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En route vers la déshumanisation !

BAMAKO ET LES ENFANTS DE LA RUE

jeudi 8 mai 2008 par Abdoulaye Shérif HAÏDARA

Un monde bigarré venu des quatre coins du pays pour tenter sa chance dans la capitale supposée être un eldorado.

En effet, à Bamako se concentrent les administrations, les établissements scolaires et universitaires, les industries et commerces… et surtout un secteur informel porteur des rêves les plus fous. Malheureusement, Bamako, en l’espace de quelques décennies, est devenue aussi la capitale nationale du vice, de la violence et de la déshumanisation.

L’un des tout premiers indicateurs de ce phénomène urbain de la déchéance humaine est la proportion importante d’enfants et de vieilles personnes qui squattent les rues de la capitale.

En pointant du doigt cette facette hideuse de notre capitale, il n’est nullement question de jeter la pierre à N’Tji ou à N’Golo. Le but visé est simplement d’interpeller notre conscience collective autour de phénomènes de société qui sont révélateurs de ce que l’on peut considérer comme notre échec à tous. A moins de souffrir de cécité, personne, à Bamako, ne peut aujourd’hui faire l’impasse sur la question des enfants de la rue. Ils sont là, du matin au soir, dans tous les coins et recoins de la capitale. Ils ont élu domicile dans la rue. La rue est devenue leur univers. La rue est leur territoire. Est-ce un choix ? Sont-ils à la rue par nécessité ? Leurs parents les ont-ils jetés là ? On pourrait deviser à profusion sur le pourquoi du comment de cette tragédie humaine. Mais, au bout du compte, on revient toujours au même triste constat : nos rues sont peuplées d’enfants à l’avenir plus que jamais incertain.

Ce qui choque le plus dans ce tableau, c’est que tous ces enfants sont en âge préscolaire et scolaire. Et ils sont arrachés des structures d’éducation par leurs parents ou par des marchands d’illusions, pour être déversés dans la rue à la quête d’une hypothétique pitance. Sans verser dans un quelconque idéalisme, ces mioches méritent d’être au chaud, dans un environnement familial décent, avec des adultes responsables aux petits soins pour eux. La rue ne peut remplacer un environnement familial, tout comme elle ne peut se substituer aux structures formelles d’éducation.

Tels des éléments du décor de la cité, ces enfants sont exposés à notre regard d’adultes tantôt compatissant tantôt indifférent. A chaque instant de la journée, ils courent le risque d’être renversés ou d’être écrasés par un véhicule. Ils sont, sans défense, exposés à la maladie, aux maux et aux mots de la société. Ces enfants slaloment entre les files de véhicules, crasseux et manifestement en mauvais état de santé, pour ânonner des formules incompréhensibles pour quémander. Un tel spectacle devrait nous être insupportable, et nous motiver à agir pour arracher ces marmots à la rue. Même en concédant qu’il n’existe pas de baguette magique à même d’endiguer le phénomène du jour au lendemain, il faut quand même donner la preuve de notre volonté commune de faire face à ce phénomène inquiétant. Toute inaction est coupable et lourde de conséquences. Il existe, dans notre pays, de nombreux services en charge de la question de l’enfance qui devraient être en première ligne pour éradiquer le mal. Nous pensons notamment aux structures spécialisées des ministères en charge de la Promotion des Enfants et du Développement Social, au Gouvernorat du District de Bamako et aux Mairies. Nous pensons aussi à l’UNICEF dont le mandat concerne de façon spécifique les enfants de toutes conditions. Nous pensons également au Parlement des Enfants si qualifié dans des actions de plaidoyer. Nous pensons enfin à nos leaders religieux dont le silence face à la déchéance humaine est assourdissant. Au-delà de ces catégories, il existe une myriade d’associations et d’ONG qui ciblent le bien-être des enfants. Qu’elles émergent de leur torpeur pour aller sur le terrain conformément à leurs raisons sociales respectives. Dans cette campagne, un rôle de premier choix devrait revenir à la Presse qui ne semble, malheureusement, s’intéresser qu’à la matière politique. Dans la stratégie de prise en charge de ce phénomène, tous les usagers de la voie publique qui, à un moment ou à un autre, ont donné ou continuent de donner une pièce de monnaie à ces enfants, quelle qu’en soit la raison, se rendent complices - involontairement - de leur drame. De l’argent, de la nourriture, des effets d’habillement… offerts aux enfants de la rue sont une reconnaissance implicite de leur statut et une invite à s’y complaire.

En dernier recours, et faute d’avoir trouvé la meilleure stratégie de gestion de la question des enfants de la rue, les pouvoirs publics n’auront d’autre choix que de procéder à des opérations de déguerpissements manu militari.

D’ores et déjà, on peut imaginer aisément tout le tintamarre qu’une telle gestion pourrait provoquer.

En définitive, il y a urgence à agir.

Si nous ne faisons rien aujourd’hui, nous aurons collectivement contribué à entretenir la pègre de demain.

Et cela se paie cash, et au prix fort.


 

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