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« Il ne faut pas que le monde soit surpris de ma victoire »

HYPPOLITE GAHA DEGNA, CANDIDAT À LA PRESIDENTIELLE DE NOVEMBRE EN COTE D’IVOIRE :

lundi 1er septembre 2008 par Markatié Daou

Estimant qu’il est temps de renvoyer à la retraite ceux qui ont les mains tachées de sang ivoirien, il promet de gagner haut les mains le scrutin et de réserver sa première visite d’Etat au Mali. Entretien.

L’Indicateur du Renouveau : Pouvez-vous présenter à nos lecteurs ?

Hyppolite Gaha Degna : Je vous remercie de l’opportunité que vous m’offrez de parler de mon parti politique qui est le Front socialiste pour l’indépendance et la liberté. Je m’appelle Hypolite Gaha Degna, président fondateur du Front socialiste pour l’indépendance et la liberté, parti politique créé en 1990 et officialisé en 1992. Après des études en communication, j’ai fait des études de sciences politiques à Paris. Fort de cela, je viens de me mettre au service de mon pays en voulant la démocratie. Parce que la démocratie ce n’est pas une vue de l’esprit, encore moins un luxe pour les Africains. C’est tout simplement le passage obligé pour nos Etats pour être des Etats modèles. Parce que la démocratie c’est la bonne gouvernance, le respect des institutions et de ceux qui les incarnent.

Il y a un pouvoir et il y a un contre-pouvoir. C’est surtout la recherche du consensus, c’est-à-dire associer le plus grand nombre des compatriotes au développement du pays qui ne peut se faire avec un groupuscule d’hommes aussi méritants qu’ils soient. C’est avec l’ensemble des populations qu’on peut faire le développement. C’est toute la différence avec les partis uniques qui ont fait plus de tort que de bien aux pays africains. C’est pourquoi nous sommes dans la politique pour apporter notre modeste contribution à l’émergence de nos Etats.

L’Indicateur du Renouveau : Quelles sont, selon vous, les préalables pour une bonne organisation de la présidentielle de novembre en Côte d’Ivoire ?

H. G. D. : Avant de répondre à cette question je voudrais rappeler aux uns et aux autres que la Côte d’Ivoire a traversé une période difficile. Vous savez tous sur les événements qui ont cours en CI depuis le 19 septembre 2002. Le bilan de cette crise est catastrophique : il y a eu beaucoup de pertes en vies humaines, plusieurs destructions de bien publics et privés, tous les parents et amis de la sous-région, y compris les investisseurs privés, en ont souffert. Mais grâce aux efforts des uns et des autres, la Côte d’Ivoire va vers la paix et l’organisation des élections libres, transparentes et démocratiques.

Vous me permettrez de m’acquitter d’un devoir, c’est celui d’exprimer notre reconnaissance et notre profonde gratitude au peuple frère du Mali, à son gouvernement, à l’ensemble de la classe politique malienne et surtout au chef de l’Etat, président de la République du Mali, Son Excellence Amadou Toumani Touré que nous appelons affectueusement ATT. Parce que là où la question ivoirienne l’exigeait, le président ATT était à nos côtés pour indiquer avec son expérience dans le règlement des grands conflits, son soutien. C’est avec le soutien de tous les chefs d’Etat que la CI tend vers la normalité. Comme vous le savez, les sorties de crise sont un peu plus difficiles que les crises elles-mêmes. Nous invitons tous les chefs d’Etat à appuyer ces efforts consentis depuis le début de la crise. La CI va vers l’organisation des élections, nous sommes et bel et bien candidat à cette élection présidentielle mais j’espère que nous allons la gagner parce que nous n’avons pas les mains tâchées de sang. Nous n’avons pas la mort d’un Ivoirien sur la conscience.

Au contraire, nous allons faire tout ce qui est humainement possible pour appuyer tous ces acteurs politiques pour que la CI aille vers la paix. Aujourd’hui, il reste à régler la question de la transparence de ces élections. Le 30 novembre est la date ficelée. Mais beaucoup reste encore à faire. Le problème de la Côte d’Ivoire ce n’est pas seulement l’organisation des élections, mais il faudrait que ces élections se déroulent dans un climat apaisé. C’est pourquoi j’avais lancé un appel pressant aux hommes de Dieu. Parce que l’histoire nous enseigne que partout où il y a des crises, ce sont des hommes de Dieu qui apportent les solutions. Parce que tous les jours que Dieu fait, certains vont dans les mosquées, dans les églises pour prier. Et nous demandons pardon à Dieu à travers ces hommes qui nous aident à ramener la paix surtout par l’organisation d’un forum politique où tous les acteurs politiques vont renoncer à la violence et accepter le verdict des urnes. C’est vrai que ç’a été fait avec la Commission électorale indépendante (CEI) qui nous a fait signer le code de bonne conduite mais il faut aller au-delà de tout cela.

