Le Mali a tout à gagner dans cette crise
jeudi 15 mai 2008 par Seybou KEITA
Notre pays, contrairement à plusieurs autres nations du continent noir, du monde, dirais – je, a eu cette énorme chance d’être compté cette année parmi les pays aux stocks de riz jugés satisfaisants. Dans la même logique, bon nombre de pays, dont des proches, ne savent plus à quel saint se vouer, tant la situation alimentaire y est difficile, voire désastreuse.
Récolte insuffisante à cause d’une année agricole aussi sèche qu’insignifiante, flambée des prix des hydrocarbures, une population en constante augmentation ; rien ne concourt à rassasier le peuple. Du coup, la problématique de nourrir ce même peuple est devenue le sujet à la une de presque tous les Conseil des Ministres des Etats aussi bien africains qu’asiatiques. Alors, on cherche les solutions, parce qu’il faut en trouver forcement, surtout que derrière tout cela, le peuple attend : il a faim et n’a point d’oreilles.
Alors questions : Notre pays, avec toutes ses potentialités en matière de production agricole, notamment du riz et au regard du contexte mondial ; ne peut – il pas imaginer des stratégies lui donnant les moyens non seulement de se positionner en acteur incontournable dans la production et la commercialisation du riz en Afrique – comme le VietNam et la Thaïlande en Asie – et de disposer du coup d’une grande influence agricole dans la sous région, source de beaucoup de privilèges, outre les devises ? Comme une parole divine, le sujet est entrain d’être cogité par nos autorités dans l’espoir de sortir rapidement des propositions concrètes. Qu’on le sache, l’agriculture a toujours été le moteur de notre économie et elle emploie plus de 80% de notre population. Aussi, nous disposons d’une grande potentialité cultivable, estimée, selon les spécialistes à environ 11 500 000 hectares, repartis pour le moment à 2 000 000 de terres irrigables et 2 600 000 de terres ensemencées. Il suffit seulement de faire le travail avec tout le sérieux et les moyens qu’il faut et hop, nous allons vite avoir notre second tuyau de rentrée d’argent en plus de l’or. Donc, la piste à suivre pour arriver à notre fin est de donner des moyens et encore des moyens à l’agriculture ; de faire de l’Office du Niger ce qu’il doit être réellement, d’être plus pointilleux dans l’exécution du PADDY, d’accélérer la mécanisation de l’agriculture avec toutes les technicités disponibles. Toutes choses qui semblent être comprises par les autorités, en premier lieu le chef de l’Etat Amadou Toumani Touré. Le général, dans son Programme de Développement Economique et Social, volet agricole, s’est fixé entre autres objectifs : 1,2 millions d’équipements de traction animale, 1 000 motoculteurs, 10 000 motopompes, environ 3 000 tracteurs et 10 000 matériels de post-récolte. Aussi, il s’est prononcé sur l’aménagement de 103 356 ha, dont 61, 910 ha en aménagement de proximité. Ce tout, comme déclaré par le candidat ATT, participe de la volonté d’atteindre les objectifs de 10 millions de tonnes de céréales à l’horizon 2012. Alors, Monsieur le Président, mieux vaut mettre un accent particulier sur le riz, comme céréale de toutes les convoitises et céréales de tous nos bonheurs.
Le premier ministre Modibo Sidibé, avec son programme initiative riz, est bien parti pour baliser ce terrain. Ce programme qui se veut un moyen d’accroître notre capacité en matière de production de riz – 1 million 600 000 tonnes à la campagne prochaine - est déjà lancé avec les travaux préparatoires de Ségou où ont assisté à la fois membres du gouvernement, partenaires financiers et organisations paysannes. Chacune de ces parties ne manquera certainement pas d’arguments pour rassembler les 42 milliards nécessaires au programme et d’appuyer cette initiative hautement importante du PM. Mais en attendant, rappelons que l’agriculture, bien que moteur de notre économie avec les mines, n’a jamais échappé à l’amateurisme voire l’anarchisme de ceux – là mêmes qui se tapent la poitrine avec le titre de spécialistes en la matière. Le cas de l’Office du Niger est une des parfaites illustrations de ce bafouillage agricole, en cela que 76 ans après sa création, cet instrument agricole hautement important, demeure loin, très loin de ses objectifs en matière d’aménagement des terres et d’améliorer des conditions de vie des paysans. Bref, d’être le grenier de la sous région.
A titre d’exemples, cinquante ans après sa création, c’est-à-dire en 1982, l’Office du Niger n’avait aménagé que quelques 60.000 ha, soit seulement 6% de l’objectif fixé.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Et récemment, l’office est devenu une arène dans laquelle s’affrontent paysans, hauts cadres de l’Etat, porteurs d’uniformes, commerçants, …chacun veut en avoir pour son compte et au finish c’est le pauvre qui est lésé parce qu’il n’a aucun pouvoir, peut – être ses yeux pour verser des larmes, si seulement cela peut lui servir à quelque chose.


