Après la Banque Mondiale, l’Union Européenne
jeudi 7 août 2008 par Abdoulaye Diakité
Les élus de la Nation, dans leur majorité, n’ont pas voulu lâcher le gouvernement dans ce dossier de privatisation de la CMDT, conformément à la logique, qui stipule que tout gouvernement est censé reposer sur une majorité parlementaire. Autrement dit, la composition de tout gouvernement se fait en fonction des forces politiques au niveau du parlement.
Et lorsqu’un gouvernement incarne la majorité parlementaire, il est tout à fait normal que ses projets de loi passent comme des lettres à la poste, sauf si exceptionnellement ils provoquent des ressentiments sociaux dont on ne peut maîtriser les conséquences.
C’est le cas de la CMDT, s’empresseront de dire certains, qui pensent que le peuple, que les députés représentent à l’hémicycle, désapprouve dans sa grande majorité cette fameuse privatisation, malgré les assurances données par les ministres Abou-Bakr Traoré des finances et Tiémoko Sangaré de l’agriculture. De leurs explications à l’endroit du peuple et plus particulièrement du syndicat du personnel du géant cotonnier, il ressort qu’a priori il n’y aura pas de licenciement, et d’ailleurs il y aurait même besoin de main d’œuvre.
Ce discours n’a jamais convaincu le secrétaire général dudit syndicat, Zakariaou Diawara et ses camarades, appuyés par l’ONG CAD-Mali, dont l’impulsion a permis de recueillir une pétition de 265 000 signatures dans une population de plus 3 millions de Maliens, qui sont directement ou indirectement liés à la culture de l’or blanc.
Insuffisant ou pas, cela n’a pas pu occasionner la réalisation de leur souhait.
Des députés des zones concernées par la culture coton, ont même été mis en garde par leurs bases contre le vote de cette privatisation à l’avenir incertain, mais sans effet. Quant aux producteurs, ils étaient unanimement opposés à la privatisation au départ, avant d’être divisés en deux camps : ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.
C’est dans ce tohu-bohu qu’a eu lieu le vote consacrant la cession de la part de l’Etat dans le capital et l’acte de naissance de la filialisation de l’entreprise : 117 voix pour, 20 contre et 6 abstention.
La CMDT, pour reprendre un confrère, c’est fini, au grand dam de l’opposition qui menace de saisir la justice. L’oukase de la Banque Mondiale, qui disait en substance « qu’il faudrait que le gouvernement du Mali s’assure que l’Assemblée Nationale adopte la loi de privatisation au plus tard fin juillet 2008, que le commissaire aux rapports termine et délivre ses travaux et qu’un mandat soit donné à la mission de restructuration du secteur coton (MRSC) pour vendre les actions des filiales avant fin juillet 2008 ».
Le desideratum de l’institution financière étant assouvi, place à présent à la pluie de milliards promis à notre pays.
L’abolition de la peine de mort en suspens
Concernant l’autre sulfureux projet de loi portant sur l’abolition de la peine de mort, il est lui aussi l’oukase de l’Union Européenne.
Son vote a été renvoyé de nouveau de la session d’avril 2008 à celle d’octobre 2008, alors qu’en octobre dernier déjà le même projet de loi avait été envoyé par les élus de la nation à la session d’avril 2008 ! Annoncée dans l’adresse du chef de l’Etat à l’occasion du 22 septembre, date anniversaire de notre accession à la souveraineté internationale, l’abolition de la peine de mort s’est vite transformée en un véritable explosif social.
Des marches de protestation qui étaient devenues le lot quotidien des rues de Bamako, contraignirent le président de la République, après réception du Haut conseil islamique, à sursoir à l’adoption dudit loi en attendant que les uns et les autres ne reviennent à la raison. Modibo Sangaré et son parti politique l’UNPR n’ont pas raté l’occasion de faire de l’échec de ce projet une question de vie ou de mort. L’Islam des Mohamed Kimbiri, Directeur de la radio « Dambé » n’est pas resté en marge de la protestation avec une marche pacifique récemment menée de la Bourse du Travail au Monument de la Paix, sanctionnée par une déclaration de désapprobation à l’endroit de l’adoption de la peine de mort en République du Mali. C’est vrai que dans la pratique, la peine de mort est abolie depuis des décennies, mais vouloir l’abolir sur papier, est considéré dans une société fortement islamisée comme un acte blasphématoire, une atteinte à la conviction religieuse qu’un croyant ne saurait admettre.
Or, dans les engagements qui lient le Mali à l’Union Européenne dans le cadre du 10ème Fonds Européen pour le Développement (FED), figurent l’abolition de la peine de mort et le nouveau code de la famille. Notre pays, en vue d’accéder au don de 1, 324 milliard d’euros pour 2008-2011, soit plus de 50% de l’aide totale au Mali, doit respecter ses engagements pris avec cette communauté.
De même pour le 10ème FED, où une enveloppe de 560 millions d’euros est prévue pour une période de 6 ans (2008-2013).
Trois secteurs seront prioritaires : les infrastructures, la décentralisation, l’appui aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et les réformes. Une tranche d’incitation de 25% sera bientôt disponible, qui sera suivie d’un suivi-évaluation en 2010. D’ailleurs les diplomates européens, lors d’une conférence de presse tenue le 06 juillet à la résidence de l’ambassadeur de la France au Mali, enseignaient que le 10ème FED comme les autres FED, n’est qu’un engagement, dont le décaissement est fonction des engagements que l’Etat a pris vis-à-vis de la Commission européenne.
C’est vrai que les mêmes diplomates précisaient que lorsque certains des engagements deviennent irréalisables pour un pays, la Commission peut toujours lui venir en aide pour trouver un terrain palliatif, mais c’est de la poudre aux yeux pour les naïfs qui peuvent croire à de tels propos.
C’est la loi du capitalisme et c’est celui qui banque qui impose.
Alors les députés qui se retrouvent pris dans un étau (les deux mâchoires étant les gouvernants et la société civile) pourront-ils s’en sortir ?
La réponse à la session d’octobre prochain.
Abdoulaye Diakité
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