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La chute de la petite reine

Fait divers

mercredi 20 août 2008 par Doussou Djiré

Pour la jeune rurale qui venue chercher travail et pécule à Bamako se voit avec un enfant qui peut lui fermer à jamais le chemin du retour au village. Mais aussi pour la jeune citadine qui se laisse prendre aux feux de la fête facile et qui plonge dans l’embarras toute sa famille. C’est dans cette seconde catégorie que se trouve l’héroïne de notre fait divers d’aujourd’hui. Nous aurions pu mêler intituler cette histoire "La pauvre petite fille trop gâtée". Pour protéger cette adolescente, nous la désignerons sous le sobriquet de Bijou. Nous épargnerons ainsi une famille qui se trouve encore sous le coup de du choc émotionnel encaissé voilà peu et qui peine à s’en remettre. Car l’histoire de Bijou n’est pas tout à fait banale. Loin de là.

L’adolescente est originaire d’une famille aisée installée dans un des quartiers de la rive droite de Bamako. S. son père est un commerçant aisé et un excellent chef de famille adulé par les siens, respecté par le voisinage. Beaucoup envient l’harmonie que l’homme est arrivé à instaurer dans sa petite famille où se trouvent deux épouses et huit enfants. S. a pourtant construit son ménage de manière originale. Il est resté pendant plusieurs années marié à une seule femme. A celle-ci, il n’avait rien à reprocher si ce n’est de ne lui avoir pas donné une petite fille. S. adorait les cinq garçons, ses premiers enfants. Mais il désirait viscéralement une fille. Et ce désir fut pour beaucoup dans sa décision de prendre une seconde femme.

Dans un premier temps, le sort sembla se moquer de lui. En effet, la nouvelle mariée lui donna successivement deux garçons supplémentaires. S. s’arrachait littéralement les cheveux, mais heureusement pour lui, la troisième grossesse de la seconde épouse était la bonne. La fille tant attendue arriva. Pour le plus grand bonheur de celui que les membres de sa famille appelait affectueusement "Monsieur le Chef". Inutile de dire que Bijou eut une enfance très heureuse. Car en plus d’être la seule fille de la maison, elle était la cadette de la petite épouse du vieux. Entourée de la sollicitude de tous les siens, l’enfant se fit vite remarquer par sa vive intelligence. Mais aussi par son mauvais caractère. Dans la cour, Bijou disposait du droit de vie et de mort sur n’importe lequel des employés de la maison. Elle exerçait une tyrannie impitoyable sur les petites "bonnes" qu’on avait mise à son service. Seules ces dernières savaient comment la petite perle qui souriait à tout le monde pouvait se montrer d’une incroyable méchanceté à leur égard.

SUR UNE PENTE DANGEREUSE : Sur le plan physique, Bijou fut également très précoce. Elle avait à peine douze ans que ses formes par leur plénitude évoquaient déjà celles d’une jeune fille. Sa mère qui était littéralement en adoration devant elle s’extasia devant cette maturité physique vite venue et commença à apprendre à Bijou les petites astuces de femmes. Ce fut ainsi que pour aller à l’école, la petite se maquillait comme sa mère. Parfois elle faisait enfumer ses vêtements avec l’encens maternel. La petite fille (car c’en était toujours une) intégrait donc l’univers des femmes, sans que personne ne songe à la freiner, encore moins à la protéger.

Bijou se comportait comme une dame, aussi bien dans sa manière de faire que dans celle de s’exprimer. Cela sous les yeux complaisants de sa mère et sous le regard admiratif de son père. L’an passé, Bijou qui était une bonne élève passa haut la main l’examen d’entrée en 7è et elle exigea de son père le respect d’une promesse qu’il lui avait faite : l’achat d’une Jakarta. Le chef de famille s’exécuta, sans savoir que par ce cadeau il brisait les derniers liens qui faisait de Bijou une fille encore maîtrisable. Dés que la petite put conduire seule son engin, elle devint quasiment invisible pour les siens. Elle sortait et rentrait comme elle le voulait. Avec une seule explication qu’elle donnait invariablement "Je vais aller faire des exercices avec mes camarades".

