KARAMOKO BEFO banni de la communauté musulmane
lundi 19 mai 2008 par Abdoulaye Diakité
C’est un certain mardi 06 Mai 2008, que la bombe a été lancée à travers une cérémonie dite de lancement des cassettes d’El Hadji Issa Sacko, plus connu sous le surnom de « Karamoko bèfo » (le prêcheur qui dit tout). C’était au Centre Aoua Keïta, en présence des ministres de la Communication et des nouvelles technologies, Mme Diarra Mariam Flantié Diallo ; de la Promotion de la femme de l’enfant et de la famille, Mme Maïga Sina Damba. Organisée par le Programme National de Lutte contre l’Excision, ladite cérémonie avait regroupé plusieurs partenaires de l’Etat et des ONG dans leur lutte contre ce phénomène comme Plan-Mali ; PSI-Mali ; et l’USAID. La cérémonie avait commencé par le discours de la ministre Mme Maïga Sina Damba, laquelle faisait savoir qu’avec cette communication de Karamoko Bèfo, dont le titre est « Sosoli bana » (finie la polémique), ce sont là des pas sûrs et fermes dans la lutte contre le phénomène de l’excision dans notre société.
La ministre avait même remercié le PSI-Mali pou avoir été l’une des structures pionnières, à impliquer les leaders religieux dans la lutte contre le VIH et le SIDA. Cette expérience enrichissante, disait-elle, nous a interpellés à étendre cette participation à d’autres domaines, dont celui de la lutte contre la pratique de l’excision. Ceci était d’autant plus justifié que dans le cadre de notre contribution à la lutte contre la pratique de l’excision, l’unité de recherche du département avait déjà mis en exergue plusieurs déterminants clés, dont la croyance populaire selon laquelle l’excision serait une obligation de l’islam, avait précisé la ministre Damba.
Et Mme Maïga Sina Damba ajoutait que c’est donc tout naturellement que le PSI/Mali (Population Service International) a accompagné la rencontre entre le PNLE et Karamoko Bèfo. Ainsi, de cet accompagnement sont sortis trois supports. Il s’agit en premier lieu d’une K7 audio d’une heure avec un message articulé autour de 4 points : -l’origine de l’excision ; -l’absence de preuve dans le Coran sur le caractère obligatoire de l’excision ; -l’absence de preuve dans le Coran sur l’excision des filles du prophète (PSL) ; et –les conséquences médicales de l’excision, qui militent en faveur de son abandon au même titre que d’autres pratiques qui, du fait de leur effet néfaste sur la santé, ont fait l’objet de telles prescriptions par les enseignements de l’Islam.
Il s’agit de 4 spots télévisés et, enfin, d’une déclinaison radiophonique pour chacun des 4 spots télévisés. C’est le PSI/Mali qui a mis à la disposition du PNLE des copies de la K7 audio pour la distribution aux acteurs de la lutte pour l’abandon de la pratique de l’excision. Quant aux 2 autres produits, ils seront diffusés et distribués aux acteurs de terrain comme outils de sensibilisation, avait-elle encore précisé.
Intervenant après la ministre, El Haji Karamoko Bèfo, avait laissé entendre qu’au départ, qu’il était un fervent opposant à ceux qui luttent contre l’excision, car, croyant que l’abandon de l’excision serait un encouragement de l’adultère dans notre société. Mais qu’il a été par la suite convaincu par les médecins, qui lui ont dit qu’il n’y a pas de rapport entre l’excision et l’adultère, et ses recherches religieuses, qui l’ont permis de se rendre compte qu’il n’existe pas d’écrits dogmatiques qui encouragent la pratique de l’excision.
C’est donc pour toutes ces raisons qu’il a vite tourné sa veste pour se ranger du côté de ceux qui luttent contre le fléau.
