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L’autre face de Soumeylou Boubeye Maïga

SUPPOSEE NOMINATION DE SOUMEYLOU BOUBEYE MAÎGA

vendredi 15 août 2008 par Issa Fakaba SISSOKO

Faisant couler beaucoup d’encre et de salive, l’information dont la fiabilité pose problème, suscite de nombreuses interrogations.

L’Adema a-t-elle joué un rôle dans cette nomination ?

Ou s’agit-il tout simplement d’une propagande savamment distillée par l’intéressé lui-même afin d’attirer l’attention du président de la République (naguère présenté par lui comme un adversaire farouche) après son virage spectaculaire au FDR ?

Que peut-on dire du silence radio de la part de l’intéressé lui-même ?

En prenant pour argent comptant les rumeurs de nomination de Soumeylou Boubèye Maïga comme conseiller spécial auprès du président de la République, beaucoup d’observateurs estiment que le désormais ex-leader du front d’opposition (FDR) confirme la thèse qu’il fait partie de cette race d’hommes politiques sans conviction et qui sont toujours prêts à vendre leur âme au diable pour leurs intérêts personnels.

En effet, il y a à peine un an, pendant les campagnes présidentielles d’avril 2007, Soumeylou Boubeye Maïga était parmi ces candidats à cette élection qui critiquaient (en des termes discourtois ) le président et candidat Amadou Toumani Touré.

« Les choses doivent changer. Les choses peuvent changer. Et les choses vont changer ». Le slogan tenu par le sieur Soumeylou Boubeye Maïga pendant les campagnes des élections présidentielles d’avril 2007, était, on ne peut plus catégorique, le témoignage éloquent d’une rupture consommée d’avec la politique du régime ATT.

L’homme qui était en lice avec les sept autres candidats pour la conquête de la magistrature suprême, venait d’être investi porte-étendard du regroupement « Convergence 2007 » après son exclusion de l’ADEMA-PASJ dont le Comité exécutif avait décidé de jouer la carte ATT. Les trois semaines de campagne n’ont pas été des moins rudes pour le candidat sortant Amadou Toumani Touré. Au nombre de ces discours virulents qui lui étaient destinés, figuraient ceux tenus par un certain Soumeylou Boubeye Maïga, pour qui la gestion du pouvoir par le régime avait atteint le seuil de l’intolérable.

On comprend alors son slogan de « changer les choses ».

De la crise du coton, à l’accroissement, selon lui, du taux de chômage et de pauvreté, en passant par l’impasse que connaît l’école et le malaise de l’économie nationale, le porte-étendard du regroupement fantoche Convergence 2007 », n’a pas fait dans la dentelle avec le régime d’ATT.

« La promotion des cadres médiocres aux détriment des hommes valables, la corruption entretenue et le pillage des ressources, l’amateurisme dans la gestion des affaires publiques, l’absence d’une politique de sécurité pour le pays, et de développement du secteur agricole, la sous-alimentation, le manque de persuasion de notre politique de diplomatie », etc.

Bref, les mots n’ont pas manqué à l’homme pour étaler « les maux qui minent le Mali », selon lui. A Koury, comme dans les autres localités à forte production cotonnière, il s’insurgera contre ce qu’il appelle le mal-vivre des producteurs et la liquidation du secteur du coton.

Comme si cela ne suffisait pas, on se rappelle encore son « discours poignant » tenu à Bougouni lors d’un de ses meetings où il a qualifié le régime « d’incapable », et a fustigé « la démission de la classe politique face à un indépendant ».

Ce jour-là, les débats et les commentaires étaient sans merci. Pour certains, il fallait se méfier de faire vite confiance à un politique du genre, surtout « un des hommes les plus redoutés » de l’ancien régime d’Alpha Oumar Konaré. Mais pour d’autres, notamment ceux défavorables à un soutien de l’ADEMA au candidat ATT, « c’est l’homme qui incarne le changement et la réhabilitation de l’homme politique ».

Rien de tout cela ne convainc une frange non moins négligeable d’observateurs. Il s’agit de ceux qui ont l’habitude de tels discours, surtout de la part de ceux qui, nostalgiques du pouvoir, sont prêts à vendre leur âme au diable pour se remettre en selle. Cette dernière thèse est d’autant plus pertinente qu’elle qualifie malheureusement l’écrasante majorité des hommes politiques maliens notamment de la race de Soumeylou Boubeye Maïga, qui manquent de conviction politique.

L’acceptation, à bras ouverts, de ce poste de conseiller spécial (si ça se confirme) auprès du président ATT et avec rang de ministre, est d’autant plus contradictoire avec les récentes positions tranchées de l’homme contre le régime, qu’elle confirme l’analyse faite par certains que le soi-disant opposant est à la « recherche d’une ombre auprès du chef de l’Etat ».

D’ailleurs, plusieurs observateurs avertis du jeu politique malien l’avaient annoncé quand le désormais ex-leader du FDR avait commencé à courtiser le régime, surtout lorsqu’il a pris l’habitude de ne rater aucune cérémonie officielle, notamment au Palais de Koulouba.

A plusieurs reprises, après ses durs propos, il s’affiche très souvent avec le chef de l’Etat, et souvent en conversation très serrée. En temps normal une telle nomination est très salutaire. Mais lorsqu’elle est offerte par celui dont on a critiqué la gestion du pouvoir pendant cinq ans, l’acceptation découle tout simplement d’un manque manifeste de conviction et d’ambition politique.

Et le retournement de veste est si brutal et spectaculaire qu’on comprend alors aisément les vraies motivations de sa démarche pour retourner à l’ADEMA.

Cette double facette de l’ancien leader du Front pour la Démocratie et la République (FDR), rappelle un certain Tiéblé Dramé, aussi membre dudit regroupement politique dit de l’opposition. Jadis un fidèle au régime de l’actuel chef de l’Etat, il n’aura osé dire que « le Mali va mal », que lors qu’il fut interpellé par la justice sur sa gestion des fonds du 23ème Sommet Afrique-France.

En clair, Soumeylou Boubeye Maïga et Tiblé Dramé appartiennent, malheureusement, à cette race d’hommes portiques qui changent de discours comme ils changent de chemise, et toujours prêts à vendre leur âme au diable pour leurs intérêts personnels et non pour ceux du pays. Avec cette nomination, le secrétaire politique de la section Adéma de la Commune III tout comme le président du PARENA, signe sa mort politique, et sacrifie ses chances d’accéder au Mali à la magistrature suprême. Derrière ces rumeurs de nomination à la présidence qui font actuellement le tour du pays, certains dénoncent la main invisible de Soumeylou Boubèye Maïga lui-même.

Difficile pour nous de le dire pour le moment.


 

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