Le soutien des hommes de Dieu sera encore plus déterminant et permettra à la CEI véritablement de prendre les dispositions nécessaires pour l’organisation des élections. Il faut que chaque Ivoirien ait sa carte d’électeur et qu’au jour du vote qu’il aille voter. Mais trois mois c’est vraiment très court. La communauté internationale est fatiguée de cette crise, c’est pourquoi elle souhaite qu’on en finisse. Cependant, organiser les élections dans la précipitation équivaut à replonger la Côte d’Ivoire dans le chaos. Il faut accorder au Premier ministre Soro Guillaume et à la CEI un délai supplémentaire de trois, voire six mois pour que tout se passe dans la plus grande transparence. Pour que les uns et les autres n’aient pas à crier sur les toits en cas de perte surtout que les gens n’arrivent pas à protester quand je vais gagner ces élections. Je souhaiterai que tout soit remis dans l’ordre. Dieu merci les hommes de Dieu nous ont compris ils se sont mis à la tâche en Côte d’Ivoire.

L’Indicateur du Renouveau : Qu’est-ce vous a décidé à être candidat ?

H. G. D. : Comme je l’ai dit partout, l’année 1990 marque la fin d’une époque en Afrique. La fin des coups d’Etat comme moyen d’accéder au pouvoir d’Etat ou la prise des armes pour revendiquer quoi que ce soit. C’est pourquoi je suis contre les rébellions en Afrique. Je suis contre la rébellion du Niger, je suis contre la rébellion du Mali, je suis contre la rébellion en Côte d’Ivoire. Mais si les gens prennent des armes, ils sont révoltés contre une situation. Donc autant j’ai condamné les rebelles, autant aussi il faut condamner tous ces acteurs politiques qui se connaissent parce qu’ils se fréquentent. Et ils sont en accord dans un désaccord pour plonger la CI dans là où elle est. Ils sont heureux de voir les Ivoiriens et les populations de la sous-région souffrir. Il faut les sanctionner à travers les urnes, c’est le choix de notre candidature. Pour nous, ils sont dépassés dès l’instant où ils sont incapables d’offrir la paix à la CI. Eh bien, qu’ils aillent en retraite ! C’est le souhait de la majorité des Ivoiriennes et des Ivoiriens. Je suis le plus jeune parmi les candidats mais je suis le candidat de la jeunesse. Et les jeunes sont prêts à les sanctionner et c’est pourquoi je souhaiterais que chaque jeune ait sa carte d’électeur et que chaque jeune soit inscrit sur la liste électorale pour régler ces questions une fois pour toutes. Qu’on ne prive pas les gens d’aller accomplir leur devoir de vote. C’est un peu le sens de ma candidature, parce que les grands partis politiques ont échoué sur toute la ligne. Parce que quand nous avons fait le bilan, c’est catastrophique. Moi j’ai été conseiller du général Robert Gueï qui, aux premières heures du 19 septembre 2002, a été assassiné, son épouse assassinée, ses enfants et ses petits-enfants assassinés, sa garde rapprochée assassinée, le personnel domestiques assassiné et les nombreux visiteurs du jour. Mais cette crise on aurait pu l’éviter, c’est la crise la plus absurde. Ceux qui payent le plus lourd tribut, c’est la jeunesse. Avant la guerre, il y a des jeunes qui avaient les diplômes de doctorat qui avaient 5 ans de chômage. Avec la crise qui a duré 7 ans, cela leur fait 12 ans de chômage. Ils ont 45 ans, ils n’ont pas encore un emploi. Le temps des pères des indépendances est terminé ; il est temps pour la jeunesse de relever le défi de la démocratie et du développement : c’est ce que nous sommes en train de faire. Tout près de nous, le président du Togo le président de la République est un jeune, le président Kabila a moins de 50 ans. Cela veut dire que l’Afrique nouvelle arrive avec des dirigeants nouveaux. Il faut que les jeunes du Mali, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Togo se réveillent pour assurer la relève. Je suis confiant que nous allons gagner les élections en Côte d’Ivoire. Je suis confiant.

L’Indicateur du Renouveau : Vous avez reconnu que les jeunes payent le lourd tribut de certaines pratiques : vous-même vous êtes jeune, puisque vous n’avez que 45 ans. Ce jeune âge sera-t-il un atout ou un handicap sur vous ?

