Radio Steve Bantou Biko l’âme de la liberté.

Incarne-t-elle les mêmes valeurs et objectifs que dans le passé ?

LA POLYGAMIE EN AFRIQUE MODERNE

lundi 13 octobre 2008 par Fatoumata Haïdara

Pour une population essentiellement paysanne, on pourrait penser que c’est le besoin d’une main d’œuvre abondante qui pousse les hommes à prendre plusieurs femmes pour avoir beaucoup d’enfants. Pourtant ce ne sont pas toujours des raisons économiques qui justifient ce choix de vie. Hier, source d’équilibre social et de développement de la communauté, la polygamie est devenue aujourd’hui cause de discordes dans des familles, dont le chef assiste, de son vivant, à la dislocation de sa maison. Comment pourrait-il être tranquille dans sa tombe ?

La polygamie est un mode de vie qui s’exerce au profit des hommes. Le temps du mari est distribué entre toutes ses femmes et ses enfants. Lorsqu’il offre un cadeau à l’une, il doit aussi l’offrir à l’autre.

Certaines coépouses habitent sous le même toit ; il est donc nécessaire qu’elles sympathisent sinon l’ambiance devient vite invivable. D’autres demeurent à des kilomètres l’une de l’autre et l’homme fait la navette entre elles.

La motivation du polygame varie. Certains, vu l’âge avancé de leur première épouse, ressentent le désir d’avoir une nouvelle conjointe plus jeune. D’autres tout bonnement en aiment plusieurs à la fois.

Est-ce possible ?

En ce qui concerne les femmes, leurs avis restent très variés. Pour la première des femmes, la polygamie est inadmissible : c’est une trahison. Pour les autres, les motifs sont divers car la plupart du temps, elles savent que la place est prise, mais cela ne les dissuade pas. Les unes sont simplement amoureuses et feront tout pour l’élu de leur cœur, même si elles ne peuvent l’avoir pour elles seules. D’autres, en raison de leur âge et ne voulant pas terminer seules, se décident à vivre avec un homme marié. Mais pour les unes comme pour les autres, on accepte la situation malgré soi, car il est difficile de partager, et particulièrement en amour. La monogamie propose aujourd’hui une alternative en cas d’échec : le divorce. Il donne une chance de recommencer une nouvelle vie, une nouvelle famille.

Ce n’est donc qu’une polygamie par étapes qui, toutefois, a le mérite d’offrir un nouveau départ à la femme comme à l’homme.

Vue traditionnelle de la polygamie en Afrique

La polygamie, pratique ancestrale africaine, qui consiste pour un homme à avoir plusieurs femmes, a pour objectif la création d’une famille nombreuse.

Pourquoi une famille nombreuse ?

Le fait d’avoir plusieurs femmes témoigne de la virilité de l’homme. Les différentes femmes représentent de nombreux bras pour l’autosubsistance de la famille : culture de champs, fourniture d’eau et cuisine sont leur domaine. Une femme doit obligatoirement faire des enfants.

Si elle ne peut pas procréer, elle doit accepter que son mari aille chercher une autre femme plus jeune pour assumer cette fonction. Dans certaines ethnies, la femme va chercher parmi ses soeurs ou ses cousines proches de la coépouse celle qui viendra donner des descendants à son mari.

Elle pourra, ainsi, se charger de leur éducation.

Ce choix de la femme au sein de sa propre famille a pour but d’empêcher le mari d’aller chercher dans une famille qui lui est extérieure. Elle conserve ainsi l’intégralité de la richesse ou du patrimoine de son mari et évite le morcellement ou le partage, avec une autre famille que la sienne.

Le célibat de la femme étant très mal perçu en Afrique noire, la polygamie pourrait signifier, pour celui qui la pratique et certains adeptes, la mise de la femme à l’abri de la débauche.

L’autre objectif de la polygamie c’est la procréation de nombreux enfants. Dans une Afrique où les systèmes modernes de protection sociale n’existaient pas, avoir plusieurs enfants, c’était assurer ses vieux jours, une retraite garantie. Car, si la plupart des enfants réussissent, ils reprennent à charge une partie de leur fratrie, (c’est souvent les plus jeunes). Ils aident leur père à l’entretien du reste de la famille.

Les aînés soulagent ainsi leurs pères de la charge des plus jeunes. Il s’agit d’une véritable solidarité familiale.

Depuis les indépendances, beaucoup de facteurs viennent remettre en cause ce type de famille. Ils ont pour noms : le système économique instauré après les années 1960, le système de protection sociale en place encore embryonnaire, le travail des femmes dû à une instruction galopante, l’exercice du commerce informel, le changement de mentalité vis-à-vis du célibat des femmes etc. Néanmoins le constat est clair. La polygamie, comme toute institution, suit les mutations. Dans les pays où la loi l’interdit, elle prend la forme de pratique extraconjugale (« les bureaux » ou, dans les pays occidentaux « les maîtresses »). Coépouses, maîtresses, qu’elle différence ?

Est-ce que la pratique occidentale des maîtresses ne vient pas conforter les adeptes de cette forme de famille ? Même si la pratique occidentale, discrète, mais hypocrite, n’en constitue pas moins une relation d’homme avec deux ou trois femmes, cela signifierait-il que de telles pratiques ont de beaux jours devant-elles ? La polygamie a beaucoup évolué avec la mutation des sociétés africaines. Un certain nombre de changements se produit au sein des familles : avec l’accentuation des difficultés économiques, l’aspiration à une famille de taille élevée diminue. La solidarité familiale étant la clé de voûte de la société malienne, plus la taille de la famille est grande, plus ceux qui réussissent à s’en sortir ont des contraintes et des obligations envers ses membres.

Cependant, abandonner la polygamie suppose un autre fonctionnement de la société et une remise en cause du pouvoir des hommes sur les femmes.

Ce système matrimonial, en effet, est source d’inégalité : il donne plus de droit à l’homme qu’à la femme, plus de pouvoir au riche qu’au pauvre qui pourra avoir plus de femmes et tirer profit de leur travail et de celui de leurs enfants, surtout à la campagne.


 

Google

 

Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 236720

Site réalisé avec SPIP 1.9.2d + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSRsbiko-Arts & Cultures RSSRéflexions   ?

Get Firefox
Adaptation SPIP réalisé par Courcelles Design

Creative Commons License

référencement gratuit
•  référencement  •    positionnement    •  référencement manuel professionnel discount  •
annuaires et moteurs