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Complot contre ATT ?

Alpha chez Seydou Badian Kouyaté

mercredi 27 août 2008 par Amadou N’fa Diallo

L’ancien président de la République et naguère président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, s’est rendu, samedi 9 août en fin de matinée, chez le doyen Seydou Badian au quartier de l’Hippodrome. Les deux hommes, représentant deux générations de dirigeants politiques maliens ayant en commun l’animation de l’échiquier politique national depuis la Révolution du 26 mars 1991, se sont entretenus en tête à tête pendant plus d’une heure, de 11 heures à 12 heures 15 minutes.

Ebruitée par le voisinage accouru, leur rencontre a, une semaine durant, tenu en haleine le landernau politique bamakois, suscitant çà et là des commentaires divers et soulevant même des questionnements qui portent, c’est peu de le dire, sur certaines profondeurs politiques. D’aucuns ont même pu dire que si le caractère diurne de la démarche de Konaré lui enlève tout soupçon de complot contre ATT, elle procéderait d’une concertation visant à constituer un large front pour empêcher l’actuel chef de l’Etat de faire main basse sur l’avenir démocratique de notre pays.

Une interprétation qui en dit long sur le malaise politique qui prévaut actuellement. D’autant que, venu incognito, Alpha Oumar Konaré est reparti sous les applaudissements et les appels au retour au pouvoir des badauds qui ont longuement attendu sa sortie.

C’est que, rien n’ayant filtré de leur entretien, chacun se perd en conjectures. Si on ne sait pas encore qui des deux hommes a pris l’initiative de la rencontre, on ne se doute pas qu’ils ont eu à aborder des sujets relatifs à la gestion actuelle du pays par Amadou Toumani Touré. En effet, référence intellectuelle et morale, Seydou Badian, à 80 ans révolus, prouve encore chaque jour qu’il est un lutteur qui ne renonce jamais quand il est question du Mali.

C’est lui qui, au nom de tous les anciens encore vivants de la première République, n’a eu de cesse d’adresser, depuis plusieurs mois, les philippiques les plus énergiques contre la façon d’agir du président ATT sur toutes les questions capitales de la vie de la nation : école, insécurité au nord, économie, etc. On imagine aisément qu’il ne peut pas ne pas faire état de ses angoisses et de son écoeurement face à l’ancien chef de l’Etat. Surtout que, aux yeux de nombre de Maliens, Alpha Oumar Konaré est bien coupable d’avoir manœuvré par des ruses dignes de Sioux au retour d’ATT au pouvoir au détriment, bien entendu, des hommes politiques dont ses propres compagnons.

Or, le même Konaré avait eu à proclamer que le succès de son passage a la tête de l’Etat, c’est aussi un successeur en qui il se reconnaît. ATT est-il aujourd’hui celui-là ?

Question fondamentale.

Tout compte fait, la façon de gérer l’Etat par Amadou Toumani Touré apparaît, sur toutes les questions, complètement à l’antipode de celle de son prédécesseur. On n’a pas besoin d’ergoter là-dessus, ni de loupe pour le voir. En plus, en raison de toutes les velléités de confiscation du pouvoir qui se profilent déjà à l’horizon 2012, échappées souvent maladroitement aux acteurs du Mouvement citoyen, Konaré a du souci à se faire et doit être en train d’évaluer sa part de responsabilité dans ce qui pourrait advenir.

Alpha Oumar Konaré chez Seydou Badian, c’est, si l’on s’en tient à ces considérations, Moïse venu chez Jésus.

Moise peut- il abandonner les enfants d’Israël sous le joug de Pharaon ?

Et Jésus peut- il refuser de porter la croix ?

Tel est le double cas de conscience qui se pose, à chacun selon, à l’ancien président de la République et à l’ancien ministre de Modibo Keita. Abandonner notre démocratie, pour l’avènement de laquelle des milliers de nos concitoyens sont morts, aux ambitions débridées d’un homme qui a déjà eu à bénéficier de la technique de « succession arrangée », irréelle en vraie démocratie ? S’asseoir et ne rien dire quand on a encore la force de mettre en garde, de dénoncer, de conseiller, voire de taper sur les doigts ? D’un coté, Alpha doit songer à faire traverser le Nil à une démocratie qu’il a mise en péril en avançant victorieusement Att ; de l’autre côté, Seydou Badian, même avec son âge si avancé, ne peut refuser de porter la croix pour les générations à venir, en allant tout simplement au feu.

En frappant donc à la porte de Seydou Badian -invité ou intrus, peu importe- Alpha fait-il fausse route ? Peu probable. L’on se souvient qu’après le ratage électoral du 13 avril 1997, le Coppo (Collectif des partis politiques de l’opposition) avait fortement secoué, une année durant, le pouvoir Konaréen, allant même à menacer de mettre en place des institutions parallèles, jusqu’à ce que, douze mois après, Seydou Badian déclarât reconnaître le président de la République et toutes les institutions, déclaration qui mit fin à la guéguerre politicienne. Alpha Oumar Konaré, en revenant chez lui en pleine journée, s’assume pleinement, en quelque sorte. La situation politique actuelle au Mali veut que chacun se mobilise.

S’abstenir, en ce moment-là, n’est pas de l’indifférence, mais de l’inconscience.


 

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