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La vérité qu’il faut se dire !

Contrat non renouvelé des « 2000 volontaires de l’APEJ »

mercredi 6 août 2008 par Issa Fakaba SISSOKO

En quoi consistait-elle, cette initiative ? A-t-elle atteint son objectif ? Les dénonciations faites par les jeunes volontaires sont-elles fondées ? L’Etat a-t-il trahi ses engagements ? Cache –t-on certaines réalités au grand public ?

En tous cas les vagues vont de plus en plus grandissantes.

Créée en février 2004, l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (APEJ), initiée par le président de la République, Amadou Toumani Touré, vise de manière globale à « contribuer au développement économique et social du pays en offrant aux jeunes de 15 à 40 ans le maximum de possibilités d’emploi, tant dans le domaine de l’emploi salarié que de l’emploi indépendant ».

En effet, il s’agissait donc « d’améliorer les capacités d’insertion professionnelle des jeunes (ruraux et urbains) demandeurs d’emploi ; de promouvoir les investissements multisectoriels intensifs en emploi, tant en milieu rural qu’urbain ; de faciliter l’accès de ces jeunes au crédit pour leur permettre d’acquérir des outils de production et de commercialisation ; de développer l’esprit d’entreprise chez eux pour élargir le cercle national d’entrepreneurs potentiels ».

Au nombre également des objectifs recherchés par la création de l’APEJ, figurent « l’amélioration des chances de réussite des jeunes dans l’emploi indépendant et la facilitation de leur accès (même sans qualification) au marché du travail ».

Pour mener à bien ces missions, l’Agence est chargée de « concevoir et de mettre en œuvre des programmes de travaux à haute intensité de main-d’œuvre en vue de créer des emplois pour les jeunes sans qualification en milieux urbain et rural ; faciliter l’accès des jeunes aux outils de production et promouvoir les activités de commercialisation des produits ; rechercher des synergies avec des programmes de développement ayant des incidences sur l’emploi ; mobiliser et gérer des ressources pour la promotion et la création d’emploi des jeunes ; élaborer des protocoles de convention avec les institutions financières ; appuyer les collectivités territoriales à concevoir et mettre en œuvre des programmes locaux de création d’emplois pour les jeunes.

Il s’agit également de coordonner les activités des différents intervenants dans le domaine de l’emploi des jeunes ; de mettre en place un réseau de partenaires nationaux et internationaux pour promouvoir l’emploi des jeunes.

L’autre mission non moins importante assignée à l’APEJ, c’est celle d’œuvrer à faciliter l’insertion des jeunes à travers les stages de qualification. D’où le « Programme 2000 volontaires de l’APEJ ».

La recherche de l’expérience

C’est justement de là qu’est partie le « Programme 2000 volontaires de l’APEJ ». Un programme qui vise le déploiement de 2000 stagiaires dans les structures publiques, selon la volonté du chef de l’Etat de traduire en actes ses orientations en terme d’emploi des jeunes défendues au cours de la campagne électorale 2002. Ainsi, une première vague de 1042 jeunes stagiaires a été déployée, sur la base de la signature d’un contrat (d’un an), dans les 27 départements ministériels et services rattachés, plus l’Assemblée nationale et le Commissariat à la sécurité alimentaire.

Le déploiement a concerné l’ensemble des huit régions du pays.

Au terme d’une année de travail, l’Etat - voulant atteindre la barre des 2000 jeunes et ayant constaté, semble-t-il, le besoin de ressources humaines dans ses services et croyant fortement en la capacité de travail de beaucoup de ces jeunes - a décidé du renouvellement dudit contrat pour une autre durée de 12 mois.Mais cette fois-ci, avec une nouvelle mesure : le réajustement.

D’où le déploiement d’une deuxième vague de 316 autres jeunes stagiaires dans les départements. Une année plus tard, après un autre renouvellement de contrat cette fois-ci d’une durée de 7 mois, une troisième vague arrive avec 230 bénéficiaires dudit stage de qualification. Le réajustement a continué jusqu’à la quatrième vague pour un nombre estimé à 264 nouveaux éléments. A ce jour, selon les derniers chiffres en date, il existe 1.851 jeunes stagiaires de l’APEJ repartis entre les différents départements ministériels.

