L’opposition ne s’oppose pas aux privatisations
lundi 28 juillet 2008 par A. Keïta
La série de concertations politiques enclenchées par le Premier Ministre Modibo Sidibé ne s’est finalement pas limitée aux seules formations de la majorité présidentielle. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, dans un contexte de rupture consommée d’avec le consensus, elle s’est étendue, le week-end dernier, aux représentants de l’opposition, après les passages respectifs du Mouvement Citoyen et de l’ADP, tous de la mouvance présidentielle. Le duo FDR-SADI, nonobstant une clarification de ses rapports avec le chef du Gouvernement depuis la Déclaration de Politique Générale s’est retrouvé nez à nez avec lui à sa demande.
Pour la circonstance, les représentants des partis politiques de l’opposition ont brillé par leur abondance autour du N°1 du PARENA et non moins président sortant du FDR, même si certains leaders ont préféré se faire suppléer à la rencontre qui s’est précisément déroulé vendredi après-midi, dans la salle de conférence de la Primature. SADI s’est fait représenter par deux de ses parlementaires, tandis qu’à l’appel manquaient également de gros calibres de l’opposition comme Ibrahim Boubacar Keïta et Mamadou Sangaré Blaise, ci-devant : présidents du Rassemblement Pour le Mali et de la Convention Social-Démocratique.
Pour faire face à Modibo Sidibé au nom de l’ensemble, les compagnons de Tiébilé Dramé se sont armés d’un mémorandum assez exhaustif. Aucune préoccupation de l’actualité brûlante n’y est passée sous silence : qu’il s’agisse de la vie chère, de la question du Nord-Mali ou des problématiques de l’école et des privatisations, etc., l’opposition – qui ne trouve la moindre satisfaction des efforts déployés par le Gouvernement pour répondre aux attentes populaires - n’a atténué d’un pouce son ton habituel. Elle a en revanche lâché du leste et fait des concessions de taille sur le fond de certains dossiers.
Sur les implications de la flambée des prix et la baisse du pouvoir de consommation des Maliens, les camarades de Tiebilé Dramé assimilent les mesures gouvernementales à une culture de l’iniquité, ni plus ni moins, au regard du profit que tire une « poignée d’opérateurs économiques » des d’exonérations sur les importations, sans incidence perceptible sur le marché des produits concernés. Face à la situation, « Le Gouvernement donne l’impression d’une impuissance criarde », constatent les interlocuteurs du PM, qui fustigent par ailleurs le train de vie onéreux des gouvernants en dépit des difficultés que connaissent les finances publiques. La question inspire aux compagnons d’IBK une batterie de mesures parmi lesquelles la réduction des charges de l’État en termes de carburant, eau-électricité, communication, de frais et de fréquence des missions, ainsi qu’une diminution du budget de souveraineté des institutions de la République.
L’opposition ne s’est pas montré moins acerbe sur l’Initiative Riz et la crise trésorière que traverse actuellement le pays. Sur la première question, elle reproche à l’Initiative Riz non seulement son improvisation et une arythmie ayant entraîné d’énormes manques à gagner pour le trésor public, mais également une violation flagrante des principes de bonne gouvernance dans la passation des marchés d’engrais. Quant à la crise des finances publiques, elle se traduit, aux yeux des représentants de l’opposition, par un cumul de 260 milliards d’impayés avec lesquels l’Exécutif s’y prend par « une politique d’autruche et des faux-fuyants, au lieu de desserrer l’étau de certains opérateurs économiques sur la douane et les impôts », selon les dénonciations contenue dans le mémorandum.
Les crises de l’école et du Nord-Mali ne sont pas mieux gérées, estime le duo FDR-SADI, pour qui « sauver l’année scolaire par des examens sans les enseignants » paraît aussi mitigé que l’organisation d’un Forum sur l’école dans une ambiance « d’intransigeance et d’autisme » caractéristique de la gestion des conflits sur l’espace scolaire. C’est la même approche qui caractérise la gestion d’une question aussi cruciale que le problème du Nord-Mali, ont déploré les représentants de l’opposition, non sans protester contre une clandestinité qui entoure la recherche de solutions à l’équation du septentrion malien. « La gestion confidentielle de la crise du Nord, avec l’exclusion des institutions de la République (jusque et y compris à l’Assemblée Nationale, cf. huis clos sur le Nord), des partis politiques nationaux, de la société civile malienne, ne favorise pas sa résolution démocratique », relève-t-on parmi les griefs soulevés par l’opposition malienne, lors de sa rencontre avec le chef du Gouvernement.
Comme si elle devait faire l’objet d’une exception politique, la question des privatisations lui a paradoxalement inspiré beaucoup moins de position tranchée et de propos acerbes qu’on pouvait s’y attendre. Les camarades d’Oumar Mariko se sont en clair limités à de simples constats sur de soi-disant forcing et manque d’anticipation des autorités dans la démarche des cessions, sans s’insurger formellement contre le principe de privatisation de la CMDT, de la Sotelma et de la BIM SA. En atteste ce passage à la question dans le mémorandum déroulé devant le Premier Ministre : « La poursuite des réformes économiques engagées depuis quelques années vise à mettre à l’ordre du jour la question de la privatisation de la BIM SA, de la SOTELMA et de la CMDT. Le forcing du Gouvernement auquel nous assistons aujourd’hui pour mener à bien la privatisation, notamment de la CMDT ressemble à un diktat intolérable imposé au Mali. Il est l’illustration entre autres du manque d’anticipation et de la politique du sur-place. Des dispositions auraient dû être prises pour mener le processus en évitant la précipitation actuelle qui est ressentie par nombre des Maliens comme étant une humiliation ». On peut y retenir, pour peu qu’on sache lire entre les lignes, que l’opposition malienne s’accommode des privatisations dans le fond et n’en rejette que la méthode. En attendant les débats parlementaires sur le sujet, cette semaine, on peut dire que la rencontre entre Modibo Sidibé et l’opposition n’aura pas été un dialogue de sourds, pour s’être soldée par une unanimité autour d’une question qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps.
En tout cas, le flou entretenu autour de la position de l’opposition peut-être assimilable à une adhésion implicite et consacre le premier réel succès politique de l’actuel PM, depuis son accession à la Primature. Et pour un chef du Gouvernement aux ambitions de plus en plus apparentes, le tour n’est pas mal joué. Même si ses interlocuteurs, par la même occasion, ne lui ont fait le moindre quartier par rapport au Ministre des Mines de l’Energie et de l’Eau, qu’ils considèrent comme la plaie la plus douloureuse des relations entre le Mali et son principal bailleur de fonds, l’Union Européenne.
Dans les mêmes proportions que les privatisations, les interlocuteurs du PM ont accordé un si grand intérêt à l’implication du Ministre Hamed Sow dans le dossier Fitina-OLAF, en sa qualité d’ancien directeur du Centre de Développement des Entreprises à l’Union Européenne.


