« Il faut immédiatement un référendum pour aller vers un véritable changement. »
jeudi 4 septembre 2008 par Daba Tounkara
La Révélation : président Modibo Kane Kida, lors des élections présidentielles, vos souhaits étaient des élections transparentes et libres au Mali, ainsi vous avez entrepris beaucoup d’actions dans ce sens, maintenant que vos vœux ont été exaucés, un nouveau président, un nouveau gouvernement, quelles sont vos attentes ?
Modibo Kane Kida : uniquement le développement du Mali. Si tu acceptes d’être citoyen d’un pays, tu dois te forcer à œuvrer au développement de ton pays. Les élections ont eu lieu, et un gouvernement a été mis en place. Maintenant la tache revient au gouvernement de veiller sur le peuple, de faire de telle sorte que le peuple ne manque de rien.
La Révélation : lors de l’élection présidentielle, vous avez souhaité voter ATT, une année après son élection, êtes vous satisfait ?
Modibo Kane Kida : je ne l’ai pas souhaité pour autre cause, c’est la constitution qui l’autorisé à se présenter. Mais je suis derrière les maliens quand ceux-ci déclarent qu’ils ne sont pas satisfaits, moi aussi je ne suis pas satisfait. Le président n’est jugé par autre chose que par son travail. L’homme, ce n’est pas la taille, mais le travail. Moi, mon observation porte sur l’atteinte des attentes des Maliens. Aujourd’hui, le président doit savoir s’il a fait quelque chose pour les maliens, ceux-ci doivent être en mesure de juger les actions du président. Moi, je n’ai pas une position particulière, c’est celle de l’ensemble de tous les Maliens. Mais ce que j’attend de la bouche de beaucoup de maliens, c’est la non satisfaction des attentes et la vie est très chère avec la présence de la pauvreté, la famine, la soif, bref le désespoir total.
La Révélation : président Modibo Kane Kida, un vent de privatisation frappe actuellement de beaucoup de sociétés et d’entreprises d’état telles que la CMDT et la Sotelma etc., quel est votre avis sur ces privatisations ?
Modibo Kane Kida : on ne peut pas vendre une patrie. Qui aurait entendu qu’un pays a été privatisé ? La privatisation peut concerner les moyens de production. La CMDT, c’est la patrie, ce sont les paysans. Une machine ne peut pas travailler sans les paysans. Ce sont les paysans qui sont au début et à la fin du système de production du coton. Je ne comprends pas du tout la privatisation de la CMDT. Et beaucoup de Maliens sont comme moi. Certes, il y a des sociétés qu’il faut privatiser. Si le gouvernement dit que c’est la banque mondiale qui a imposé la privatisation de la CMDT, alors il faut dire à la banque mondiale qu’elle n’a pas raison. La banque mondiale n’est pas instaurée pour détruire une nation bien au contraire elle doit plutôt être un instrument de développement. Comment peut on construire une nation sans les travailleurs ?
Si la privatisation est une solution, les nouveaux acquéreurs iront cultiver eux-mêmes dans les champs. Le coton n’appartient pas à l’Etat mais aux cotonculteurs. Ceux qui prendront la CMDT doivent chercher la terre, payer les cotonculteurs comme on paye les enseignants, les médecins, bref comme tout autre fonctionnaire ou salarié. C’est à cette seule condition que je comprends la privatisation de la CMDT.
Sinon comment comprendre que les paysans qui sont exploités jour et nuit soient soumis à un acquéreur et qui va tenter de prélever les redevances pour les intrants ?
Aux USA les paysans et cotonculteurs sont motivés et subventionnés par l’Etat. Ils perçoivent également des droits provenant de l’Etat. Les travailleurs de la COMATEX sont des salariés alors qu’elle ne fait qu’égrainer le coton, le transformer en fils et en tissus. La différence entre nous et les pays occidentaux est le bas prix des matières premières. Quant à la SOTELMA, elle peut être privatisée car ce ne sont que des fils et appareils. Elle est différente de la CMDT. Donc pour toute privatisation de la CMDT, je demande qu’on paie aux paysans tous leurs dus.
La Révélation : ATT est à son 2ème mandat et selon la constitution, il ne peut prétendre à un 3ème mandat. Son mandat prend fin en 2012 où il y aura la prochaine élection présidentielle. Pour cela beaucoup de pressentis d’être candidats. Quelle est votre pensée envers le Mali ?
