La Société civile, silencieuse comme un sourd – muet
jeudi 26 juin 2008 par Zakaryaou FOMBA
Dans un pays démocratique, la chose la mieux partagée pour le citoyen reste la revendication de ses droits dans la légalité et le respect des règles du pays. En cela, il est nécessaire aujourd’hui d’interpeller la société civile malienne, afin qu’elle arrête de dormir allègrement sur ses lauriers pour regarder les choses en face.
Le Malien souffre de la cherté de la vie et son seul espoir pour adoucir le mal demeure sa société civile, censée la défendre face à de telle situation.
Mais que se passe t-il ? Le consommateur malien s’est t-il trompé en fondant tout son espoir sur sa société civile pour le sortir de cette impasse ?
En tout cas, pas besoin de se voiler la face, mais il faut dire que face à cette difficulté sociale, notre société civile a carrément désarmé, voire complètement désertée le champ de bataille. Pourtant, des difficultés du consommateur, rien n’est caché de la société civile qui, comme nous tous, se trouve dans le même bateau. Tout est cher. Des denrées de consommation alimentaire, aux biens d’équipements, en passant par les énergies, jusqu’aux services d’un autre niveau comme la vulcanisation, la blanchisserie, la coiffure,… tout, ou presque tout, a pris de l’ascenseur au grand désarroi du consommateur.
Les denrées alimentaires sont devenues aujourd’hui ce qu’elles sont et nous avons décidé de soustraire certaines d’entre elles de nos consommations de tous les jours. Les énergies comme le carburant et le gaz flambent de jour en jour, au moment où les plus respectés des « faiseurs de villas » ont fini par se conformer à la situation en arrêtant, à défaut de pouvoir modifier leurs chantiers.
Tout simplement parce que le ciment est devenu un épouvantail.
Le vieux Issa ne s’est pas trompé en disant que : « ni an ma sa, an bè balo ». Littéralement, cela veut dire que si on ne meurt pas, on va vivre. Mais comment ?
Issa n’a pas voulu en dire plus.
Pourtant, l’Etat a fait quelque chose pour nous.
Face à cette cherté de la vie, elle a accordé des exonérations à nos opérateurs économiques, leur permettant d’importer des produits de consommation au grand bonheur des consommateurs. Ce mécanisme de soulagement qui contraint l’Etat malien à renoncer à des dizaines de milliards de nos francs, semble ne pas tomber dans l’assiette du consommateur. Car malgré ces exos, le kilo du riz est vendu à Bamako à 390 F CFA, voire 400F CFA dans certains marchés, a-t-on appris.
Alors, après l’Etat, c’est à la société civile de faire le reste du travail. Son rôle premier dans un pays démocratique est la défense des intérêts de la population. Là, Il ne s’agit pas seulement pour elle de faire des conférences, des séminaires ou autres regroupements ; mais de porter là où la voix du simple consommateur ne peut atteindre. C’est dans cette logique qu’elle sera en phase avec sa mission qui est celle de donner satisfaction aux consommateurs maliens.
Pour cela, la société civile malienne doit revoir son fusil d’épaule. Il s’agit pour elle de se défaire d’abord de l’emprise et de la pression des autorités politiques et administratives. De disposer de la plénitude de ses moyens, histoire de savoir mieux réclamer, mieux revendiquer et mieux dénoncer. C’est de cela qu’il va s’agir de faire pour pousser les autorités à développer et définir des stratégies d’atténuation de cette crise. Mais faute d’avoir des hommes et des femmes compétents, la société civile malienne se montre plus inerte face aux préoccupations générales des populations.
Inerte, le mot est certes embêtant et choquant mais il faut appeler les choses par leur nom car une société civile qui ne se soucie pas et qui n’est pas consciente de l’ampleur de la souffrance dont vivent les uns et les autres n’a plus sa raison d’exister. Pour finir, nous revenons sur la place de l’Etat dans cette affaire, pour poser une seule question : étant donné que l’Etat a consenti d’énormes efforts en renonçant à des milliards de nos francs à cause des exos, n’est – il pas possible qu’il prenne ses responsabilités en fixant le prix, ne serait ce que des denrées alimentaires ?


