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L’APES revient à la charge !

Procès contre les miniers

lundi 16 juin 2008 par Abdoulaye Niangaly

Le 27 juin, les avocats des opérateurs répliqueront aux conclusions déposées le 12 par les conseils de l’APES, Me Cheick O Konaré et Me Mamadou Camara.

L’APES (Action pour l’Environnement et la Santé) est d’une ténacité à toute épreuve.

Le procès qu’elle a engagée contre les entreprises d’exploitation d’or est unique dans les annales judicaires maliennes tant par le montant des dommages et intérêts réclamés (150 milliards) que par la nature des faits reproché (atteintes à l’environnement). L’affaire n’a d’équivalent que celle des déchets toxiques d’Abidjan où le pollueur, du nom de Trafigura, a payé 100 milliards à l’Etat et s’est engagé à construire une usine de traitement des déchets.

Le président de l’APES, monsieur Alhassane Camara, est un natif de la région de Kayes, une zone de forte activité minière.

Il se rend également très souvent à Sikasso, autre zone de prédilection des opérateurs miniers. Selon M. Camara, que nous avons rencontré, « la création de l’APES répond au besoin de lutter contre les pollutions et nuisances diverses qui frappent le cadre de vie et la santé des Maliens s’il est bon d’extraire l’or de notre sous-sol, il ne faudrait pas pour autant que cette exploitation mette en danger la santé de notre peuple. Des gens plus qualifiés que nous ont constaté que des maladies étranges ont fait leur apparition dans les mines et dans les villages satellites : fausses couches, bronchites chroniques, cancers… ces affections résultent, nous en sommes convaincus, de l’air et de l’eau gravement polluées par l’activité minière. »

Commission d’experts

Les entreprises mises en cause sont une bonne dizaine, dont des géants internationaux de l’exploitation d’or : Morila SA, Yatela SA, Somika SA, Avnel, Iamgold SA, Randgold Ressources, Anglogold Exploration, Tambaoura Mining Corp. SA, Segala Mining Corp. SA et Semos SA.

Les unes sont citées à titre principal, les autres en intervention forcée, mais toutes sont accusées de pollutions et passibles de condamnation. Le 12 juin 2008, les avocats de l’APES, Me Cheich Oumar Konaré et Me Mamadou Camara, ont déposé leurs conclusions. Ils demandent la désignation d’experts.

Il s’agit d’un médecin, d’un vétérinaire, de deux laboratoires, d’un expert en environnement et d’un huissier de justice. Chargés d’étudier l’impact environnemental et sanitaire de l’activité minière, les experts doivent aussi entendre témoins et victimes avant de déposer leur rapport dans un délai de deux mois. Le 27 juin, les avocats des entreprises minières doivent déposer leurs répliques. Il appartiendra alors au juge Baya Berthé de statuer.

Branle bas de combat

Selon des sources proches du dossier, on assiste depuis un certain temps à un balai incessant d’émissaires très influents.

Mais qui a intérêt à ce que personne n’inquiète les compagnies minières ?

C’est certainement l’Etat à qui elles versent 100 milliards par an. Un grand patron de mine nous a confié que « sans les sociétés minières, le Mali ne pourra même pas payer ses fonctionnaires ». C’est aussi un fait que l’Etat malien doit près de quarante milliards aux sociétés minières sous forme d’exonérations non reversées. D’où un branle – bas de combat au plus haut niveau de l’Etat pour que la justice ne serve pas de relais à ceux que les sociétés minières, dans une conférence de presse récente, appellent « des agitateurs d’un genre nouveau, partisans de l’argent facile ».

Le ministre des mines, M. Ahmed Sow, a participé volontiers, à un débat sur l’ORTM où il a paru défendre les entreprises minières dont plusieurs, selon lui, respecteraient l’environnement. Les autres devraient se mettre au diapason, a poursuivi le ministre, qui a, cependant, révélé que certaines sociétés minières importent sans autorisation des produits radioactifs qui mettent 9 000 ans à se décomposer. De quoi redonner des ailes à l’APES !….

Malgré la force de frappe des opérateurs miniers et le soutien du pouvoir, le juge peut difficilement refuser la désignation d’experts.

D’abord parce que c’est une mesure d’instruction tout à fait légale, ensuite parce que le juge Berthé a la réputation d’être désintéressé et totalement indépendant.


 

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