Modibo Kane Kida : que ce soi en 2008, 2011 ou 2012, les Maliens ont faim et ont besoin de nourriture d’abord. On dit qu’il y a la faim dans le pays, pourquoi ne pas avoir le changement. Moi je pense d’abord au changement pour faire basculer la faim qui frappe durement les Maliens. Il faut que le pays revienne aux citoyens et que chacun joue pleinement son rôle dans le développement du pays. La vie des hommes est une communauté, elle est différente de celle des oiseaux qui volent et nichent dans un arbre ou un autre. Un chef doit se soucier des problèmes de ses subordonnés. Il est certes chef, mais pas le meilleur des citoyens. Il faut que le Mali devienne une confédération car une seule personne ne peut pas résoudre les problèmes de tous les Maliens à partir de la capitale Bamako. Au Mali, généralement on n’est pas chef à cause de l’amour des Maliens ou du pays, mais à cause du salaire et des avantages. Il faut donc une véritable révolution car on amarre des élections. La seule solution est d’aller vers une confédération.
La Révélation : A travers des cassettes, vous avez fait des propositions pour le changement, quand et comment souhaiteriez- vous ce changement ?
Modibo Kane Kida : Il faut que le changement soit opéré immédiatement. Je ne préconise pas un coup d’Etat, ni une autre forme de violence. Car les articles 115 et 117 de la constitution permettent la possibilité de changement sans coup de force. Il faut quitter ce statu quo et appliquer certains articles de la constitution pour aller vers le changement. Il faudra soumettre l’avis du changement au référendum et le peuple décidera.
La Révélation : Sur qui comptez- vous pour réaliser ce référendum ?
Modibo Kane Kida : Je compte sur tous les Maliens, car le Mali appartient à tous les Maliens et chacun est confronté à des difficultés. C’est le problème de tous les Maliens. La Révélation : Quel appel avez- vous à lancer à vos amis et sympathisants et à tous les Maliens ?
Modibo Kane Kida : Moi Modibo, j’aime les Maliens que tout le monde. Je demande aux Maliens de se lever pour le changement. Je ne préconise pas la violence mais je demande à chacun de se lever pour la bonne marche de ce pays. Si le pays ne change pas, moi Modibo ne serais pas candidat en 2012. Si les Maliens me demandent d’être candidat dans cette condition, je refuse parce qu’il est difficile de développer un pays dans cet état. Tout le monde sait que le monteur d’un véhicule 2 chevaux ne peuvent pas faire avancer un camion.
Il faut une confédération comme les USA, l’Inde, la Suisse. Aujourd’hui toutes les affaires du Mali sont concentrées à Bamako. Les Tamasheq se battent pour qu’on leur cède la partie nord du pays ; ils n’ont pas dit qu’ils quittent le Mali, il faut la leur donner. Aujourd’hui, même un enfant, quant il grandit dans la cour paternelle, il cherche à quitter un jour pour aller construire ailleurs. Une seule personne ne peut pas diriger tout le monde, je ne suis pas contre l’intérêt de quiconque, plutôt je veux sauvegarder l’intérêt des Maliens.
La Révélation : M. le Président vous avez parlé tantôt d’un changement à travers un référendum, le voulez vous maintenant ou pour quand ?
Modibo Kane Kida : Il faut battre le fer quand il est encore chaud il faut immédiatement un referendum pour aller vers un changement dès lors que les articles 115 et 117 de la constitution le permettent à tout moment. Si c’est une mesure qui va contre l’intérêt du pays, là il y a lieu d’analyser avant d’agir mais ça va plutôt dans l’intérêt supérieur de la nation il n’y a pas de quoi perdre du temps pour l’organiser !!! Autant la constitution permet à un citoyen d’être élu président autant elle permet un référendum pour amener un changement. Ce pays nous appartient tous, que chacun soit interrogé de ce qu’il veut que son pays soit, ainsi le changement pourrait enfin s’opérer.
La Révélation : A qui lancez vous votre appel pour organier ce référendum dont vous parlez ?
ModiboKane Kida : A tous les citoyens Maliens. « Le seul espoir de l’homme une fois la viande crue dans sa bouche ce sont les dents ». Le problème est malien et seuls les Maliens peuvent trouver la solution en se levant pendant qu’il est encore temps.
La Révélation : Quel est votre dernier appel que vous lancez à l’endroit des Maliens ?
Modibo Kane Kida : Si j’ai un dernier appel à lancer, c’est de demander à tous les Maliens de le lever ensemble pour sortir le pays de cette situation qui ne profite à personne. Je n’incite pas les uns et les autres à la violence encore moins à un coup d’état ou un coup de canon ; mais plutôt à un changement total des conditions de vie à travers un référendum. Si l’on restait longtemps dans cet état, les résultats seront catastrophiques à l’horizon ; et sans changement, je ne suis pas candidat en 2012.
Que Dieu nous protège contre cela.


