Le sort de l’agriculture malienne entre les mains des députés
jeudi 15 mai 2008 par Issa Fakaba SISSOKO
C’est en principe ce jeudi que les élus de la nation devront ouvrir les débats sur l’adoption du document relatif au projet de loi de biosécurité adopté par le gouvernement de notre pays au cours d’un récent conseil des ministres.
En attendant ce moment décisif pour l’avenir de notre agriculture, les débats et les commentaires vont bon train quant à l’utilité dudit document. Les députés vont-ils entériner le texte ? Ou, vont-ils le rejeter et s’attirer la colère du gouvernement ? Ledit projet de loi qui était mardi dernier sur la table des députés français n’a point eu gain de cause. A l’issue du vote 134 élus étaient favorables au texte contre 136.
D’où l’avis des commentateurs de la politique française évoquant un cinglant revers pour le président Nicolas Sakozy et son gouvernement. Au Mali, en attendant le vote des députés, la pression est montée d’un cran dans les rangs des organisations de la société civile, notamment paysannes, qui estiment que l’adoption du présent projet de loi constitue un suicide pour notre agriculture et constitue « l’illustration parfaite de la contradiction avec la Loi d’Orientation agricole » et la violation flagrante des dispositions prévues dans la Convention sur la diversité biologique, CDB, et du Protocole de Cartagena qui exigent des consultations populaires pour élaborer les textes nationaux. Dans une déclaration commune et rendue publique en début du mois, les 35 structures membres de la Coalition pour la protection du la protection du patrimoine génétique africain-Mali (COPAGEN) déclarent que l’adoption de la présente loi sur la biosécurité, signera véritablement l’arrêt de mort de l’agriculture malienne à travers l’anéantissement de la production et de la productivité agricoles. Pour ces organisations de la société civile de notre pays, l’adoption du présent document va sacrifier les générations futures et entraînera la disparition des semences locales reconnues d’une fiabilité incomparables.
« La généralisation des cultures de plantes transgéniques, depuis ces dernières années pose la question centrale du contrôle politique de l’agriculture et de l’alimentation dans le projet actuel de globalisation de l’économie » révèle la déclaration commune.
Qui dénonce que les organismes génétiquement modifiés, OGM, posent de sérieux problèmes environnementaux liés à l’agriculture, des problèmes d’ordre économique, politique, sanitaire tant pour les hommes que pour les animaux. Comme si cela ne suffisait pas, l’introduction desdits OGM dans notre agriculture entraîne également des problèmes d’ordre culturel, éthique, etc. Mort de l’agriculture malienne, chute de l’économie, etc. Pour le président de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) M. Ibrahim Coulibaly, également membre de l’Association des organisations professionnelles paysannes, AOPP, les OGM ou la manipulation des êtres vivants, a fait ressortir des enjeux et des défis si énormes que chacun se doit de s’investir pour contribuer efficacement à leur interdiction dans notre agriculture. « Les agissements tant sur le plan national que sous-régional d’une minorité de chercheurs de l’Institut d’Economie Rurale, IER, en connivence avec les multinationales et l’USAID, ne sont pas passés inaperçues au sein des mouvements sociaux du Mali.
L’élaboration d’une stratégie spécifique d’introduction et de diffusion des OGM en s’appuyant sur des programmes, projets et organisations comme CLUSA, Chemonics, PRODEPAM, etc., est la preuve palpable de tous ces agissements constatés » a martelé le président de la CNOP. Qui regrette que l’avant-projet de la loi de biosécurité ait été élaboré avec « la participation de façade d’une partie de la société civile choisie (trois personnes au total avec des profils qui ne cadrent pas avec les enjeux de la problématique) par des cadres des ministères pour favoriser le démarrage des travaux d’introduction, de manipulation et de dissémination des plants génétiquement modifiés ».
« Le processus d’élaboration du présent projet de loi sur la table des députés, extrêmement important pour notre pays afin de protéger contre les risques avérés des OGM, n’a pas respecté les dispositions des conventions internationales dont le Mali est signataire » regrette la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain-Mali. A en croire les 35 structures membres de l’organisation, le projet de loi de biosécurité est un « instrument juridique national qui représente de nombreuses incohérences par rapport aux aspirations du peuple malien en matière de biosécurité, exprimées en des manifestations différentes pour dire « Non aux OGM dans l’agriculture malienne et l’alimentation » et de « protéger le pays avec une loi de biosécurité élaborée avec la participation de l’ensemble des acteurs concernés par la question de l’agriculture (au sens large du terme) et de la biodiversité. Bref, pour les organisations de la société civile membres de la COPAGEN, avec l’adoption du présent projet de loi sur la biosécurité par l’Assemblée nationale, le marché malien se transformera en « dépotoir » où tous « les mauvais produits des marchés mondiaux » seront déversés.
Pis, les risques semenciers et sanitaires sont d’un enjeu non négligeable respectivement pour la production agricole et les générations futures. L’argumentaire va-t-il convaincre les 147 députés de l’Assemblée nationale ?
La réponse sera connue à l’issue de la plénière de ce jeudi.