Quelques-uns dans la famille s’avisèrent à tirer la sonnette d’alarme. Pour eux, Bijou glissait sur une pente dangereuse et il fallait la reprendre vite en mains avant qu’elle ne devienne totalement incontrôlable. Mais ces propos de bon sens étaient ignorés aussi bien par le père que la mère de l’adolescente. Pourtant les clignotants s’allumaient d’un peu partout. Ainsi l’école que fréquentait la petite se mit à se plaindre de ses absences répétées aux cours. Bijou trouva facilement la parade à ces accusations. S’appuyant sur l’adulation que lui portaient ses parents, elle se mit à dénigrer l’établissement qu’elle fréquentait. Et obtint de changer d’école !

Cependant, voilà à peu près deux mois, un changement brutal survint en Bijou. Elle que l’on entendait partout dans la maison se faisait de plus en plus silencieuse. Elle qui se montrait agressive envers tout le personnel laissait tranquilles les bonnes. Toute la famille remarqua avec appréhension la métamorphose de la petite reine de la concession, une métamorphose que personne ne s’expliquait. Puis les choses allèrent de mal en pire. Bijou commença à accumuler les malaises prolongés. On l’amena chez un docteur et les analyses médicales firent apparaître une fièvre typhoïde. Mais les traitements appliqués à la petite ne donnaient aucun résultat et Bijou semblait aller plus mal à chaque jour qui passait. Le médecin traitant incita les parents à faire une autre batterie d’analyses, plus approfondies celles-ci. Le diagnostic tomba comme un coup de tonnerre : Bijou était enceinte. Sans aucun doute possible.

ENCORE UNE GROSSE DÉCONVENUE : La nouvelle répandit un voile d’abattement dans la concession. Certes, tout le monde était soulagé qu’aient été identifiées les causes des malaises de la petite. Mais ce soulagement fut de très brève durée. La révélation de la grossesse constituait un véritable drame pour une fille qui allait sur ses treize ans et qui était brutalement confrontée à la face sombre de l’existence. Le père qui avait été le plus choqué par le malheur survenu à sa princesse fut aussi le premier à reprendre ses esprits. Le plus urgent pour lui était de savoir qui était l’infâme auteur de cet acte.

Toute tremblante, Bijou donna le nom d’un garçon de sa classe, un adolescent de 14 ans. Les parents, emplis de fureur, organisèrent une vraie expédition punitive au domicile du supposé coupable. Là, ils rencontrèrent le père et la mère du petit, qui se montrèrent surpris par les accusations portées contre leur garçon. Ils appelèrent donc "l’accusé" pour une confrontation. Le petit se défendit d’avoir eu une quelconque relation, même platonique avec sa camarade de classe. S. lui-même en voyant l’air innocent, voire candide du petit et son total manque de maturité se dit que sa fille lui avait menti.

Les parents présentèrent donc leurs excuses à la famille du garçon avant de s’en retourner chez eux où la mère reprit l’interrogatoire de Bijou. La fille reconnut son mensonge et donna un autre nom. C’était celui d’un jeune homme de 18 ans qui vivait à Korofina-Sud. La mère de Bijou, accompagnée ses sœurs, se rendirent chez le nouveau suspect. Là encore, une grosse déconvenue les attendait. En présence de ses parents, le jeune ne nia pas du tout avoir eu une relation sexuelle avec Bijou. Mais, tint-il à préciser, mais c’était une relation protégée et qui ne pouvait en aucun cas provoquer le résultat qu’on lui imputait. Il ajouta que Bijou elle-même pouvait confirmer les précautions qu’il avait prises. Sans mot, la mère rentra à la maison et informa le reste de la famille de l’issue de la seconde investigation.

Cette fois-ci, aussi bien ses parentes que ses voisines bien intentionnées lui conseillèrent d’abandonner les recherches qu’elle avait entamées. Toutes ces bonnes âmes lui firent savoir qu’elle risquait de s’humilier elle-même en poursuivant dans une voie qui ne lui rapportait que des déceptions renouvelées et qui risquait de lui apprendre des choses encore plus désagréables sur sa fille. La plupart lui conseillèrent de voir plutôt comment elle pourrait faire procéder à une interruption de la grossesse que l’organisme de Bijou ne pourrait pas supporter jusqu’à son terme.

Aujourd’hui, les parents de Bijou se trouvent à gérer les conséquences incalculables de leur relâchement dans l’éducation de leur enfant. Une enfant qu’ils ont portée au pinacle en oubliant qu’elle n’était avant tout qu’une petite fille et qu’il ne fallait pas laisser jouer à la petite femme.


 

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