Le verdict attendu mardi prochain
dimanche 27 juillet 2008 par Issa Fakaba SISSOKO
La salle de conférences de la radio « Kayira » a abrité mardi dernier le point de presse dit d’information des 311 ex-travailleurs de la mine d’or de Morila dans la région de Sikasso.
Animée conjointement par le porte-parole des grévistes de la mine et le doyen d’âge du mouvement, cette conférence de presse, qui survient à quelques jours du procès les opposant à la SOMADEX, avait pour but, selon ses initiateurs, d’expliquer à l’opinion les circonstances de leur grève des 6, 7 et 8 juillet 2005, de leur licenciement « de manière abusive » par leur employeur et de dénoncer ce qu’ils appellent « le silence coupable des autorités de notre pays face à l’injustice dont ils on été victimes ».
Ce, explique le porte-parole des licenciés, en violation flagrante des principes fondamentaux de notre pays qui garantissent le droit à la grève.
A en croire M. Fassery Traoré, tout est parti de la découverte, en 2005, des cas de falsification de contrats de travail des employés sous contrat à durée indéterminée en contrats à durée déterminée par le chef du personnel de la mine d’or.
« L’ouvrier ainsi fraudé perdait ses avantages en cas de licenciement et risquait aussi de perdre plusieurs mois de salaires. Suite à cette découverte, pour se protéger, le chef du personnel a fait circuler une pétition au nom des travailleurs contre le secrétaire général du syndicat.
C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » explique le conférencier. Qui ajoute que c’est à partir de cette cabale injustifiée contre leur leader que les 500 travailleurs de la SOMADEX, c’est-à-dire la presque totalité des travailleurs de la société, sont partis en grève. Et cela, précise-t-il, 15 jours après avoir déposé le préavis conformément aux dispositions prévues par le code du travail. « Mais notre surprise fut grande lorsque nos confrères du Syndicat de la section nationale des mines et des industries (SECNAMI) se sont brusquement démarqués de notre lutte.
Mais après investigations, il s’est avéré malheureusement que celui-ci a bénéficié d’un soutien de 8 millions de la part de la direction de la mine pour l’organisation d’une conférence prévue en avril 2005 » regrette le porte-parole des ex-travailleurs de la mine. « Notre seul tort a été de démasquer une mafia et de revendiquer notre prime de rendement et d’exiger une meilleure protection dans le travail », a déclaré le doyen d’âge des ouvriers grévistes.
Aux dires de M. Yaya Kondé, la principale revendication des 72 heures de grève avait pour but de réparer les inégalités subies depuis 2000, à savoir la régularisation des contrats de travail falsifiés, le versement des primes de rendement, la présence d’un médecin et d’une ambulance sur le site de la mine.
La répression s’abat sur les grévistes
« En réponse au mouvement de grève de 72 heures (du 6 au 8 juillet 2005(, la direction de la SOMADEX afficha le 9 du même mois une liste de 17 personnes sujettes au renvoi systématique en tant que démissionnaires, a expliqué le conférencier M. Traoré. Autrement dit, ils sont remerciés sans droit et sans recours. La première équipe de retour au travail a donc vu 17 de ses compagnons se faire enlever par les gendarmes.
Ces derniers, poursuit-il, ont cherché à avoir d’amples explications auprès de la direction. Réaction du directeur « Ceux-ci étaient licenciés pour fait de grève. Si vous n’êtes pas contents, il faut aussi arrêter le travail ».
Grande fut ainsi notre surprise, déplore le porte-parole des grévistes. Par solidarité pour les compagnons, poursuit-il, nous avons déclenché une mobilisation générale jusqu’à ce qu’ils soient réintégrés. »
« C’est à partir de cette revendication qu’a débuté une véritable chasse à l’homme où tous les ouvriers ont compris qu’il fallait être beaucoup plus forts s’ils désiraient non seulement être entendus, mais également pris en compte par les directives de leur employeur » a lancé le porte-parole des ex-travailleurs Fassery Traoré.
Qui regrette que la réaction tardive du gouvernement de notre pays soit la preuve de la faiblesse de ce dernier face aux entreprises étrangères et le capital qu’elles gèrent. « Les menaces et tentatives de récupération n’ont pas cessé. Finalement, la liste officielle des 311 licenciés a été imprimée et affichée. Ils ont ainsi reçu leurs lettres de rupture de contrat signée par un huissier, tous les grévistes ayant catégoriquement refusé de signer » dira le conférencier.
Comme si cela ne suffisait pas, ajoute-t-il, « pire, dans la nuit du 13 au 14 septembre, pour nous intimider, deux bus bien gardés dans la cour de la gendarmerie, ont explosé. Sans mandat, et contre l’absence de toutes preuves, les gendarmes ont mis aux arrêts et déféré à la prison de Bougouni une trentaine de grévistes. » « Après avoir fait un mois et six jours en prison, ajoute M. Traoré, 23 d’entre eux ont été mis en liberté provisoire. Deux autres grévistes furent ensuite appréhendés. Ils feront 14 mois de détention, soit un an et deux mois, avant d’être mis en liberté provisoire, car aucune preuve n’a établi leur implication dans l’incendie desdits véhicules de la société ».
C’est en effet pendant ce temps, en 2006, que la Ligue internationale des droits de l’homme, FIDH, a mené une enquête sur la situation des ouvriers du secteur minier au Mali et au Burkina Faso.
C’est cette enquête qui a conduit au dépôt d’une requête à la Cour de travail de Bamako en janvier 2008. Après plusieurs renvois, le procès devra s’ouvrir en principe ce mardi 28 juillet.
L’audience de ce jour consacrera-t-elle l’épilogue du feuilleton judiciaire ?
Le verdict du tribunal tranchera-t-il en faveur de la justice et de la légalité ?
Les 311 licenciés de la mine l’espèrent fortement.
Affaire à suivre.
Issa Fakaba SISSOKO
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