Des sanctions vont tomber
samedi 9 août 2008 par Abdoulaye Diakité
Il y a moins d’une semaine qu’une mort brutale occasionnée par un accident de la circulation, comme cela est courant dans la ville de Bamako, arrachait à l’affection de la presse, du lectorat, et de la famille policière M. Oumar Bouaré, Rédacteur en chef de l’hebdomadaire de faits divers « Kabako ».
Alors que les larmes de sa famille, ses amis et collaborateurs n’étaient pas encore séchées, le Procureur du tribunal de la Commune VI, Adama Fomba a pris sur lui de libérer “l’assassin”. C’était dans la journée d’avant-hier. Par cet acte combien insultant pour la presse malienne, puisque n’ayant pas respecté toute la procédure en la matière, le fameux procureur qui, selon certaines sources, n’en serait pas à son coup d’essai, venait de jeter de l’huile sur le feu. Heureusement que le feu a été vite circonscrit par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, M Maharafa Traoré, qui en apprenant cette décision compromettant, a immédiatement ordonné la reprise du meurtrier.
Cette promptitude du ministre de la Justice a été salutaire, sinon les échos de cette liberté accordée à l’auteur de l’accident de Bouaré ont vite fait le tour de la capitale, et déjà des représailles se préparaient contre cette décision empreinte d’une odeur nauséabonde. C’est vrai que certains observateurs, rappelant certaines performances de cette juridiction, se disaient peu surpris par une telle décision de la part du tribunal de Commune VI, d’autres qui ont été certainement victimes des turpitudes de ce même procureur n’ont pas réfléchi de midi à quatorze heures pour se mettre dans la logique des représailles.
La problématique décision (peut-être objet de l’argent sale) a été dénoncée au plus haut sommet de la famille judiciaire du Mali.
L’orthodoxie judiciaire aurait voulu que le meurtrier soit libéré après une déposition de la famille du disparu. Comment peut-on libérer le jeune Sékou Diallo alors que l’action civile n’est pas éteinte ?
On s’érvertue à mettre cette décision sur le dos du Commissariat du 7e Arrondissement. Ce qui est loin d’être vrai, car à ce stade de l’affaire le Commissaire ne peut aucunement relâcher un prévenu sans l’autorisation du procureur en charge du dossier.
Mais ce que le “libérateur” du jeune Diallo ne sait pas, c’est que son action compromettante pouvait exposer le jeune homme à une agression. Une décision qui pose l’épineuse et éternelle question de la probité de nos hommes en robe noire.
Quelles conséquences, si le ministre Marafa Traoré n’avait pas eu cette prompte réaction !
Le tribunal de première instance de la commune VI doit être vraiment hanté, car des affaires confuses y sont monnaie courante. Qui ne se rappelle pas cette rocambolesque et triste affaire des 40 kg d’or qui a éclaboussé certains responsables de cette juridiction en 2005 ?
Une affaire dans laquelle, un procureur a été accusé d’avoir pris prendre de l’argent avec des escrocs, avant de vouloir les poursuivre. Lesdits escrocs n’ont pas raté cette occasion de le dénoncer publiquement. Et ça, c’était un cas de vol, contrairement à ce cas-ci, où il s’agit du meurtre. Alors des sanctions doivent tomber dans les deux prochains mois où il est prévu un grand réamenagement au sein de la grande famille des magistrats.
C’est du moins ce qu’on apprend de sources bien informées.
Il faut rappeler que c’est dans la nuit du jeudi 30 au vendredi 31 juillet dernier sur la route de l’aéroport international Bamako Sénou, lorsque notre confrère rentrait chez lui après une journée de dur labeur, qu’un véhicule roulant à tombeau ouvert avec à son bord un jeune homme d’une vingtaine d’années du nom de Sékou Diallo percuta de plein fouet sa moto (Yahama 100) aux environs de 04 heures du matin.
Il fut transporté d’urgence à l’hôpital, où il a rendu l’âme à 06 heures.
Dors en paix, cher confrère, la presse malienne ne t’oubliera jamais.
Abdoulaye Diakité
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