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Forte pression sur les députés

PROJET DE LOI SUR LA BIOSECURITE

jeudi 8 mai 2008 par Issa Fakaba SISSOKO

Dans les rangs des organisations de la société civile, notamment paysannes, les pressions se multiplient pour éviter ce qu’elles appellent « la catastrophe pour notre agriculture » et « l’illustration parfaite de la contradiction avec la Loi d’Orientation agricole ».

Au cours d’un récent Conseil des ministres, le gouvernement de notre pays a adopté le projet de loi sur la biosécurité. Transmis aux députés de l’Assemblée nationale, le document devra passer en vote le 15 mai prochain. En attendant ce jour, la colère et l’indignation sont manifestes dans les rangs des organisations de la société civile. Qui estiment qu’il s’agit d’une catastrophe certaine pour notre agriculture. Une catastrophe, pensent-elles, qui sacrifiera des générations futures au profit des multinationales. C’est du moins la conclusion qui ressort d’une conférence de presse tenue vendredi dernier dans l’enceinte de l’Association des organisations professionnelles paysannes, AOPP.

Dans une déclaration commune et rendue publique en la circonstance, les 35 structures membres de la Coalition pour la protection du la protection du patrimoine génétique africain-Mali (COPAGEN) estiment que l’adoption de la présente loi sur la biosécurité, en ce moment sur la table des députés, signera véritablement l’acte de la mort de notre agriculture à travers l’anéantissement considérablement la production et la productivité agricoles. Pour ces organisations de la société civile de notre pays, le présent document est en contradiction totale avec la Loi d’Orientation agricole et la lutte pour la souveraineté alimentaire. « La généralisation des cultures de plantes transgéniques depuis ces dernières années pose la question centrale du contrôle politique de l’agriculture et de l’alimentation dans le projet actuel de globalisation de l’économie » révèle la déclaration commune. Qui dénonce que les organismes génétiquement modifiés, OGM, posent de sérieux problèmes environnementaux liés à l’agriculture, des problèmes d’ordre économique, politique, sanitaire tant pour les hommes que pour les animaux. Comme si cela ne suffisait pas, l’introduction desdits OGM dans notre agriculture entraîne également des problèmes d’ordre culturel, éthique, etc. Mort de l’agriculture malienne, chute de l’économie…

Pour le président de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) M. Ibrahim Coulibaly, non moins membre de l’Association des organisations professionnelles paysannes, AOPP, les OGM ou la manipulation des êtres vivants a fait ressortir des enjeux et des défis si énormes que chacun se doit de s’investir pour contribuer efficacement à son interdiction dans notre agriculture. « Les agissements tant sur le plan national que sous-régional d’une minorité de chercheurs de l’Institut d’Economie Rurale, IER, en connivence avec les multinationales et l’USAID, ne sont pas passés inaperçus au sein des mouvements sociaux du Mali. L’élaboration d’une stratégie spécifique d’introduction et de diffusion des OGM en s’appuyant sur des programmes, projets et organisations comme CLUSA, Chemonics, PRODEPAM, etc., est la preuve palpable de tous ces agissements constatés » a martelé le président de la CNOP. Qui regrette que l’avant-projet de la loi de biosécurité ait été élaboré avec « la participation de façade d’une partie de la société civile choisie (trois personnes au total avec des profils qui ne cadrent pas avec les enjeux de la problématique) par des cadres des ministères pour favoriser le démarrage des travaux d’introduction, de manipulation et de dissémination des plants génétiquement modifiés ».

« Le processus d’élaboration du présent projet de loi sur la table des députés, et extrêmement important pour notre pays afin de protéger contre les risques avérés des OGM, n’a pas respecté les dispositions des conventions internationales dont le Mali est signataire » regrette la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain-Mali. Qui déplore que ledit document, qui revêt l’illustration parfaite de la contradiction avec la Loi d’Orientation Agricole, trahit l’idéal de la Convention sur la diversité biologique, CDB, et du Protocole de Cartagena qui exigent des consultations populaires pour élaborer les textes nationaux.

A en croire les 35 structures membres de la COPAGEN, le projet de loi de biosécurité est un « instrument juridique national qui représente de nombreuses incohérences par rapport aux aspirations du peuple malien en matière de biosécurité, exprimées en des manifestations différentes pour dire « Non aux OGM dans l’agriculture malienne et l’alimentation » et de « protéger le pays avec une loi de biosécurité élaboré avec la participation de l’ensemble des acteurs concernés par la question de l’agriculture au sens large du terme et de la biodiversité. Bref, pour les organisations de la société civile membres de la COPAGEN, avec l’adoption du présent projet de loi sur la biosécurité par l’Assemblée nationale, le marché malien se transformera en « dépotoir » où tous « les mauvais produits des marchés mondiaux » y seront déversés. Pis, les risques semenciers et sanitaires sont d’un enjeu non négligeable respectivement pour la production agricole et les générations futures. Estimant en effet les conséquences dramatiques de l’adoption du texte pour notre économie, lesdites organisations exigent la suspension et le retrait du processus d’étude et de vote dudit projet de loi devant passer en vote le 15 mai prochain, la traduction en justice, pour crime contre le peuple malien, de tout chercheur ayant été impliqué, de loin ou de près, à des tentatives d’introduction des OGM, de quelques façon que ce soit, sans que autorisation légale lui soit donnée conformément aux lois et décrets en vigueur en la matière.

Aussi, recommandent-elles, l’élaboration d’un document consensuel de biosécurité avec la participation effective de tous les acteurs concernés, notamment la COPAGEN et ses membres sur la base, disent-elles, des traités et conventions sous-régionaux, régionaux et internationaux signés par notre pays. Il faut, revendiquent les organisations, l’engagement des processus concertés d’élaboration, d’adoption et d’application effective des textes de lois et règlements nécessaires s’inspirant des lois modèles de l’Union Africaine sur les droits des agriculteurs, des communautés locales et sur la biosécurité. A ces exigences s’ajoute, entre autres, la prise de dispositions nécessaires, en collaboration avec les organisations citoyennes intéressées pour mieux informer toute la population malienne sur les enjeux (analyse, risque et bénéfice) et les défis liés aux OGM en accord avec notre héritage et notre culture, afin de recueillir leurs réactions de façon transparente.

Aussi, recommande la déclaration commune des membres de la COPAGEN, il est nécessaire de parvenir à la mise en place d’un moratoire de cinq ans au moins sur les OGM aux fins d’une plus grande information pour la population, afin de prendre des décisions concertées, en « connaissance de cause », conformément au principe majeur de la Convention sur la biodiversité et du Protocole de Cartagena.


 

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