Karamoko Bèfo dit sur sa cassette que c’est une des femmes du prophète Ibrahim (la paix soit sur lui), qui a initié l’excision sur une fille de sa co-épouse, par pure jalousie et que tous ceux qui perpétuent ce geste ne sont que des jaloux envers leurs propres enfants. Mythe obscur, en vérité, que Karamoko Bèfo met à la place du hadith du Prophète Mohammed (SAW). Car ce que Karamoko Bèfo ne dit pas, un hadith qui dit qu’une fois le prophète (PSL) a été trouvé une vieille exciseuse. Il lui a demandé si toutefois elle continue avec son métier. Quand la vieille a répondu par l’affirmative, le prophète (PSL) l’a encouragée en lui indiquant la bonne manière de procéder. Cet hadith connu de tous n’a pas été purement et simplement ignoré par le célèbre prêcheur, qui a préféré le passer sous silence, violant ainsi son sobriquet de « Bè fo » afin d’atteindre son objectif.
En réalisant ces cassettes, on le savait, c’est sans nul doute des bombes que Karamoko bèfo venait de larguer au sein de la communauté musulmane, déjà malmenée par d’autres sujets comme l’abolition de la peine de mort. Il contribue par son acte, à approfondir la fracture entre les frères musulmans, quand on sait que le prêcheur de renommée internationale, Chérif Ousmane Madane Haïdara, plus d’une fois, avait déjà pris parti pour l’excision, avec des arguments solides. Aussi, l’on se pose la question de savoir qui de Haïdara ou de Karamoko bèfo a donc raison. Le prêcheur Bè fo est bien connu pour sa versatilité.
C’est d’ailleurs lui-même qui a fait savoir à la cérémonie de lancement que, dans un passé récent, il fut un fervent pourfendeur de ceux qui s’opposent à la pratique de l’excision. Alors, sur quoi était fondée cette conviction pour être abandonnée si brusquement ? Sur quel argument religieux se fondait-il alors ? La lourde sanction Ainsi, une semaine après le lancement des fameuses cassettes, la réaction de la communauté musulmane ne s’est pas fait attendre, face à ce qu’elle qualifie d’atteinte grave à la religion de Mohamed (PSL). La Ligue des Imams érudits du Mali (IMAMA) à laquelle sont affiliées les autres organisations musulmanes, comme le haut conseil islamique, l’association des prêcheurs ou encore l’AMUPI, a tapé du poing sur la table.
Issa Sacko dit Karamoko Bèfo est interdit de toutes manifestations ou rencontres à vocation islamique en République du Mali, et cela jusqu’à nouvel ordre. C’est un communiqué diffusé sur les ondes de la Radio Dambé qui l’a annoncé le samedi. En effet, les musulmans ne comprennent pas comment ce monsieur a pu retourner sa veste contre sa religion. Car, en plus du hadith ci-dessus cité, d’autres arguments bien connus étayent la pratique de l’excision. Le prophète (PSL) n’a-t-il pas demandé à sa communauté d’imiter les pratiques de son homologue Ibrahim que sont : couper les ongles, se raser la tête et les moustaches, circoncire et exciser, et laisser pousser la barbe ?
Quand Karamoko Bèfo parle de médecins qui l’ont convaincu, les autres musulmans se posent la question de savoir si ces fameux médecins sont plus médecins que le Prophète Mohamed (PSL). Aussi, des érudits de la religion le mettent-ils au défi de leur apporter l’écrit qui étaie son histoire de jalousie entre les femmes du prophète Ibrahim (PSL).
Selon plusieurs sources, le prêcheur en question aurait posé cet acte malencontreux, moyennant une somme de 15 millions de francs CFA que lui aurait donné le Programme National de Lutte contre l’Excision (PNLE). Karamoko Bèfo lui-même l’aurait dit à plusieurs de ses confidents, qui lui ont d’ailleurs reproché de troquer sa religion contre de l’argent, l’au-delà contre la vie de ce bas monde.
Quoi qu’il en soit, il urge aujourd’hui de mettre en place des textes régissant le domaine très sensible du prêche, cet instrument si puissant aux mains de ceux qu’on appelle leaders d’opinion et qui est à la portée du premier prédicateur venu.
Lorsque des propos sont lâchés, seul Dieu sait les conséquences qu’ils peuvent entraîner, et le dommage ne peut être réparé par un simple mea culpa de leur auteur. Donc les autorités de la République sont désormais averties pour l’assainissement du domaine du prêche, afin mettre les populations à l’abris des conséquences dramatiques qu’occasionnent certains prêcheurs.
Ne doit plus prêcher au Mali, qui le veut, mais qui y a droit.
Abdoulaye Diakité
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