droits des peuples et de la charte africaine des droits de l’homme. Si 133 pays ont aboli la peine de mort, il reste entendu que 64 autres pays dont la Mali, l’appliquent. Les états islamistes, qui pratiquent la peine de mort, mettent en avant le respect de la loi divine. Pour les abolitionnistes, cet argument ne tient pas, si l’on considère que le caractère sacré de l’homme transcende les terres et les drapeaux. Dans ce contexte, l’universalisme des droits ne pourrait apparaitre, selon eux, comme étant une forme implicite d’impérialisme.
« La mission de la justice, d’après Nietzsche, n’est pas seulement répressive. Dans ses décisions, s’inscrivent les valeurs morales essentielles d’une société ».
En clair, la justice ne doit pas être l’expression de la volonté de vengeance, de la vindicte populaire. Elle n’est non plus l’interprétation erronée de la loi du talion. Mais plutôt, son rôle est de contribuer à une société apaisée et cultivée.


