Des morts, encore des morts, à qui la faute ?
vendredi 2 mai 2008 par Seybou KEITA
Moussa, pour rattraper son petit retard sur les autres, a préféré prendre la grande route de l’autre côté, afin de rouler plus vite et sans encombre, s’était – il dit.
Sur la route, le seul danger que Moussa s’était soucieux était le vent, c’est pourquoi il n’a pas oublié de prendre son cache nez. Mais Moussa ne savait que le cache nez était insuffisant pour le tirer d’affaire en cas de pépin. A 800 mètres de sa destination, Moussa, à vive allure, eut la fatale idée de dépasser un gros porteur qui traînait difficilement sa charge. Moussa se rabat sur la droite du gros porteur.
Soudain, banw !
La « Jakarta » de Moussa est entrée collision avec une voiture stationnée là pour une banale panne sèche. Le choc était d’une telle violence que la moto a été projetée à une vingtaine de mètres au moment où Moussa se retrouvait dans le véhicule en arrêt, après avoir brisé le pare brise arrière. Immédiatement, les secours sont organisés. Appel est fait à la protection civile qui arrive sur les lieux 17 minutes après. Moussa est transporté d’urgence à l’hôpital. Le diagnostic tombe : traumatisme crânien et rupture de vertèbre. Le médecin est formel : si Moussa a peu de chance de s’en remettre, ses chances de se tenir sur ses deux jambes sont plus que nulles. Malheureusement, Moussa ne se remettra jamais de son accident.
Car, 72 heures après, il rend l’âme à l’aube.
Questions : si Moussa avait porté son casque qu’il gardait jalousement à la maison, allait – il mourir de cet accident ?
S’il avait pris le temps de rouler doucement, le choc serait – il de cette violence ?
De son côté, le chauffeur du véhicule en stationnement, a-t-il songé aux conséquences de son acte avant d’agir ?
Moussa est parti. Combien d’autres lui ont emboîté le pas ?
Ils sont certainement beaucoup à connaître le même sort que Moussa.
Pourtant, c’est si facile d’éviter ce triste sort. Il suffit seulement que chacun de nous sache et respecte ce qu’il doit faire sur la route.
Comme çà, point de dommage. Mais, que c’est dommage.
Cette histoire résume à elle seule le danger des routes au Mali. Danger s’il y a, forcement il doit aussi avoir quelqu’un pour créer et contribuer à l’entretien de ce danger. Loin de nous la prétention de jeter la pierre à qui que ce soit, disons tout simplement que tous, nous sommes comptables de cette dangerosité de nos routes.
Du simple piéton qui traverse la route, au motocycliste ou motard pressé d’arriver à destination, en passant par le chauffeur de Sotrama comme tout autre automobiliste plutôt intéressé par le temps que par la prudence ; voire le policier au carrefour qui s’est fait beaucoup d’amis parmi les chauffeurs de Sotrama et autres taxi, en acceptant leurs sous pour fermer les yeux sur tout ce qui est mauvais ; la circulation routière au Mali souffre terriblement. La sécurité est pratiquement devenue le dernier de nos soucis. Le permis de conduire a perdu beaucoup de sa valeur, car n’importe qui peut s’en procurer. Borgne ou manchot, même débile, l’essentiel est de savoir parler « français », comme ils le disent eux – mêmes là bas. Que pense Moussa Bagayoko de tout cela, lui qui est réputé être le plus grand cascadeur de « Moto Star » du coin. « Le casque, je m’en fous. Je maîtrise la moto et je suis sûr que rien ne peut m’arriver quand je fais mes cascades ».
Voilà des propos dangereux qui émanent d’un jeune de 22 ans seulement. C’est malheureux de voir que ce jeune homme plein d’avenir fait semblant d’ignorer que la mort le guette partout il va avec sa moto.
De son côté, Damus le chauffeur de Sotrama, sur lequel on dit peu de bien côté moralité, l’affaire est simple : « l’insécurité sur nos routes, ce n’est pas nous mais c’est surtout les jeunes motocyclistes qui créent tout ce problème. Ils prennent du plaisir à faufiler entre les véhicules et à filer à tombeau ouvert sur leur Jakarta.
Et quand un choc arrive, généralement c’est eux les perdants, parce que c’est la mort ou la blessure grave pour beaucoup d’entre eux. Maintenant les policiers, il faut dire que ce sont nos amis. Même si nous ne sommes pas règle, il nous suffit de faire un petit « geste utile » pour qu’ils ferment les yeux et l’affaire est conclue ». S’exprimant sur le même sujet, DK le policier en poste au carrefour de Kalaban, route de l’aéroport, affirme que la 1ère cause de l’insécurité est à rechercher au sein de la population elle – même.
Car, a-t-il estimé, cette population semble être carrément deconnectée des réalités de la route, surtout côté respect du code. Selon DK, la situation est plus grave quand il s’agit des motocyclistes et des chauffeurs de transports en commun, particulièrement les Sotrama. Sur 10 accidents à Bamako, 8 sont causés par ces deux catégories d’usagers de la route, a conclu notre interlocuteur. A voir de près des rapports de l’hôpital Gabriel Touré en matière d’accidents de la route, on donne rapidement raison à DK le policier.
Ces rapports font état d’une croissance exponentielle du taux d’accidents à Bamako et placent les motocyclistes en tête de peloton, suivis des Sotrama. A titre d’exemples, le jour où l’urgence de l’hôpital Gabriel Touré a été inaugurée par le chef de l’Etat, 10 cas d’accidents graves ont été enregistrés. Sur ces 10, 7 ont fini à la morgue. Et sur ces 7, 6 étaient des motocyclistes. Voilà un peu le tableau très sombre de la circulation routière au Mali, particulièrement à Bamako.
Cette circulation routière est sujette à une insécurité grandissante que seules une prise de conscience sur les dangers, l’introduction urgente des mesures comme le port du casque et la détention obligatoire d’un permis pour les engins à deux roues, sont à même de mettre un frein à cette vague de cadavres qui sortent de nos urgences suite à un accident de circulation.
Généralement, ce sont des jeunes qui sont les plus touchés par le phénomène.


