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Au delà du sacerdoce...

Profession d’enseignant

lundi 25 août 2008 par Frédéric JONDOT

Enviés, puis mal aimés, les instituteurs et les professeurs dans notre pays subissent comme le reste de la population les effets de la conjoncture économique.

Plus préoccupés par leurs difficultés personnelles, ils constituent à la fois une masse revendicatrice redoutable pour les pouvoirs publics et une gigantesque force d’impulsion disponible pour toutes les ambitions de relance.

Les enseignants se trouvent à un tournant où le pire comme le meilleur est aujourd’hui possible. En d’autres temps et d’autres lieux, leur corporation a joué un rôle considérable dans l’émergence d’une conscience républicaine et d’une volonté nationale de progrès. Au moment des balbutiements de la démocratie dans notre pays, abandonnés ou oubliés par le développement, ces agents de la fonction publique, installés dans les lieux où se nourrissent toutes les espérances pour la jeunesse, n’ont-ils pas une occasion exceptionnelle de renouveler un exploit ?

Dans la conjoncture actuelle, le statut d’enseignant a perdu le prestige qu’il eu longtemps et tout se ligue contre ces fonctionnaires que le gouvernement et les bailleurs de fonds considèrent comme des privilégiés jamais satisfaits.

UN FABULEUX POTENTIEL. D’un côté, ils ont perdu leur image de marque, de l’autre on essaie par tous les moyens de rogner leurs avantages. Leur resterait-il le goût du métier quand les conditions de travail sont déplorables et que le suivi de leur carrière n’est pas assuré par une administration désorganisée ?

On chercherait en vain, dans un tel contexte professionnel et social, les manifestations de leur mission éducative réduite le plus souvent aux rudiments des apprentissages dispensés par routine dans un environnement scolaire à la dérive où les médiocres ont pignon sur rue.

Et pourtant, parmi les revendications qu’ils expriment lors des mouvements de grève, dans les discussions au cours des réunions professionnelles ou en réponse à des interviews et enquêtes sur leurs conditions de travail et de vie, on perçoit à travers leur inquiétude existentielle, le désir de mieux accomplir leur métier, d’y trouver la sécurité et une reconnaissance sociale pour leur profession.

Ce sont là les germes d’une dégénérescence de la corporation enseignante qui devraient trouver leur terreau dans le contexte économique difficile que traverse le pays et où des élans de reprise seraient vitaux.

Par le fabuleux potentiel qu’ils représentent, ces fonctionnaires, sans lesquels il n’y a pas de progrès (parce que dispensateurs de connaissance) et dont la noble et exaltante mission est aussi ingrate, ne devraient-ils pas être placé en priorité en situation favorable pour accomplir leur mission ?

Au lieu de laisser croître leur rancoeur et gagner la grogne que syndicats et partis politiques ne manqueront pas d’exploiter comme cela se produit fréquemment, la logique recommanderait de mettre à profit ces ressources humaines sous-employées et sous-estimées pour réaliser de grandes ambitions sociales qui leur donneraient la dignité publique et la foi en leur métier. Mais attention, cette remobilisation ne saurait se concevoir à coups de slogans et de consignes gouvernementales.

Ce genre d’embrigadement a suffisamment fait de ravages dans notre pays par le passé pour ne pas le renouveler sous une autre bannière. La conscience professionnelle et le civisme ne s’imposent-ils pas ? Ils s’installent par la formation, la pratique, un changement progressif de mentalité induit par un concours d’éléments qui s’intègrent dans la vie de tous les jours.

Autant dire que cette évolution ne s’effectuera pas dans la précipitation et que nul décret ne rendra par magie les enseignants performants et charismatiques. C’est donc par une série de mesures convergentes que les conditions d’une transformation sociale se réaliseront, engendrant naturellement un renouveau dans les comportements et, à terme, un élan porteur de progrès qui s’investiront dans le développement.

La stratégie d’envergure à mettre en oeuvre devrait combiner un ensemble de dispositions qui pourraient reconstituer l’environnement socioprofessionnel des enseignants afin de les rétablir dans leur rôle de médiation entre les cultures, les générations et les modes de vie. Sa réussite reposerait évidemment sur la prise de conscience individuelle et collective de cette mission de la dernière chance qu’ils auraient à assumer pour contribuer au redressement national d’une situation dangereuse pour tous.

Une telle entreprise ne saurait se concevoir sans associer, dès le départ, toutes les parties prenantes parce que contraintes et sacrifices avoisineront avec les améliorations et les promesses, dans le cadre d’un programme contractuel élaboré en concertation. Il serait illusoire de vouloir monter de toutes pièces un dispositif hiérarchisé imposé du sommet ; au contraire, la bonne approche consisterait à revaloriser, de l’intérieur du système éducatif, des compétences et des ambitions en vue de les mobiliser dans un mouvement de relance nationale qui s’enclencherait de façon multiple sur le terrain, à partir des écoles et des villages au sein des populations.

Cependant, cette mise en condition d’exercice professionnel plus favorable appellera, nécessairement, d’importantes décisions gouvernementales à caractère technique et financier, sans lesquelles tout espoir de réforme profonde s’évanouirait vite. La redynamisation du corps enseignant au Mali exige, avant toute autre mesure, l’élaboration concertée et la publication d’un statut particulier de la fonction publique puis son application effective avec les répercussions administratives et salariales afférentes.

UN DOUBLE OBJECTIF. Débourser pour débourser, ne vaut-il pas mieux négocier calmement dans le cadre d’un projet de relance nationale que de céder, tôt ou tard, sous la pression de désordres sociaux ou de la violence ? Une administration compétente et responsable face à des syndicats motivés par des perspectives de valorisation effective de la fonction enseignante, devrait ouvrir un dialogue constructif et satisfaisant pour tous.

Les cris d’orfraie des macro-économistes du FMI et de la Banque mondiale ne manqueront de se faire entendre et il faut pourvoir les amener à accepter des concessions fondamentales, en opposant aux chiffres les raisons d’État.

En même temps, la poussée démographique et les confrontations sociales et politiques fragilisent davantage ces équilibres financiers précaires artificiellement maintenus par des apports externes. L’heure n’est -elle pas venue de tenter une autre approche et de miser enfin, depuis si longtemps qu’on en parle, sur les ressources humaines ?

L’objectif serait double. Dans l’immédiat, désamorcer les bombes urbaines et réhabiliter les zones rurales par des actions concrètes et mobilisatrices d’intérêt social à moyen et à long terme, rendre les populations capables d’entreprendre leur propre développement pour assurer leur subsistance, à défaut d’avoir pu profiter des relances promises.

Cette démarche de sauvetage repose essentiellement sur l’éducation restaurée en instrument de développement alors que, jusqu’ici, et en dépit de tant de déclarations de priorités, elle n’a été considérée qu’en secteur social lourdement budgétivore. Ravivons cette vieille idée qui a toujours circulé dans les discours, sans être prise au sérieux : chaque instituteur doit devenir un agent de développement, non pas en transformant le fonctionnaire en paysan, mais en valorisant ses compétences professionnelles au service des populations c’est-à-dire en faisant de lui acteur du développement.


 

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