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La lutte s’intensifie

Contre les plantes aquatiques nuisibles

mardi 2 septembre 2008 par Paul Mben

Pays enclavé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, le Mali dont l’hydrographie est dominée par deux grands fleuves : le Sénégal et le Niger, connaît certains phénomènes environnementaux, tels que les plantes aquatiques nuisibles qui dégradent dangereusement la qualité des eaux, entraînent des pertes sur le plan économique et provoquent des maladies hydriques comme le paludisme.

Au Mali, on compte principalement quatre plantes de ce type, à savoir la jacinthe d’eau, le typha australis, la salvinia molesta et la laitue d’eau.

En effet, selon une étude du cabinet d’assistance CARCAG-sarl, le barrage hydroélectrique de Sotuba est constamment sous la menace des touffes de jacinthe d’eau provenant des infestations en amont. Ce qui provoque des arrêts pour le dégrillage. Selon l’étude, le manque à gagner en énergie pour EDM SA s’élevait à près de 2 200 000 Kwh entre 1994 et 1996. Dans la même période, la société a également engagé des dépenses à hauteur de 17 600 000 Fcfa.

Sur le plan agricole, l’envahissement des canaux d’irrigation et des casiers rizicoles constitue une menace sérieuse pour l’exploitation de près de 100.000 hectares. Ce qui pourrait hypothéquer une production estimée à 427.500 tonnes de riz, 25.000 tonnes de sucres et une bonne partie de la production maraîchère de contresaison. Le tout représentant la bagatelle d’environ 50 milliards de Fcfa.

Sans oublier les pertes d’au moins 5% dans le domaine de la pêche et le taux élevé de mortalité et de morbidité infato-juvénile causé par les végétaux flottants nuisibles.

Face à ce fléau, le Mali en collaboration avec ses partenaires, a, depuis plusieurs années, mené la lutte. En effet, de 1996 à 2005, un projet financé par la FAO puis par la coopération néerlandaise avait importé des insectes du Ghana et du Zimbabwe. Des bestioles qui avaient été lâchés dans les zones atteintes par la jacinthe d’eau. Le Nichotina Eichoniae et le Nichotina Bruchi, puisqu’il s’agit de ces deux spécimens, sont deux agents de la lutte biologique. Selon les spécialistes, les insectes, qui ne sont inféodés que par la jacinthe d’eau, peuvent la maintenir à un seuil "écologiquement acceptable". Malheureusement, le manque de fonds a été synonyme d’arrêt pour ce projet.

Entre-temps, et plus précisément de 2004 à 2005, l’Agence du Bassin du Fleuve Niger (ABFN), s’était occupée de la jacinthe d’eau et de la salvinia molesta. Son intervention était basée essentiellement sur l’enlèvement des plantes dans la zone de l’Office du Niger, dans le périmètre irrigué de Baguineda et à Bamako, dans les canaux de la Cité de Niger. Il faut aussi noter la formation des populations riveraines dans la transformation de la jacinthe d’eau en compost.

C’est toujours dans la même lancée que le Mali, avec sept autres pays membres de la Cedeao, notamment le Bénin, la Gambie, le Ghana, le Niger, le Nigeria et le Sénégal plus la Mauritanie, a élaboré un projet de gestion intégré des plantes aquatiques proliférantes en Afrique de l’Ouest pour environ 1,5 milliard de Fcfa.

Lancé dans notre pays en janvier 2007, le projet intégré de lutte contre les plantes aquatiques s’occupe depuis plus d’une année et demie à nettoyer les plans d’eau infestés de la jacinthe d’eau, à travers l’arrachage et la transformation en compost. Cette action s’étale du pont Fahd à la centrale de EDM-SA sise à Sotuba. A en croire le directeur du projet de lutte contre les plantes aquatiques, Modibo Kéïta, il est envisagé de combiner l’arrachage et la lutte biologique à travers le Nichotina Eichoniae et le Nichotina Bruchi. Ce travail se fera après la récolte des anciens insectes encore présents dans la zone de l’Office du Niger, leur élevage et, enfin, leur lâchage.

Pour soutenir les actions du projet, et selon les termes du prêt obtenu auprès de la BAD, chaque pays doit donner une quote part d’environ 350 millions de Fcfa pour cinq ans. C’est ainsi que cette année, le gouvernement y a injecté 69 914 000 de Fcfa. En 2007, la somme s’élevait à 81 449 810 Fcfa. Pour exécuter les tâches qui lui sont dévolues, le projet s’appuie sur une ONG principale choisie par avis d’appel d’offre. Cette dernière, à son tour, soutraite avec des GIE, les populations locales et les comités villageois déjà formés en la matière.

Contre la deuxième plante flottante la plus nuisible au Mali, la salvinia molesta, les chercheurs de l’Institut d’économie rurale (IER), sous la houlette du Dr. Bourema Dembélé, expérimentent le cytrobagous salviniae. Cela, grâce à une subvention de l’UNESCO. Un insecte qui vit dans les zones d’où la plante a été, pour la première fois, importée, notamment au Brésil. La plante est arrivée au Mali sans "éliminateur" affirme le chercheur. Le Dr. Dembélé estime que ce procédé est très rapide et efficace. Cependant, il préconise une méthode combinée et surtout une synergie des actions pour éliminer définitivement le fléau.

Actuellement, on dénombre plusieurs milliers de cytrobagous salviniae dans les bassins d’expérimentation de l’IER à Sotuba. Il reste seulement l’apport de l’Office du Niger pour que le lâchage commence.


 

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