Le cri d’alarme du comité AEEM
vendredi 18 juillet 2008 par Issa Fakaba SISSOKO
« L’IPR se meurt ». Le constat assez amer établi par cet ex-étudiant de l’établissement, participant à la 7ème édition du Forum des peuples tenue du 6 au 9 juillet derniers dont l’école a abrité les activités, est le témoignage éloquent d’une descente aux enfers de l’Institut polytechnique rural de formation et de recherche appliquée, IPR/IFRA.
Les 900 participants à cette dernière édition du contre-sommet des gouvernements du G8, appelé aussi « Forum des pauvres », ont fait l’unanimité autour de cette conclusion qui interpelle fortement les autorités de notre pays, particulièrement celles du département des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique. Fort heureusement, les organisateurs de l’importante manifestation, qui a drainé vers ladite localité les sensibilités venues des quatre coins du monde, ont eu l’heureuse initiative (même si c’est pour les besoins du forum), de procéder à la rénovation de plusieurs bâtiments et à leur électrification, à la réparation de certains lampadaires, la réfection des douches et toilettes, etc.
Jadis carrefour du savoir pour les pays de l’Afrique entière, et ayant formé plusieurs cadres et intellectuels en ce moment aux affaires, cet complexe scolaire et universitaire regroupe aujourd’hui plus de 526 étudiants (contre plus d’un millier autrefois) issus de quatorze nationalités africaines. Il s’agit entre autres du Bénin, du Sénégal, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Niger, du Tchad, du Cameroun, du Gabon, etc. La qualité de la formation, axée sur les disciplines de l’agronomie, la vulgarisation, les eaux et forêt, la géotechnique et l’aménagement hydro agricole, avait permis d’attribuer à l’institut le mérite d’une des écoles les plus prestigieuses d’Afrique construite sous l’époque coloniale et qui a eu sa grande renommée sous l’ancien président du Mali indépendant Modibo Keïta.
L’établissement scolaire et universitaire, dont l’un des produits est le chef de l’Etat tchadien M. Idriss Débi et son homologue du Niger M. Mamadou Tandja, s’apprête en effet à célébrer en décembre prochain son 110ème anniversaire.
A en croire le secrétaire général du comité AEEM de l’établissement, Aly Badra Keïta, de la 2ème année Eaux et forêts, les deux chefs d’Etat sont annoncés aux côtés du président de la République du Mali M. Amadou Toumani Touré pour la commémoration de l’importante date. Seulement, regrette le leader estudiantin, la célébration de l’évènement survient à un moment où l’institution universitaire traverse un des moments les plus difficiles de son histoire.
De l’avis de notre interlocuteur, les difficultés actuelles, tant dans le domaine des conditions de vie que de travail, ont fortement contribué à faire chuter la qualité de l’enseignement au sein de l’institut. Au nombre de ces précarités qui affectent les performances scolaires, figurent entre autres, le manque crucial de matériels didactiques et de l’état vétuste des locaux, l’absence de sorties et de voyages pédagogiques (faute de moyens, estime-t-on), une bibliothèque presque inexistante, un laboratoire biotechnologie assez pauvre, des salles inaptes aux besoins de la recherche, etc. Bref, pour le secrétaire général du comité AEEM de l’établissement, les conditions de travail actuelles offrent peu d’opportunité pour un enseignement digne du nom. Comme si cela suffisait pas, regrette notre interlocuteur, les conditions au campus universitaire ne sont pas moins dramatiques. Ici, les difficultés ont pour noms : absence d’infirmerie pour des soins de santé adéquats, une cantine scolaire inapte (chose qui rend la vie précaire dans une localité située à trois kilomètres de la ville de Koulikoro), pannes fréquentes d’électricité, absence de lampadaires, toilettes en état de dégradation très avancée, etc.
En clair, pour Ali Badra Keïta, étudier aujourd’hui à l’Institut polytechnique rural de formation et recherche appliquée, IPR/IFRA de Katibougou, relève véritablement d’une traversée du désert. Tant les conditions de vie et d’étude sont des plus dures. « Nous avons formulé nos revendications dans un cahier de doléances que nous avons soumis à notre ministère de tutelle. A ce jour, nous sommes au regret de constater que nous sommes encore loin d’avoir une suite favorable » a expliqué le secrétaire général du mouvement estudiantin de l’établissement.
Qui ajoute que conformément à l’option responsable actuelle voulue par les étudiants de l’AEEM en général, à savoir revendiquer en toute responsabilité sans violence ni débrayage, la non satisfaction des revendications, aussi légitimes soient-elles, n’ont, jusqu’à preuve du contraire, conduit à aucun mouvement de grève. Cependant, prévient-il, s’il est vrai que la satisfaction de ces doléances n’est nullement au-dessus des capacités du gouvernement, et que celle-ci constitue la condition sine qua non de notre réussite, nous nous sentirons dans l’obligatoire d’avoir recours à d’autres voies pour nous faire entendre. Car, ce qui se passe aujourd’hui à l’IPR/IFRA de Katibougou n’est point digne d’une école aussi prestigieuse » a martelé le secrétaire général du comité des élèves et étudiants de l’établissement.
Le cri sera-t-il entendu par les autorités scolaires ? A suivre.
Issa Fakaba SISSOKO
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