Les artisans ne démordent pas
mercredi 7 mai 2008 par Abdoulaye Diakité
Selon les responsables de l’association « Ben Ton » en l’occurrence le président, Karim Traoré, le secrétaire général, Mamadou Diabaté et le secrétaire à l’organisation, Siaka Samaké, c’est depuis plus de 40 ans que les artisans constitués de soudeurs, mécaniciens, menuisier, tôliers, tisserands, forgerons et autres teinturières, ont bénéficié de cette parcelle de la part du domaine de l’Etat.
Ils sont plus de 300 occupants, tous chefs de familles sur ladite parcelle. Ils avancent que c’est depuis le temps du président Alpha Oumar Konaré que le maire de la Commune III de l’époque, Djibil Sangaré, avait voulu vendre le site en question à des Iraniens qui voulaient en faire un centre de santé. Projet auquel les occupants se sont énergiquement opposés, au prix des dégâts matériels qui leur auraient coûté plus de deux milliards de nos francs. Quand le président Konaré a été mis au parfum de l’affaire, il a demandé de surseoir immédiatement à cette opération, car, a-t-il dit, on ne peut pas mettre plus de 300 travailleurs à la rue.
L’association avance qu’Alpha avait eu raison de mettre le social au dessus de l’argent malpropre. Il a donc fallu que Alpha ait quitté le pouvoir et que Abdoul Kader Sidibé devienne maire de la Commune III, en 2004, pour que ce dossier enterré refasse surface. A en croire les plaignants, à peine devenu maire, ce dernier s’est directement adonné aux ventes tous azimuts des parcelles dans la commune. Ce qui l’a amené à vendre le site qu’occupaient certains artisans de la commune, derrière la station Adja Fili, au bord du carré IMACY de Ouolofobougou-Bolibana, à une entreprise de la place, du nom de EMAS-SARL (Entreprise Malienne d’Assainissement) dont on dit qu’elle a assez de fric, à la somme de 549. 906. 484 F CFA.
Ladite entreprise a pour propriétaire, le Directeur de la Radio Fréquence 3, Lassina Traoré. Quand l’acquéreur a voulu commencer avec la mise en valeur de son terrain, il a buté à la résistance des occupants de la parcelle. L’affaire a été transportée devant le tribunal administratif de Bamako. Là, après une analyse minutieuse du dossier le tribunal déboutera le maire, en annulant purement et simplement son acte de vente conclu avec l’entreprise EMAS-SARL. Les artisans avancent que malgré l’annulation de l’acte de vente, le maire sans interjeter appel, est revenu à la charge en autorisant son acquéreur à commencer les travaux sur le site. C’est dans ces conditions que l’intéressé est venu réaliser 33 magasins sur le site. Ces 33 magasins qui sont mis en location, n’ont pas pu prendre toute la parcelle et les artisans qui occupaient le site croyaient pouvoir se contenter du reste du site pour leurs activités, quand tout récemment l’acquéreur est venu avec des cailloux et du sable continuer à construire sur le reste du terrain. C’est que les occupants soutenus par la Fédération des Artisans du Mali (FENAM), la Chambre des Métiers, et le département, ont tapé du poing sur la table, en disant non à la poursuite des autres réalisations sur le site.
Ils n’entendent plus accepter que l’acquéreur poursuive le reste des travaux, et soutiennent que cela relève d’une violation d’un jugement par le maire Abdoul Kader Sidibé et son acolyte Lassina Traoré. Ils avancent qu’il y a deux semaines, quand l’acquéreur a envoyé des maçons pour continuer avec les travaux, ils les ont sommés d’arrêter sous peine de se voir lynchés. Face à cette résistance bien organisée de la part des artisans de la commune, le maire Kader, qui se fait talonner par l’acquéreur pressé de finir avec son chantier d’ici la fin son mandat de maire, a, selon les artisans, convenu avec son acolyte de se servir des forces de l’ordre du deuxième arrondissement pour réaliser leur coup de force. Or, les artisans arguent que si cela devait se faire, ce serait sur leurs cadavres. Ils promettent au maire, au cas où ce dernier s’entêterait dans son projet, un jour noir, où ils iront brûler la mairie, le domicile de son père et la Radio Fréquence 3. Pour l’instant, les travaux sont arrêtés et les artisans qui sont un peu dispersés autour du site, demeurent sur leurs gardes. Leur président, Karim Traoré indique que le maire Abdoul Kader Sidibé, l’a maintes fois invité à des négociations, mais pour l’instant aucun compromis. Nous avons tenté de rencontrer le maire en question, mais ses collaborateurs nous ont fait savoir qu’il est rentré d’un voyage qu’il effectuait en Tanzanie et qu’il est en ce moment endeuillé par le décès de son jeune frère.
Toutefois, ils comptent tout mettre en œuvre pour nous mettre en contact afin que le maire puisse donner sa version à propos de cette rocambolesque affaire. Affaire donc à suivre


