Des partis politiques dans la tourmente
mercredi 8 octobre 2008 par Abdoulaye Diakité
Il y a un an de cela, c’est le CNID Faso Yiriwa Ton de Me Mountaga Tall qui était sous les feux roulants de l’actualité avec dans sa corbeille, la fameuse histoire de suspension de certains militants, dont des figures de proue que sont la présidente nationale des femmes, Me Tall Awa Touré et le secrétaire général du parti et ministre de l’artisanat et du tourisme, N’Diaye Bâh.
Leur suspension découlait de leurs accointances politiques avec l’ex-député du parti en Commune VI, Me Demba Traoré, qui pour constat de déficit démocratique dans le choix des candidats pour les législatives de 2007, avait claqué la porte pour aller se constituer candidat à l’URD. Des militants compatissant à la douleur du jeune candidat trahi avaient, au cours desdites législatives, voté pour lui contre la candidate du parti, jamais gagnante, Mme Raïs.
Ce qui avait valu une disqualification de la candidate du parti depuis le premier tour, et une qualification de la liste URD pour le second tour où elle sera battue par une coalition. Depuis commença le feuilleton de suspension déclenché par les responsables de la section CNID Faso Yiriwa Ton de la Commune VI. De suspension en suspension, le feuilleton connaîtra ses moments sensationnels avant de s’éteindre, du moins en apparence, grâce à une médiation de la section de Kayes. Depuis, c’est un semblant de paix, ou si vous voulez, une paix armée qui prévaut dans la famille du Soleil levant, où la lutte pour le contrôle du parti est toujours d’actualité.
Des indiscrétions qui nous parviennent font état d’un climat de méfiance et de petits coups feutrés, qui règne entre les deux camps qui se combattaient, et qui peut, on ne sait jamais, se terminer par des déchirures.
En la matière, le CNID Faso Yiriwa Ton ne sera pas le seul client des démons, car, des démissions, il pourrait y en avoir au sein de l’URD, avec la montée de la fièvre du feuilleton Oumar Ibrahim Touré, dont sa suspension pour six mois de toutes les activités du parti est intervenue depuis la semaine dernière. Même si le principal intéressé, qui se dit victime d’un acharnement politique de la part de ses adversaires, avec à leur tête le président Soumaïla Cissé, ne compte pas pour le moment démissionner, il n’est pas à écarter que cette situation laisse des séquelles profondes sur le parti. La grande majorité de ses partisans, qui se recrutent au sein de la jeunesse, demande la levée pure et simple de cette sanction jugée illégale et sans objet, si force devait revenir aux textes mêmes du parti.
Mais les partis de la poignée de mains et du Soleil levant ne seront pas les seuls à se remuer au fond du marigot politique où les démons de la division se déchaînent. Des démissions en vrac de militants sont annoncées dans les rangs des rouge et blanc de Bamako-Coura (ADEMA PASJ), du Rassemblement Pour le Mali (RPM) de Ladji Bourama et du PARENA de Tiébilé Dramé. Des militants outrés par les méthodes de gestion dignes d’une époque lointaine, ne veulent plus prendre leur mal en patience, et préféreraient tenter d’autres aventures que de rester pour vivre éternellement la merde.
Pour l’instant, des précisions ne sont pas connues par rapport aux localités de ces militants démissionnaires et leurs nouveaux horizons, mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’à Niono, le malaise est extrême dans la section ADEMA de cette localité, avec un secrétaire général qui serait imposé par des faucons du Comité Exécutif. Une illustration du malaise présentement vécu dans la Ruche, est la difficulté de renouvellement des sections du parti en vue de son congrès ordinaire prévu pour ce mois d’octobre. Sur 55 sections que comptent les Abeilles, jusqu’à une date récente, seulement une vingtaine avait pu se mettre à jour.
