Daba Modibo Keïta, victime d’un sortilège ?
jeudi 28 août 2008 par Fatoumata Haïdara
Pour le rendez-vous olympique, la délégation malienne était fortement représentée par des valeurs sûres.
Nos représentants en basket-ball, course, natation et surtout celui de taekwondo avec le champion du monde Daba Modibo Keïta avaient de fortes chances d’apporter au pays la gloire. C’était le vœu qui animait notre champion du monde après l’élimination prématurée de ses compatriotes dans les autres disciplines. Mais, hélas, l’homme propose, Dieu dispose. Le samedi, après sa défaite face au Nigérian Chika Yagazie Chukwumerije, le cœur si plein de confiance de millions de Maliens s’est vite vidé de toute son énergie. Les regards étaient vides et un silence de mort planait à la devanture de la famille Keïta, pourtant d’habitude animée. Ceux qui ont suivi le combat entre le champion du monde et le Nigérian Chika Yagazie Chukwumerije ont dû se rendre compte que Daba Modibo Keïta n’était pas dans son assiette.
Plusieurs fois, il tapait, touchait sa cuisse gauche où il avait mal. Fort de caractère, animé d’une forte ambition d’être sur la première place du podium, notre jeune prodige en taekwondo continua de se battre en dépit de ce malaise. Il était soutenu dans sa volonté par son coach cubain qui ne cessait de le pousser en lui disant : « Modibo mets la pression, laisse-le venir vers toi ».
Mais malheureusement, Daba était méconnaissable, impuissant jusqu’à la suspension de la rencontre par l’arbitre. Il a échoué devant le Nigérian Chika Yagazie Chukwumerije sur un score de 3 à 2, lequel terminera en troisième place après avoir été vaincu par le Grec Alexandros Nikolaidis qui a terminé en deuxième position. Il faut souligner que c’est un Coréen qui a été sacré champion olympique en taekwondo.
Eliminé de la compétition, il importe maintenant de porter une analyse sur cette défaite assortie d’une blessure maléfique de Daba à la cuisse gauche et à la main.
Après un stage intense loin du pays et de sa famille, Daba Modibo Keïta était en mesure de remporter le trophée tant rêvé par lui, sa famille, le peuple malien et toute la diaspora malienne. On aura constaté qu’à aucun moment, la rage de vaincre n’a fait défaut au représentant malien. Au contraire, la sérénité et la concentration étaient dans son camp en plus de la force physique et mentale. Son seul objectif, comme il a eu à le déclarer lors de la visite de son Excellence Amadou Toumani Touré au village olympique où les nôtres étaient logés, était bien sûr l’or. Il voulait cette consécration pour le Mali, sa terre natale, l’Afrique. Il en rêvait pour le pays de son ancêtre Soundiata Keïta, il ambitionnait d’honorer le nom qu’il porte et qui est fort de signification : Daba, celui bien connu du père de l’indépendance, l’un des premiers fonctionnaires sous l’ère coloniale, qui avait toujours averti à ne pas badiner avec l’intérêt de son peuple.
Cela dit, en plus de la corruption, l’un des maux qui gangrènent le sport malien, il y a la jalousie qui ne cesse de faire des malheureux.
Daba Modibo Keïta aurait-t-il été victime du même mal ?
Qu’est-t-il donc arrivé à notre valeureux représentant dont le talent athlétique ne faisait l’ombre d’aucun doute ?
Aurait-il été victime de sorcellerie, de malédiction de ses propres compatriotes ?
L’hypothèse n’est pas à rejeter. Pas du tout, quand on sait que le Mali regorge malheureusement de « Bagnègos », d’égoïstes.
En remportant ce titre, Daba Modibo Keïta serait entré dans l’histoire olympique et aurait été le premier Africain à relever un tel challenge. Il allait faire ce qu’aucun Malien n’était parvenu à faire dans cette discipline et à ce niveau de compétition. Ce sacre aurait davantage prouvé la grandeur de l’homme qui marcherait dignement sur les traces du premier ballon d’or Salif Keïta, l’autre Salif Keïta, le cheval blanc, la voix d’or de la musique malienne et de Seydou Keïta, le magicien du football malien.
Ces considérations ajoutées à tant d’autres auraient-elles été fatales à Daba Modibo Keïta au point d’attirer sur lui, au lieu de la solidarité, une certaine jalousie dans le milieu sportif malien ?
Aurait-t-il été envoûté par des personnes de mauvaise foi pour ne pas vivre le bonheur dont il a tant rêvé ?
Un bonheur qui aurait attesté de la plus belle des manières son titre de champion du monde dans sa discipline. Quoi qu’il advienne, Daba Modibo Keïta aura laissé son empreinte sur le taekwondo malien et celui du monde.