H. G. D. : C’est un atout ! Je suis le plus jeune parmi les candidats, mais je suis le candidat de la jeunesse. Ce sont les jeunes et les femmes qui ont payé ma caution de 20 millions de F CFA qui sont en train de se mobiliser pour que nous gagnions ces élections. Parce qu’ils savent que c’est la seule façon d’indiquer le chemin de la retraite à tous ces vieillards qui ont servi le pays mais qui sont accrochés au pouvoir d’Etat. Il faut leur indiquer poliment le chemin de la retraite. On a bien fait de limiter le mandant présidentiel. Il y a des dirigeants qui savent qu’ils ne peuvent plus rien apporter à nos Etats mais ils sont toujours candidats, ils sont toujours accrochés aux postes de responsabilité. Cela est regrettable. Moi je souhaiterais avoir des jeunes dans mon gouvernement. Je suis avec les jeunes. C’est d’ailleurs la première fois que des sections, des fédérations ont établi des programmes de société et ont remis à la direction du parti. Dans les documents les jeunes m’ont écrit : voici ce que nous souhaitons que vous fassiez pour nous, voici les moyens qui sont la caution des 20 millions. Chaque Ivoirien se retrouvera dans le programme de société que nous avons fait.

L’Indicateur du Renouveau : Vous parlez déjà de votre futur gouvernement, cela veut dire que vous êtes sûr de gagner les élections. Si vous êtes président, quelles seront vos priorités pour la Côte d’Ivoire et au sein de l’espace UEMOA ?

H. G. D. : C’est le sens de ma visite au Mali. Parce qu’en Côte d’Ivoire nous sommes convaincus que nous allons gagner ces élections et la première chose à faire c’est de réconcilier les Ivoiriens du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest. Pour moi un Ivoirien est un Ivoirien. Ensuite nous allons mettre la CI au travail. La CI, pour moi ne peut pas être le seul poumon au niveau de l’UEMOA, c’est inadmissible. C’est un handicap pour l’ensemble des pays de la sous-région. Et c’est pourquoi j’ai choisi Bamako pour cette visite de courtoisie et de prise de contact de haut niveau. Donc ma première visite d’Etat ce sera au Mali. Le Mali a beaucoup de beaucoup potentialités. Avec sa position géographique : le Mali est un carrefour. L’histoire nous enseigne que le RDA est né au Mali ; l’envol économique de l’Afrique de l’Ouest partira de Bamako. Avec l’aménagement du bassin du Niger, le Mali peut nourrir toute l’Afrique de l’Ouest. Donc je compte faire de la Côte d’Ivoire et du Mali la locomotive de l’UEMOA. On veut faire le Mali leader avec la Côte d’Ivoire pour tirer l’UEMOA. C’est le sens de ma visite à Bamako. Et si je gagne les élections, ma première visite d’Etat se fera au Mali. Je viendrai avec une forte délégation ministérielle, y compris le Premier ministre, pour mettre ensemble des commissions qui vont se retrouver tous les six mois pour faire l’évaluation du développement des deux Etats. C’est ce que nous allons instaurer dans tous les pays de l’UEMOA. Ce ne sont pas des experts de la communauté internationale qui viendront faire l’Afrique. Il faut que l’Afrique prenne son destin en main. Dieu merci, on a des experts dynamiques et compétents prêts, à relever le défi. Moi j’ai un programme de gouvernement qui se résume en une seule phrase : « Oeuvrer pour des républiques en couleur et l’Afrique sans frontières, une coopération tournée vers l’extérieur avec les pays qui peuvent nous aider ». Donc ce sera désormais l’UEMOA qui sera l’outil de développement pour les pays de la CEDEAO. C’est à la portée de la CEDEAO de construire une Afrique plus libre, plus indépendante et plus forte économiquement. C’est ça mes ambitions pour l’Afrique.

L’Indicateur du Renouveau : quels étaient les points focaux de votre visite au Mali ?

H. G. D. : Au cours de ma visite j’ai pu rencontrer la communauté ivoirienne et quelques hommes politiques. Nous sommes venus à l’école malienne, pour la démocratie avancée, pour voir les potentialités. Parce que demain nous serons appelés aux affaires. Nous avons fait pas mal de rencontres, mais n’avons pu les approfondir. Mais ce n’est que partie remise. Cela n’atteint en rien nos ambitions pour la Côte d’Ivoire et pour le Mali. Je crois que pendant la visite d’Etat nous aurons le temps de faire beaucoup de choses. Je compte faire beaucoup de choses avec le Mali. Je dis à tous les opérateurs économiques aux investisseurs maliens et étrangers que la Côte d’Ivoire les attend.

L’Indicateur du Renouveau : quel est votre message à l’endroit des Ivoiriens partout où ils sont ?

H. G. D. : Je voudrais remercier tout le monde. Je demande à tout le monde de me soutenir.

Et on se donne rendez-vous dans quelques mois.

@Propos recueillis par Markatié Daou

 

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