Le film du ko !
jeudi 10 juillet 2008 par Alou Daou
L’école était déjà dans une logique où il suffisait de peu pour que tout bascule.
Pour rappel, la Coordination des Syndicats de l’Enseignement Secondaire avait déposé un mot d’ordre de prise en otage des notes des élèves, de non évaluation et de boycott de toutes les compositions. Un premier préavis avait été déposé le 12 novembre puis un second le 10 décembre 2007.
Et voilà. Tout commença à sombrer lorsque le gouvernement par l’entremise des deux ministres en charge de l’éducation décida de trancher en faisant connaître et de façon solennelle sa réaction. C’était le lundi 4 février 2008 au Centre National des ressources de l’Education Non Formelle (CNR-ENF).
Flash back !
39 points de revendication étaient inscrits sur le tableau de départ dont 7 pour la COSES. Les plus précieux étaient les suivants : la levée des obstacles juridiques à la formation des enseignants contractuels de l’Etat, leur détachement, leur accès aux postes de responsabilité et au paiement de l’indemnité à ceux qui occupent ces postes. Il y’avait aussi, la poursuite du processus d’alignement des enseignants contractuels de l’Etat et des collectivités à celui des enseignants fonctionnaires ; la rémunération des tâches liées à l’organisation des examens de l’enseignement supérieur et le paiement des arriérés dus d’une part, au titre de la hiérarchisation des contractuels et, d’autres part, au titre des avancements de 2005-2006 des enseignants du supérieur.
A ces points s’ajoutent : la relecture de la loi n°99-046 du 22 décembre 1999 portant Loi d’orientation de l’Education dans ses articles 10 et 60 relatif respectivement aux langues d’enseignement et aux conditions de nomination à certains postes de responsabilité de l’administration scolaire (Inspecteur, proviseur, Directeur de CAP). En plus, il y’avait la Relecture du Décret N° 337 du 17 novembre fixant le taux des heures supplémentaires et la prime allouée à certains responsables de l’administration scolaire (censeurs, directeurs d’étude…). Bref sur les 39 points de revendication, le Ministre Amadou Touré a signalé que 27 ont eu une réponse favorable. Les autres non, et cela pour diverses raisons. Bras de fer entamé Pourtant ces points de revendication tenaient à cœur aux syndicalistes qui en ont fait une question de vie ou de mort. Pour eux, tous ces points étaient devenus d’ailleurs des acquis sous le Gouvernement Issoufi Maïga. Selon le Secrétaire General du Bureau Exécutif de la Co.S.E.S, Tièmogo Dao, un accord avait bel et bien été trouvé avec l’ancien premier ministre sur tous ces points. C’était lors d’une rencontre le 17 juillet 2007 à la primature. Mais pour lui, l’actuel voulait les balayer d’un revers de main. Pourtant selon le Ministre Amadou Touré, au cours de la rencontre du 17 juillet, le Premier Ministre avait plutôt instruit la mise en place des commissions pour réfléchir sur des différentes doléances et faire des propositions, que le Gouvernement devrait analyser en fonction de ses moyens. Selon le ministre Touré cette commission a siégé sans donner de résultats. La Coordination Syndicale de l’Enseignement Secondaire (Co.S.E.S) se détache Selon Tiémogo Dao face à la dégradation de la situation scolaire, le Premier ministre Modibo Sidibé a rencontré la Co.S.E.S. Au cours de cette rencontre, dira-t-il le Premier ministre a souhaité l’instauration d’un moratoire sur les points n’ayant pas fait l’objet d’accord avec le gouvernement en attendant l’organisation d’un forum sur l’école. Mais il s’est engagé à honorer les engagements auxquels le Gouvernement a souscrit. C’est donc expliquera –t-il contre toutes les attentes, que l’indemnité de logement a été écartée comme n’ayant jamais fait l’objet d’un quelconque accord.
« Après analyse de la situation, le BN/Co.S.E.S constate avec amertume le refus délibéré du Gouvernement d’octroyer l’indemnité de logement aux travailleurs de l’enseignement secondaire. Par conséquent, le bureau Exécutif/ Co.S.E.S décide de maintenir son mot d’ordre de rétention des notes, de non évaluation et de boycott de toutes les compositions en vigueur respectivement depuis le 12 novembre et de 10 décembre 2007, jusqu’à la satisfaction de ses doléances ». Avait lancé le secrétaire général de cette coordination en guise de protestation. C’est dès lors que commença pour les élèves l’enseignement secondaire du public et professionnel un vrai calvaire indien. Pas d’évaluation, pas de compositions mais les cours se poursuivent quand-même. Quand aux établissements privés, eux pouvaient se frotter les mains car les compositions de la première période se sont déroulées sans gageur. La colère des élèves du public Ces crises perlées n’ont laissé d’autres choix aux élèves des établissements publics, que de déverser leur colère sur leurs camarades du privé, en les empêchant d’être évalué une deuxième fois. Plusieurs tentatives d’évaluation ayant échoué, les établissements privés décidèrent de se faire évaluer une deuxième fois le lundi 5 avril 2008. Ce qui provoqua un cout de colère chez les élèves du public entrainant une scène de violence dans beaucoup d’établissements privés. D’énormes dégâts ont été causés dans certains établissements. Il s’agit par exemple du lycée Cheick Anta Diop où cinq véhicules ont été endommagés, des motos portées disparus, des fenêtres et des portes brisées, etc. Rupture entre la Co.S.E.S et le Ministère Après quelques conciliabules sans succès la Co.S.E.S a radicalisé sa position. Elle boycotte toutes les rencontres tenues à l’initiative du ministre des Enseignements, Secondaire Supérieur et de la recherche Scientifique. La plus spectaculaire fut celle organisée avec les membres de la Commission pour une école performante. C’était le 26 avril 2008. Pire, elle a envoyé deux lettres. L’une adressée au Ministre Amadou Touré et l’autre au premier Modibo Sidibé. L’objet de la lettre adressée au premier ministre s’intitulait : « désobéissance au ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique ».
Quant à celle adressée au Ministre lui-même, la Co.S.E.S rugissait en ces termes : « considérant que depuis la rentrée scolaire 2007-2008, les doléances des Syndicats de l’Enseignement Secondaire ont été toujours posées par la Coordination des syndicats de l’Enseignement secondaire ; Considérant la non tenue de la commission de réconciliation suite au préavis de grève du 17 décembre 2007 de la Co.S.E.S, motivée par votre initiative personnelle violant ainsi les dispositions légales en la matière, Considérant le cadre d’échange d’ici crée ; Considérant que vous continuez a nier l’indemnité de logement comme ayant fait l’objet d’un accord le 17 juillet 2007, Nous, coordination des syndicats de l’Enseignement secondaire (Co.S.E.S ) sommes au regret de porter à votre connaissance notre décision de ne pas prendre part à cette rencontre ».
Comme il fallait s’y attendre les examens de fin d’année au niveau de l’Enseignement Secondaire général et Professionnels se sont déroulés mais sans la Co.S.E.S. Et la fin de ce bras de fer n’est pas pour demain.


