En effet, il y a lieu d’applaudir cet hypothétique retour de l’accalmie intervenu sur fonds de médiation pilotée depuis Tripoli, la capitale libyenne. Mais faut-il être ingénu face à la multiplicité des facteurs qui contribuent à la résurgence de conflits dans cette partie désertique du Nord ?
Incontestablement, cette zone, objet de conflits, est partie intégrante de cette bande de terre qui, de la Mauritanie au Soudan, semble délimiter l’Afrique arabe et l’Afrique négro-africaine. Depuis belle lurette, la région s’apparente à un "no man’s land", car lieu privilégié d’intrigues séculaires que d’habiles mains invisibles voudraient aujourd’hui exploiter pour diverses raisons. D’abord à cause de ses abondantes richesses minières. Ensuite pour que vive le trafic de la drogue et des armes de guerre. Derechef, cette zone qui bat tous les records par son étendu et son inaccessibilité, a presque toujours été en marge du développement et de la modernité, au grand bonheur de groupuscules incontrôlables.
Mais au delà de ce constat géopolitique, il faut reconnaitre que d’intenses efforts soutenus par le pacte national de 92, les accords d’Alger et le forum de Kidal ont été consentis par les pouvoirs publics pour alléger ces aléas afin de les transformer en atouts au bénéfice des frères touaregs. De bonnes sources rendent à l’évidence que, les conflits actuels traduisent un mal-être, un antagonisme sourd qui oppose deux mondes ethno-culturels qui s’abstiennent de dialoguer sincèrement sur un passif que l’histoire leur a légué. Celui-ci, dérivant du commerce caravanier basé sur l’or, la cola, le sel et le sempiternel commerce des esclaves. Tout cela a revêtu la forme d’un complexe psychologique aux lendemains de l’invasion occidentale. Il faut cependant en sortir. Quoiqu’il en coûte.
Si tant est que l’irrédentisme des bandits armés est de notoriété publique avec leur héritage, les razzias. Alors que l’Etat n’arrête point de se défaire de cette inégalité en privilégiant même tout ce qui est ressortissant du septentrion et en tordant le cou à l’équité entre citoyens dans la distribution des richesses nationales. Toutefois, aux yeux de certains pervers, le Nord est considéré comme une entité à part, juste bonne pour l’exploration et l’exploitation minières. Ou bien même un purgatoire pour des délinquants ou des agents indésirables. Que nenni.
Il est temps pour cette communauté d’en finir avec cet autre complexe de supériorité qui semble persister : la non- reconnaissance tacite et implicite des frontières géographiques héritées de la colonisation, et par ricochet l’autorité négro-africaine. Ces Touaregs là qui ne comprennent que le langage des armes doivent comprendre que la démocratie républicaine s’accorde mal avec l’irrédentisme auquel il semble attachés si fièrement. A force de tergiverser, ils finiront par perdre le capital de sympathie qu’ils avaient engrangé jusque- là.
Point n’est besoin de remuer le couteau dans la plaie pour dire qu’il faut éviter d’exhumer sans cesse cette partie sombre de l’histoire commune dans laquelle les invasions berbères ont causé du tort aux peuples noirs de l’Afrique sub-saharienne. Surtout pas à un moment où la coopération arabo-africaine s’illustre sous ses meilleurs jours. En témoignent les travaux du récent sommet de la conférence islamique, les efforts quotidiens de la Banque islamique en matière d’investissements, et la place que la CEN-SAD occupe de plus en plus dans le cœur des peuples africains.
Ce qu’il faut retenir et appliquer est d’arrêter de vivre en communautarisme étroit, et opter pour l’ouverture, l’adhésion aux valeurs républicaines, lesquelles supposent la reconnaissance des droits et des aspirations d’autres peuples du territoire national. Les conditions sont aujourd’hui réunies pour permettre d’explorer et d’exploiter la voie républicaine du dialogue franc et de la confrontation par des débats démocratiques.
Une véritable reconversion des esprits est donc indispensable dans les pays concernés par cette bande de terre qui s’étire de la côte occidentale à la côte orientale de la partie septentrionale de l’Afrique. Ce sont autant de réalités qu’il faut considérer dans la résolution des conflits récurrents dans cette partie du continent. Autrement dit, les divergences actuelles entre bandits armés et autorités maliennes, dépassent le seul cadre d’un Etat.
Certes, dans l’exemple malien, on ne saurait négliger d’intégrer certains éléments dans l’analyse. Par exemple, en dépit de leurs agitations, les groupes rebelles actuels sont peu représentatifs de tous les Touaregs. Des efforts louables ont déjà été faits et ont permis à des éléments de ce groupe social d’accéder à plus de ressources et d’exprimer son leadership à la tête de certaines structures d’Etat au Mali.
Par ailleurs, le gouvernement malien a suffisamment fait preuve de bonne foi, de patience et d’ouverture d’esprit. Il a jusque-là convaincu de sa disponibilité à éviter de verser le sang et à faire des concessions au nom de la paix. Mais cela pourra-t-il suffire ? A-t-on seulement pris le temps de toucher du doigt les vrais problèmes et identifier leurs véritables causes ?
A-t-on identifié les sources de financement des mouvements rebelles ? Si l’on réussit à couper ces organisations rebelles de leurs bailleurs de fonds, nul doute que leur capacité de nuisance s’en trouverait réduite. Car ce ne sont pas seulement les divers trafics auxquels ils s’adonnent, qui permettent aux groupes rebelles de tenir tête à des armées nationales.
Ceux qui tirent les ficelles sont sans aucun doute les vrais bailleurs. Et ce sont eux les vrais ennemis qu’il faut abattre. Advienne que pourra.
Issa Camara
Articles de cet auteur
- Alpha O Cissé présentera “JEUNES TALENTS”
- L’Ambassadeur de Chine au Mali s’explique
- Douchez-vous donc sans hésiter. Toujours est-il que dès le retour en ville, votre joli teint doré va graduellement se rapprocher de celui d’un visage pâle. Que faire pour prolonger cette bonne mine ?
- L’Alliance CEDEAO fait œuvre utile
- Satisfecit général des administrateurs
- [...]



