Ces belles assurances ne nous empêchent cependant pas de penser que notre Margaret Thatcher nationale, Jeanne d’Arc de la révolution de mars 1991, a pris un recul par rapport au temps. A défaut d’entrer dans une profonde hibernation comme seules savent le faire les grenouilles, elle s’est blottie dans son coin, à la tête du projet d’appui aux communautés de base. Elle est allée à l’ermitage au risque de se faire oublier.
Comment comprendre une telle reculade de la part de celle-là même qui fut de tous les combats pour l’avènement de la démocratie au Mali, qui a bravé les chars de la soldatesque moussaïste pour haranguer les foules, fut tour à tour gouverneur du District de Bamako, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, ministre de l’Urbanisme et de l’habitat ? Il n’y a pas de fumée sans feu.
Est-elle fatiguée des joutes politiciennes mais surtout des tiraillements internes au sein d’un parti politique sur lequel souffle en permanence un vent de complotite aiguë, de trahison, de coups bas ? La meilleure réponse à cette question est donnée par notre interlocuteur et qui explique sans doute pourquoi Mme Sy Kadiatou Sow n’a pas suivi Soumaïla Cissé. A la création de l’URD, affirme ce dernier, deux tendances s’affrontaient.
D’un côté, il y avait ceux qui voulaient aller directement à la création de la nouvelle formation politique, de l’autre les adeptes de la politique de l’entrisme (lutter de l’intérieur pour faire changer les choses). Manifestement la dame de fer était une militante de la seconde option.
L’URD fut quand même créée et elle resta à quai. En outre, elle avait demandé à Dioncounda Traoré de remettre sur le tapis le cas des membres du Comité exécutif qui avaient poignardé dans le dos le candidat désigné du parti à l’élection présidentielle de 2002, Soumaïla Cissé, au profit d’ATT. Il s’agit, en l’occurrence, du clan des dix composé de Marimanthia Diarra, Iba N’Diaye et autres, de Mandé Sidibé, Madani Diallo tous deux candidats.
La réponse de Dioncounda était de nature à refroidir l’ardeur guerrière de cette amazone. Pour le président de l’Adéma, en effet, poser le problème des traîtres sur la table, reviendrait à rouvrir des plaies non encore cicatrisées au moment même où le parti avait besoin de rassembler toutes ses forces.
Echec de la politique de l’entrisme ? On peut sans doute répondre par l’affirmative. Car dans la ruche les mêmes causes continuent toujours de produire les mêmes effets. Bien qu’elle soit la première force électorale du pays, on dirait qu’une malédiction plane sur ce parti à chaque échéance. L’Adéma n’avait pas de candidat en 2007 (raison pour laquelle elle s’est rangée du côté du général) et elle risque de ne pas en avoir en 2012.
Parce que c’est un parti sans chef ou à plusieurs chefs, qui souffre d’un manque notoire de leader charismatique. Ce paradoxe ne l’empêche pas de vouloir reconquérir un pouvoir perdu par sa propre faute. Au lieu de s’attaquer au mal à la racine, les dirigeants de l’Adéma aiment le rapetassage, le colmatage, le coupé-collé. A chaque cas d’indiscipline ou de travail fractionnel, on dirait qu’ils jugent au faciès. Dioncounda, on le sait, est un grand adepte de la politique de l’autruche. Il aime voir l’arbre et non la forêt.



