Les calculs prétentieux de l’Honorable Dioncounda Traoré
samedi 10 mai 2008 par Abdoulaye Diakité
A peine la présidentielle et les législatives de 2007 terminées, on le sait, beaucoup d’états- majors de la scène politique nationale se sont inscrits dans la dynamique des échéances communales de l’année prochaine et de la présidentielle de 2012, où il sera question de trouver un successeur au général Amadou Toumani Touré.
Mais pour la plupart des partis politiques, ils ont préféré se passer des déclarations à l’emporte-pièce, qui évoquent une guerre de communiqués. Leur stratégie, c’est de maintenir le silence et de travailler sur le terrain. Surtout quand on sait que les élections communales sont des épreuves de proximité, où électeurs n’ont que faire des orientations générales d’un parti politique. Loin du projet de société d’un quelconque parti, les électeurs des communales ont besoin de quelqu’un qui a fait ses preuves sur tous les plans au sein de leur communauté. Mais loin de cette analyse des choses, le président de l’ADEMA PASJ ne s’est pas accordé le moindre temps de réflexion sur sa politique communicationnelle autour des échéances à venir. A peine les élections de 2007 terminées, c’est lui qui disait à qui veut l’entendre que le président ATT ne fera pas un troisième mandat à la tête de l’Etat.
Et qu’après 2012, il doit faire valoir ses droits à la retraite politique. Comme si c’était lui qui le mettrait à la retraite !
Car la diplomatie recommanderait plutôt qu’il laisse ATT s’exprimer lui-même sur le sujet. Seul le peuple malien détient les rênes du pouvoir et peut décider du départ ou non d’un dirigeant. On me dira : où est passée la constitution ? La constitution est faite par les hommes et peut être retouchée, à l’image des mutations de la société. Mais là n’est pas le seul objectif de notre analyse, car en plus de ces propos, à l’hostilité évidente, le président Dioncounda Traoré a toujours fait savoir que son parti remporterait les échéances de 2009 et de 2012. Là on ne sait pas trop sur quel sondage est fondée l’affirmation, car il ne sied pas à un dirigeant de parler comme un citoyen ordinaire.
C’est vrai que l’ADEMA enregistre des réintégrations d’anciens militants comme à Kita, à Sikasso avec Mamadou Tangara, ancien maire du Kénédougou, et à Bamako avec la bombe Soumeylou Boubèye Maïga et la phagocytose du Rassemblement National pour la Démocratie (RND) et bientôt celle de l’UDD, mais cela est-il suffisant pour se bomber déjà la poitrine ? D’ailleurs l’ADEMA n’est pas la seule formation politique qui s’illustre dans ce domaine : son rejeton l’URD est au moins aussi plus gourmande qu’elle en la matière, et d’ailleurs là-bas, les adhésions sont plus massives que du côté de la ruche. Mais jamais le succès n’a tourné la tête à Soumaïla Cissé pour l’amener à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir abattu : N’Golonina préfère mener discrètement son ratissage sur le terrain politique. Mais le président de l’ADEMA a chanté tout haut que le vainqueur des prochaines échéances électorales n’est autre que son parti. Il l’a dit à Nara, à l’occasion d’une visite de prise de contact avec son électorat, puis à Sikasso, à l’occasion de la rentrée politique de la section du Kénédougou, couplée de la réintégration de l’ancien maire Mamadou Tangara. Mais, ce que le président Dioncounda Traoré ne dit pas, c’est que son parti l’ADEMA, qui est toujours confronté à un problème de leadership, ne regorge pas de figures emblématiques qui puisse être unanimement présidentiables.
Qui peut être ce fameux présidentiable sur lequel mise l’honorable Dioncounda Traoré ?
En tout cas pas Alpha Oumar Konaré, dont l’arrivée divise déjà même le parti. Or, en l’absence d’un leader charismatique, les choses se sont toujours terminées par une guerre fratricide, comme ce fut le cas en 2002.
C’est vrai que Soumeylou Boubèye Maïga garde toujours son ambition présidentielle, mais pourra-t-il encore faire l’unanimité au sein du parti ?
Le peuple malien lui fera-t-il confiance pour lui confier ses destinées ?
C’est donc vu tous ces paramètres que beaucoup de gens ne comprennent pas la logique des propos de l’Honorable président Dioncounda Traoré, lui qui a habitué le peuple à des déclarations hasardeuses comme : « Si on n’avait pas soutenu ATT en 2002, on aurait eu la justice et les services de contrôle de l’Etat à nos trousses » faisant allusion à leur soutien discutable à ATT après son élection, alors que le candidat du parti, Soumaïla Cissé, était son challenger.
Un homme habitué à ce genre de déclarations peut-il encore faire peur à quelqu’un ?
Abdoulaye Diakité
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