Haro sur le trafic d’objets d’art
lundi 20 octobre 2008 par Issa Fakaba SISSOKO
« Les Dieux sont à vendre », c’est le titre d’un film documentaire de 52 minutes réalisé par le journaliste réalisateur belge Michel Brent. La projection faite vendredi dernier au Musée national en présence de l’ancien ministre de la culture, M. Cheick Oumar Sissoko et de plusieurs professionnels de la conservation du patrimoine culturel, a consacré la présentation officielle du film au grand public malien.
Tout part d’une histoire de vol d’objet d’art qui se déroule en pays Dogon au Mali. En janvier 2000, Lassana Cissé, chef de la mission culturelle (cellule destinée à veiller à la sauvegarde du patrimoine) reçoit une lettre qui l’informe de la disparition d’un objet de culte d’une rare importance. L’objet représente un couple en bois de plusieurs centaines d’années qui a présidé à la fondation de Nèni, un village d’un autre âge situé au pied de la falaise de Bandiagara. Rapidement, l’enquête que mène le fonctionnaire piétine.
Car, il manque d’indices et est freiné par les corruptions locales. Il profite alors du passage dans la région de l’auteur du documentaire pour lui demander de l’aide. Michel Brent, ancien journaliste, qui a étudié le trafic des œuvres d’art dans le monde depuis 1994, décide d’offrir ses services au chef de la mission culturelle. La caméra le suit dans ses premières investigations menées dans les villages où habitent les familles concernées par le larcin. Au terme de cette première enquête, l’auteur apprend que l’objet a été vendu à un trafiquant de passage et, presque par miracle, il parvient à connaître son nom.
C’est une succession de faits du hasard mêlant l’intervention de l’émission « Envoyé Spécial » de la chaîne de télévision française « France 2 », l’aide d’une caméra cachée, la perspicacité d’un officier de police de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels, Nanterre (OCBC) et la volonté des autorités maliennes, qui va aboutir à la restitution officielle de l’objet. C’était en décembre 2002, soit trois ans après avoir le vol. L’histoire aurait pu se terminer là si au cours de la cérémonie de remise, un évènement imprévisible ne s’était pas produit : les villageois refusent le retour de leur objet de culte. Les raisons qu’ils invoquent ne convainquent personne.
Le couple sera désormais gardé dans les réserves du Musée national.
Dans l’attente du dénouement de l’histoire, Michel Brent balade sa caméra à la fois dans l’histoire de la découverte de l’art africain (les années 1930 avec de fort intéressantes images d’archives), dans les bureaux de spécialistes qui tentent d’analyser les causes du trafic des objets d’art et dans les ruelles du 6ème arrondissement de Paris où on peut assister en direct à des transactions illicites ». « Enfin, six années après la disparition de l’objet, l’histoire se termine. Les uns sont ravis de la tournure prise par les évènements, les autres critiquent la solutions choisie, tandis que d’autres encore, issus du même village, continuent allègrement de piller » nous a commenté le réalisateur M. Michel Brent au sortir de la projection du film documentaire.
Bref, l’autre visage du film « Les Dieux sont à vendre », est véritablement une réflexion que mène l’auteur à la fois sur la confrontation Islam-Animisme que vivent chaque jour les Dogons. « Dans ce film documentaire je mets également un accent particulier sur le destin de cette civilisation traditionnelle, sans cesse confrontée aux idées nouvelles qui s’infiltrent de manière inexorable jusque dans les coins les plus retirés de la grande Afrique » a martelé le réalisateur belge.
Issa Fakaba SISSOKO
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