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Des questions délicates pour les élus de la Nation

PRIVATISATION DE LA CMDT ET ABOLITION DE LA PEINE DE MORT

vendredi 4 juillet 2008 par Abdoulaye Diakité

Ces deux projets de loi devraient voir leur adoption au cours de la session d’Avril qui s’achève demain. Mais curieusement elles ont été toutes renvoyées à la prochaine session parlementaire qui s’ouvre jusqu’au mois d’octobre prochain. Argument avancé par nos honorables députés, le temps de procéder à une vaste sensibilisation des populations par rapport à ces dossiers très sensibles pour la stabilité sociale. Cette campagne suffira t-elle à convaincre les Maliens ?

En décidant d’adopter la loi portant abolition de la peine de mort lors de la session d’octobre passée, les autorités du pays s’étaient butées à la furia de la société civile, notamment les milieux islamiques, qui considéraient le fait comme un acte qui porte atteinte à un point essentiel de la religion de Mahomet : la loi du talion.

Des mouvements de protestation ont donc investi les rues de Bamako. Un parti politique se réclamant de la religion, l’UNPR de Modibo Sangaré, en a même fait désormais ses choux gras avec comme moyen d’expression la violence politique. Des marches de protestation à des conférences de presse, rien n’est négligé pour montrer sa désapprobation de cette fameuse loi. Les autorités religieuses du pays : l’AMUPI ; le Haut Conseil Islamique en se montrant indignées par ledit projet de loi, avaient préféré jouer à l’intelligence en saisissant le président de la République en personne pour explication.

De cette concertation, les deux parties sont convenues de surseoir à l’adoption de cette loi problématique, le temps de mieux analyser la question.

Ce qui avait amené les députés à renvoyer l’adoption de la loi à la session d’avril qui s’achève demain. Dans les conditions normales, la loi devait être votée au cours de cette session par les élus de la nation, malgré les différentes manifestations de protestation qui s’en sont suivies, notamment cette marche de l’Aislam, il y a de cela deux semaines, et qui était pilotée par un certain Mohamed Kimbiri de la Radio Dambé. Une autre pression qui a donc contraint les élus de la nation à renvoyer de nouveau le même projet de loi à la session d’octobre prochain, histoire, dit-on, de se faire comprendre par les populations à la base. De quelle sensibilisation peut-il encore s’agir quand on sait que malgré les explications des hommes de droit sur la nécessité de l’abolition de la peine de mort, pour que notre pays se conforme à ses engagements internationaux, les populations sont restées sur leurs positions ? Le problème ne réside pas dans une quelconque incompréhension des population vis-à-vis de la loi, mais plutôt est lié à une question de conviction foncièrement ancrée dans les consciences collectives, et pour la défense de laquelle les êtres humains sont prêts à perdre leurs vies. De ce fait, nos députés auront du pain sur la planche pour adopter cette loi sur l’abolition de la peine dans un pays fortement islamisé.

De report en report, l’Assemblée Nationale se rend compte que le gouvernement l’a mise dans un pétrin. La session d’octobre pourra t-elle être celle qui verra l’adoption de cette loi, qui, dans la pratique est abolie depuis fort longtemps ? Le second pétrin et non le moindre dans lequel le gouvernement semble jeter notre auguste Assemblée Nationale, est l’épineuse question de la privatisation. Cette autre question qui divise tant. En effet, en décidant de céder sa part du capital de la CMDT à des privés, l’Etat, sans vouloir le dire clairement, a opté pour la privatisation de cet autre géant de l’économie nationale. Plus de 60% des parts que détenait l’Etat malien seront cédées à des privés avec à la clé une restructuration qui verra l’entreprise éclatée en quatre aisselles ou régions cotonnières : Koutiala ; Bougouni ; Fana et Kita. En se retirant du capital, l’Etat laisse derrière lui un lourd héritage humain à gérer par les privés.

Lui qui n’a même pas envisagé un plan d’action pour les travailleurs de la compagnie, se disant qu’il n’ y aura même pas de licenciement et que le personnel pourrait même être insuffisant. Des arguments qui paraissent légers pour les syndicats des cotonculteurs et du personnel, qui ont encore en mémoire les mauvais souvenirs des expériences précédentes. Les travailleurs de la CMDT, dont les zones couvrent plus de 40% de la production céréalière nationale, savent bien que c’est le même discours qui avait été tenu à leurs homologues d’autres horizons comme l’HUICOMA et les chemins de fer. Malgré l’assurance donnée en son temps par les autorités par rapports aux plans d’actions, les situations se sont soldées par un constat d’échec.

C’est ce qui effraie et agite aujourd’hui le monde cotonnier.

Au cours d’un séminaire qui s’est tenu les 23, 24 et 25 juin dans la capitale du Kénédougou, les producteurs de coton, après une analyse de l’impact de la privatisation de la filière coton sur l’économie nationale, ont désapprouvé le projet et ont chargé les élus de la troisième région de faire un lobbying auprès de leurs pairs de toutes les autres régions du pays, pour que la loi, ne soit pas votée demain comme prévu.

Déjà sur place, ils avaient déjà remporté une première victoire avec le ralliement du groupe parlementaire l’ACM à leur cause, un groupe qui se réclame pour autant de la mouvance présidentielle. C’est dire que les choses étaient mal parties pour que cette loi puisse passer à l’Assemblée Nationale, quand on sait que l’opposition aussi est farouchement contre ladite loi. C’est donc fort de cet échec qui était en perspective que les députés ont donc choisi de renvoyer l’adoption de cette loi à la session d’ octobre prochain, croyant que d’ici là les choses pourront basculer dans le sens souhaité. Or, les cotonculteurs ne veulent rien savoir, ils s’insurgent contre les bradages successifs du patrimoine industriel national, tandis que de l’autre côté, l’Etat se retrouve talonné par les bailleurs de fonds qui font de la question une conditionnalité à leur financement, certains même étant allés jusqu’à menacer de fermer leur robinet.

Ainsi, au vu de tous ses dossiers brûlants et sensibles, on peut dire que les choses ne s’annoncent pas faciles pour nos honorables députés dans les mois à venir. Eux qui se retrouvent de ce fait coincés entre deux forces de pression : le gouvernement et les populations.

La vaste campagne de sensibilisation envisagée pour la compréhension des populations pourra-t-elle faire bouger les choses ?


 

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