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Les cotonculteurs plus que jamais allergiques

PRIVATISATION DE LA CMDT

mercredi 25 juin 2008 par Issa Fakaba SISSOKO

Bref, pour les producteurs de coton, le schéma de privatisation dont il s’agit ne présente aucune garantie quant à la survie de la filière.

Alors que l’Etat vient de céder, en début mai, ses parts, dans le cadre de la privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), le débat sur la question est encore loin de se vider.

Du côté des producteurs de coton, la colère et l’indignation sont au comble, et à ce jour rien n’indique que la mise en œuvre du projet de privatisation de la filière ne consacrera pas une fracture sociale, et les inquiétudes sont immenses, vu les enjeux énormes pour le développement de notre pays. C’est du moins ce qui ressort d’une déclaration de la section syndicale de la filière coton, le SYNAPRO.

C’était au cours d’une assemblée générale dite d’information tenue il y a quelques jours.

De la baisse considérable du niveau de la croissance économique du pays (au regard de son impact sur celle-ci) à l’accroissement du taux de pauvreté à travers le licenciement des ressources humaines compétentes et l’effondrement de la production (dramatique pour le million de producteurs) les conséquences de la privatisation de la CMDT sont des plus dangereuses pour l’essor socio-économique de notre pays. En clair, de l’avis de la section syndicale, par la voix de son secrétaire général, M. Zakariyaou Diawara, le schéma prévu dans la privatisation constitue un suicide non seulement pour les cotonculteurs mais également pour l’Etat dont la perte de revenus s’annonce considérable.

Le schéma suicidaire

L’objectif visé par la présente privatisation, qui rentre dans sa dernière phase cette année, est de « limiter, selon le gouvernement (dont la part d’action ne sera que 10%), les risques financiers pour le budget de l’Etat, améliorer la gestion et la rentabilité de la filière, pérenniser en la favorisant l’entrée de professionnels dans le capital » . En clair, pour le gouvernement, cette privatisation constitue la seule issue pour la redynamisation du secteur coton. Le schéma de privatisation dont il s’agit prévoit que la CMDT sera un « holding » divisé en quatre filiales.

C’est-à-dire les succursales de Bougouni-Sikasso, Koutiala-San, Fana-OHVN, et Kita. De l’avis de plusieurs spécialistes de la question, ce schéma de la « CMDT holding » garde les achats, le commercial, le contrôle de la gestion, et les fonds générés par les filiales serviront à acquitter les créanciers de l’ex-CMDT. Ce qui fera dire à Maurice Adevah Poeuf (fin connaisseur de la filière en Afrique, et président de l’Agence française d’appui aux collectivités, AFAC), qu’avec la privatisation de la CMDT « le risque d’un big bang social est réel ». Pour le spécialiste français, qui animait à Bamako une conférence-débats sur la question en novembre dernier, la concrétisation du projet de privatisation de la filière cotonnière par le Mali constitue « une catastrophe certaine. » Le syndicat de la filière n’en pense pas moins. A en croire son secrétaire général, M. Zakariyaou Diawara, la mise à liquidation de la CMDT comporte des risques énormes, tant au plan technique, économique que social.

En clair, avec la concrétisation du projet de privatisation, c’est notre or blanc qui se transformera en plomb. Et avec cet échec, qui s’ajoutera malheureusement à la liste des précédents (comme les Chemins de fer, l’Energie du Mali, l’ITEMA, l’HUICOMA, etc), c’est tout le Mali qui sera appauvri, regrette la section syndicale. Qui préconise la nécessité d’un soutien absolu à la filière coton.

Avec un chiffre d’affaires de 200 milliards de nos francs, soit 20 à 25% du budget national, la filière coton nourrit au minimum 4 millions de personnes avec 1.200 employés à la CMDT. On imagine alors aisément la catastrophe que le Mali encourt avec le projet mise en liquidation du secteur. C’est ainsi que le syndicat de la filière exige l’application du plan social de 2003 de la compagnie afin « d’éviter la pléthore de personnel dans les filiales et le drame social que constituent les licenciements massifs (cas de HUICOMA). L’objectif zéro licenciement visé par le gouvernement, explique le syndicat, est un leurre.

Car, ajoute M. Diawara, « il ne contribuera qu’à remplir artificiellement les filiales, et à laisser aux futures preneurs le soin de licencier plus tard les travailleurs sans dommage pour l’Etat ».

Les raisons d’une privatisation Depuis près d’une décennie, la filière cotonnière de notre pays fait face à de sérieuses difficultés qui affectent tout espoir de relance de notre économie grâce à l’or blanc. En témoigne la chute dramatique et constante de la production. De 800.000 tonnes/an il y a quelques années (classant le Mali premier pays producteur du coton en Afrique) le niveau de notre production cotonnière a chuté de plus de 50%. Cette année, sur une prévision de 560.000 tonnes, elle n’aura enregistré que 308.107 tonnes contre 401.370 tonnes l’année dernière, soit un manque à gagner de 251.893 tonnes. Ceci constitue le témoignage éloquent de la descente aux enfers de la filière dans notre pays.

Et à cause des difficultés d’accès aux intrants et au matériel agricole, la baisse régulière du prix du coton sur le marché et la dévalorisation du secteur en raison, malheureusement, de la mauvaise gestion, plus de 56.816 exploitants, sur 1.720.000 immatriculés à la CMDT, ont abandonné en 2005-2007 la culture du coton au profit d’autres spéculations jugées « plus rentables ». Pis, la distorsion entre les marchés local et mondial a causé à la CMDT un passif de 100 milliards de francs CFA. Une telle situation résulte du fait que chaque année aux Etats-Unis, l’Etat verse à ses 25.000 producteurs de coton près de 5 milliards de dollars, soit environ 2000 milliards de francs CFA, le double du budget de l’Etat malien, et le triple de ce que l’Amérique consacre à l’aide développement en faveur de l’Afrique subsaharienne. C’est en effet en raison de ce constat d’échecs cumulés dans la production du coton que les plus hautes autorités de notre pays ont décidé de s’inscrire depuis 2001 dans une dynamique de privatisation de la filière.

L’alternative semble-t-elle crédible ?

Le syndicat des producteurs n’y croit point.


 

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