Aveux d’impuissance ou stratagème ?
jeudi 5 juin 2008 par Abdoul Karim Maïga
Première formation politique au Mali avec à son tableau de chasse dix ans de pouvoir (1992-2002), un nombre important de députés pour la présente législature et une implantation incontestable à travers le pays avec plus de conseillers municipaux que les autres formations politiques, tout paraît aller à l’ADEMA comme sur des roulettes, en terme d’adhésion.
En effet, le cercle du parti Rouge et blanc s’est élargi avec sa fusion récente avec le Rassemblement national pour la démocratie (RND) qui a donné lieu à une cérémonie tenue à Kati et l’adhésion de certains dissidents du RPM à Kayes (même si le parti avait apporté un démenti à cette thèse).
Ces adhésions viennent confirmer la force du parti de l’Abeille solitaire qui se positionne déjà pour la présidentielle de 2012. Une ambition que le président du parti, le Pr. Dioncounda Traoré, a toujours affirmée lors de ses différentes sorties médiatiques. Par ailleurs, à l’analyse de l’échiquier politique malien, on s’aperçoit que notre pays compte le plus grand nombre de formations politiques parmi les démocraties naissantes. Malheureusement, les partis qui disposent d’un siège national avec des militants qui assurent la permanence ne sont pas très nombreux. Aussi, ils ne sont pas nombreux à investir tout le pays, faute de finance. Un problème qui pouvait trouver sa solution dans l’aide publique allouée à l’Etat aux partis politiques si ceux-ci remplissaient les conditions prédéfinies par la loi et sur quoi la section des comptes de la Cour Suprême se réfère pour partager le pactole.
La fusion du RND avec l’ADEMA s’expliquerait certainement par un aveu d’impuissance, car créé il y a plus de dix ans, c’est seulement maintenant que le RND réalise que dans la configuration politique qui est la nôtre, c’est la loi de la jungle et que, pour gagner en maturité, il faut s’aligner du côté des mastodontes. Abdoulaye Garba Tapo et ses ouailles auraient compris que pour se tailler une place de choix, il faut se rallier du côté de l’ADEMA où ils ne seront pas confrontés à la dure épreuve de payement de frais de loyer, de factures d’eau et d’électricité. Pour ce qui est des dissidents d’autres partis politiques, leur nomadisme s’expliquerait par leur conviction que c’est seulement à l’ADEMA qu’ils pourront assouvir leurs ambitions politiques. Après tout, le président Dioncounda Traoré n’a-t-il pas dit lors de la cérémonie de fusion d’avec le RND qu’à l’ADEMA : « Il ne saurait y avoir d’anciens et de nouveaux militants ». Cependant, cela ne doit pas leur faire oublier que les anciens du parti ne vont pas s’éclipser comme par enchantement pour leur céder la place. Ils devront plutôt se confronter aux dures règles de la priorité qui veut que les premiers venus soient les premiers servis.
A l’instar du RND, des partis qui n’existent que dans le seul district de Bamako devraient faire autant ne serait-ce que pour permettre à notre pays de faire des économies dans la confection des bulletins de vote.


