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La vraie face de Me Abdoulaye Garba TAPO

Fusion ADEMA-RND

dimanche 4 mai 2008 par Issa Fakaba SISSOKO

Tant les propos tenus contre le président de l’ADEMA lors de son dernier congrès et ceux du mardi dernier sont d’une parfaite contradiction et en disent long sur la volatilité de l’homme politique qu’il est. Lisez notre analyse.

Il est 17 heures ce mardi 29 avril. Devant le siège du parti ADEMA-PASJ un défilé de véhicules de toutes sortes se fait remarquer et bloque le trafic sur l’artère principale.

A l’intérieur, dans une cours archi-pleine, une griotte chante aux sons assourdissants des tam-tams, du balafon et N’goni. Les murs du siège arboraient les couleurs des partis. Ce n’est point tous les jours que le siège de l’ex-parti au pouvoir revêt une telle image. Mais ce jour, l’enjeu en valait vraiment la peine.

Car, il s’agissait de la cérémonie de signature du protocole de fusion entre l’ADEMA et le RND. C’est en effet par une déclaration commune, signée des deux présidents, que les directions de partis ont décidé de la dissolution du RND et de « fusionner par une intégration totale de celui-ci en constituant un seul et même parti : l’ADEMA-PASJ ».

L’inconstance dans le discours de Me Abdouaye Garba Tapo

En déclarant l’année dernière, lors d’une Conférence de section de son parti (ADEMA) "si nous n’avions pas soutenu ATT, nous aurions eu l’Administration, la Justice et la Sécurité d’État sur le dos", Dioncounda Traoré, Président de L’ADEMA et de l’ADP (Alliance pour la démocratie et le progrès) ne savait pas qu’il venait de jeter l’anathème sur tous les partis membres de ce regroupement politique qui avait décidé de soutenir la candidature de Amadou Toumani Touré lors de la présidentielle d’avril 2007. Quelques semaines après cette déclaration, gaffe royale de la part du numéro un de l’ex-parti au pouvoir, à l’ouverture (en janvier 2007) du 2ème congrès ordinaire du Rassemblement national pour la Démocratie (RND), Me Abdoulaye Garba Tapo, président de ce parti, a apporté une cinglante réponse au président de l’Adéma. Cette déclaration de Dioncounda Traoré a poussé beaucoup de Maliens à croire que tous les partis membres de l’ADP sont animés par d’autres motivations que celle de soutenir réelle¬ment le Président Amadou Toumani Touré lors de la présidentielle dernière. Profitant de la tribune de cette 2ème assise Ordinaire de son parti, Abdoulaye Garba Tapo, non moins signataire de l’ADP, a tenté de rectifier le tir et de corri¬ger cette faute politique commise par le Président Dioncounda Traoré. En effet, dans son discours d’ou¬verture, l’ancien ministre de la justice n’a pas fait dans la dentelle avec son camarade du même regroupement. "Nous pen¬sons qu’appartenir à l’ADP est loin de constituer une sinécure, ou un quelconque privilège, mais plutôt cette appartenance devrait paraître comme une source d’obligations contrai¬gnantes pour les membres" a révélé l’ancien ministre de la justice à la face de Doincounda. S’adressant aux partis signataires de la plate-forme présidentielle, Me Abdoulaye Garba Tapo les invita, en son temps, à « faire honneur au Président, en donnant en toutes circonstances le bon exemple, en évitant tous comportements, comme le nombrilisme, l’arrogance, l’égocentrisme, la basse flagornerie, qui ont discrédité la poli¬tique aux yeux de l’opinion ». "Nous devons faire preuve de fair-play et éviter toute attitude qui pourrait heurter le camp d’en face, et envenimer des rapports qui risquent d’être passion¬nés et tendus à la veille d’échéances aussi impor¬tantes, et que nous devons sauvegarder à tout prix pour l’image même de notre pays et la paix sociale qui est notre bien le plus précieux" avait martelé le pré¬sident du RND à la tribune de son 2ème congrès ordinaire. Cette déclaration de réponse aux propos du sieur Dioncounda, avait véritablement l’allure d’une déclaration de guerre. Et l’atmosphère de tension s’était installée entre les deux hommes politiques, qui, depuis quelques temps, ne parlaient plus le même langage. Pis, Me Abdoulaye Garba Tapo n’a jamais pardonné à son camarade Dioncounda de lui faire ombrage à l’ADP.

Pourtant, cet échange verbal plutôt sévère entre les deux présidents de partis, il y a seulement une année, n’avait rien de semblable aux déclarations faites mardi dernier par le sieur Tapo au siège de l’ADEMA, à l’occasion de la cérémonie de signature du protocole d’accord de fusion entre l’ADEMA et le RND. Estimant que la présente fusion entre les deux formations politiques participe d’une vision partagée pour le développement du pays, le sieur Tapo dira qu’à travers ce regroupement, l’ADEMA et le RND devront entreprendre ensemble des actions indispensables à la pérennisation des idéaux du 26 mars1991.

Bref, un alignement très remarquable de bons mots à l’endroit de l’endroit de l’ancien parti au pouvoir et de son président comme s’il regrettait les « sales propos » débités à il y a une année contre Dioncounda. Mais de l’avis de bons nombre d’observateurs de la scène politique de notre pays, ce retournement de veste n’est nullement surprenant de la part de nos politiciens qui changent de discours comme ils changent de chemises. Et selon toute vraisemblance, ce soir du mardi, Me Garba Tapo n’avait d’autre choix que de bien parler de celui qui le recevait dans sa famille politique, alors que son parti, le RND, connaissait une véritable descente aux enfers : avec seulement un député, au sortir des dernières élections législatives, une dizaine seulement de conseillers municipaux, le tableau est suffisamment sombre pour que l’ex-président du RND revoie sa position vis-à-vis de Dioncounda à l’ombre duquel il s’assoiera désormais.

Pis, les nombreuses défections enregistrées dans les structures de base du parti, notamment dans les comités de la Commune VI où on reprochait au président Garba et à sa bande une gestion patrimoniale du parti, avaient véritablement sonné le glas du RND. Qui n’avait d’autre recours que de disparaître au profit d’un grand partenaire.

Mais est-ce la solution ?

Selon toute vraisemblance, il s’agit d’un mariage qui ne profite qu’à Abdoulaye Garba Tapo et à sa suite. Bref, le militant à la base ne bénéficie en rien de cette fusion dans l’ADEMA. Surtout à l’approche des élections communales de 2009 où la bataille de positionnement sur les listes fait déjà rage dans les différentes structures.

Comment s’imposer, pour les ex-militants RND, parmi les candidats d’un parti ADEMA dont les positions sur les listes électorales sont payantes et âprement disputées à toutes les élections ?

Difficile pour eux de faire le jeu. Ce qui fera dire à beaucoup de militants que cette adhésion à l’ADEMA ne concerne que la direction du parti. Bref pour eux, il s’agit d’aller vers d’autres horizons que l’ancien parti au pouvoir.


 

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