Le ministère de l’Administration territoriale et des collectivités locales à lui seul a reçu 395 stagiaires. Il est suivi du département des Finances qui inscrit à son compte 246 stagiaires. L’Agriculture vient en troisième position avec 118, suivi du département de la Justice avec 112 volontaires. L’Assemblée nationale demeure l’institution la moins représentative de cette initiative avec seulement un (1) stagiaire, suivi du ministère de la Défense et des anciens combattants, et du Commissariat à la sécurité alimentaire qui abritent respectivement 9 et 10 jeunes stagiaires dans leurs locaux.

Ainsi, l’on comprend aisément que sur les 2000 stagiaires à déployer, selon l’objectif du chef l’Etat, il en reste à ce jour 1.851, soit 149 de moins.

Où sont-ils partis ?

Si certains ont décidé d’entreprendre d’autres activités ou aller vers d’autres emplois, ils sont aussi nombreux à intégrer la fonction publique.

La vérité qu’il ne faut pas cacher

Si le déploiement de ces jeunes dans les différentes structures de l’Etat, dans le but de leur permettre d’acquérir de l’expérience, d’autre part, il a constitué la pomme de discorde entre eux et le gouvernement. L’arrivée à terme, le 31 décembre dernier, du dernier contrat a été prolongé de six mois par le gouvernement suite aux différentes négociations menées par les jeunes. Comme il fallait s’y attendre, depuis le 30 juin dernier, l’Etat a mis fin, cette fois-ci de manière définitive, au contrat desdits jeunes. C’est véritablement la goûte d’eau qui a fait déborder le vase. Et depuis la rupture dudit contrat, la grogne est sans cesse à la coordination des jeunes volontaires. Lesquels estiment que l’Etat ne peut se « débarrasser » d’eux de cette manière.

Pour les jeunes volontaires, il s’agit vraisemblablement d’un paradoxe entre les objectifs des pouvoirs publics en terme de lutte contre le chômage et leur « renvoi » au chômage. Loin s’en faut, rétorque le gouvernement, qui argue que l’objectif visé par l’initiative du volontariat était d’amener ces jeunes à acquérir de l’expérience dans l’administration et de se préparer en conséquence pour le concours d’entrée à la fonction publique.

Beaucoup d’observateurs estiment qu’il s’agit là d’un faut débat.

Car, la présente situation n’est autre que la résultante d’une confusion fortement entretenue par les acteurs et l’absence notoire d’un langage de vérité. Si l’objectif visé par ledit programme est d’offrir aux jeunes des stages de qualification et de leur permettre de se préparer pour la vie active, rien ne peut en effet justifier leur fronde. La rémunération dont ils ont bénéficié et l’expérience acquise pendant près de 2 ans, ont permis ainsi à ces jeunes d’avoir une longueur d’avance sur les autres (dont la liste d’attente est longue) sur le marché du travail. Bref, l’objectif du contrat a été atteint. L’intégration dans la fonction publique, revendiquée par les jeunes relève d’une violation flagrante des textes de la République.

En la matière, la loi est très claire. Toute intégration dans la fonction publique est subordonnée à un concours. On comprend alors aisément en quoi la lutte participe d’une « puérile guerre » dont l’aboutissement est presque impossible. Mieux, bien avant la fin des précédents contrats, il a été conseillé aux jeunes de postuler pour les différents recrutements dans la fonction publique. Si certains, quelques rares cas, ont adhéré à cette proposition, l’écrasante majorité a refusé le principe (malgré les opportunités offertes) espérant un contrat à durée indéterminé avec l’Etat. En aucune partie du contrat, il n’a été question d’une quelconque intégration dans la fonction publique.

Par ailleurs, la part de responsabilité de l’Etat est aussi grande que les conséquences du flou qui a entouré les fameux contrats. Par complaisance (il faut le dire), ou pour des raisons politiciennes, le gouvernement a fait d’eux ce qu’il convient d’appeler « les enfants gâtés » de la République.

Devant ces grognards constitués en groupe de pression, l’Etat a failli perdre le contrôle d’une situation qu’il a lui-même créée et entretenue. On comprend alors l’entêtement des jeunes à vouloir s’insérer dans la fonction publique en violation des textes. Bref, dans la gestion desdits contrats, l’Etat s’est illustré par son absence de rigueur et de langage de la vérité.

Pour les vagues à venir, dans le cadre du même programme, ceci est d’autant plus nécessaire, qu’il permet à l’Etat de se mettre à l’abri des ennuis.


 

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