C’est peut-être ça aussi le revers de la médaille des vagues d’adhésions engrangées ces derniers temps. Car une chose est de grossir ses rangs en phagocytant autant d’éléments nourriciers, mais une autre est de bien contrôler son régime pour éviter une éventuelle hypertension artérielle. Quand on sait que la politique se fait sur fond de promotion, plus besoin de dire que tous les nouveaux arrivants viennent avec leurs ambitions, et puisqu’il n’existe pas de postes pour caser tout le monde, alors inutile dire que le présent blocage au sein de la Ruche pour le renouvellement des sections est la résultante d’une guerre de positionnement entre les différents acteurs. Le retour des bannis comme le très contesté Soumeylou Boubèye Maïga constitue également une épine dans le pied du parti du président Dioncounda Traoré.
A Kita, les mêmes causes ont tendance à produire les mêmes effets dans la famille RPM, où, sous les agissements quelque peu mal cadrés de la femme du 2ème vice-président du parti, Bakary Traoré dit Pionnier, la cohésion et l’unité au sein du parti dans ce cercle sont présentement malmenées.
Pour preuve, Madame et certains acolytes auraient créé une sous-section parallèle dans cette ville, en insulte à la volonté de la majorité qui a légalement et légitimement constitué la vraie sous-section. Mais le malaise de la classe politique ne se limite pas à ces seules formations politiques ci-dessus citées. Il y a aussi un problème lié à la gestion d’héritage au sein du PUDP et du RDP. En effet, il est de plus raconté dans les « grins » que les héritiers des feus Mamadou Maribatrou Diaby et Almamy Sylla éprouvent de la peine à conduire leurs destins. Des problèmes de leadership ont vite fait surface de part et d’autre, entraînant par voie de conséquences des divergences de vues, signes annonciateurs de fractures.
Cet état de fait pose une fois de plus le problème de personnalisation des partis politiques dans notre pays.
En effet, contrairement à l’ADEMA PASJ, la plupart des formations politiques au Mali ont tendance à se ramener à la seule figure de proue du fondateur. Ce sont les cas d’IBK au RPM, de Soumaïla Cissé à l’URD, de Me Tall au CNID Faso Yiriwa Ton ou un Choguel au MPR etc. Ce qui fait qu’à la disparition d’une telle figure, le parti fonce tout droit vers son déclin. Et c’est ce qui serait le cas présentement au PUDP et au RDP, en attendant le tour du MIRIA de feu Mamadou Lamine Traoré.
Voilà autant de troubles qui vont émailler la vie politique du pays dans les jours à venir. Des troubles que les responsables des partis comme le BDIA, l’US-RDA, et le PIDES entendent éviter en reconstituant la grande famille RDA. Mais parviendront-ils à leur dessein, quand on sait que chacun d’entre eux a déjà pris goût aux délices de l’indépendance ?
Que dire de la Force Citoyenne pour la Démocratie (FCD) de l’ex-ministre Djibril Tangara ?
Un parti qui a été découvert sur papier et sur banderoles, mais jamais officiellement lancé. Sa création, qui a fait couler tant d’encre et de salive, s’est avérée aujourd’hui regrettable pour son géniteur, qui croyait avoir trouvé la meilleure voie de se faire aimer par le prince du jour. Il s’est rendu compte de son erreur, qui lui a été signifiée pourtant par ses anciens camarades du Mouvement Citoyen, au soir du 03 octobre 2007, quand, à la proclamation du gouvernement Modibo Sidibé, il s’est vu écarté de l’exécutif.
Lui qui avait d’ailleurs promis à certains de ses fidèles lieutenants leur intégration dans le tout nouveau gouvernement, ne pouvait avoir que ses yeux pour pleurer le naufrage. Mais son point fort est que malgré ce coup dur de la part de son idole ATT, il n’a pas perdu patience, et continue de se faire voir comme fervent soutien du président, partout où besoin se fait sentir.
Abdoulaye Diakité
Articles de cet auteur


