Organisée par l’Association malienne des expulsés, en collaboration avec son Collectif de soutien (regroupant le Réseau Kayira, CAD-Mali, Aide-Mali, LJDH, Cargo cult, Novox et le journal Sanfin), cette rencontre, qui a enregistré la participation d’environ deux cents travailleurs migrants expulsés, refoulés et des partenaires européens, a offert l’occasion aux participants d’engager la réflexion sur la situation des désormais ex-migrants, le durcissement des conditions pour les nouveaux candidats à l’immigration, le mécanisme des nouvelles politiques d’immigration, notamment en ce qui concerne les besoins financiers pour les investissements dans les pays africains, etc.
« Le contexte international évolue au détriment du droit des migrants. Les lois sur l’immigration ne cessent de se durcir avec le renforcement de la répression et la mise en place de la coopération dans la gestion des flux migratoires et l’extermination du contrôle des frontières européennes » dira le président de l’Association malienne des expulsés, M. Ousmane Diarra.
Pour l’ancien expatrié, expulsé de France, la directive « retour » de l’UE, qui sera votée en mai, qui prévoit la possibilité de détenir pendant 18 mois des personnes en situation irrégulière et une interdiction du territoire européen de 5 ans pour les sans-papiers qui auront été expulsés, constitue le témoignage de ce durcissement de conditions pour les nouveaux candidats.
Ce, ajoute-t-il, en violation flagrante malheureusement, des Droits de l’homme et des conventions de coopération entre les Etats.
Au terme ainsi de deux jours de travaux, marqués par des échanges fructueux autour des points inscrits à l’ordre du jour, les participants sont parvenus à l’adoption d’un document intitulé « Appel de Bamako » qui s’articule autour de neuf recommandations principales au centre desquelles la rupture d’avec la politique française sur l’immigration, dite choisie et répressive, voulue par le président français Nicolas Sarkozy, et plusieurs pays européens.
Exigeant de l’Etat malien de pas signer avec l’Etat français les accords bilatéraux de réadmission qui ouvrent la voie à des quotas d’immigration choisie et amplifient les expulsions des travailleurs sans-papiers maliens, le forum recommande la fin de la délivrance des laissez-passer qui facilitent, selon eux, l’expulsion des Maliens. Les participants au forum revendiquent aussi la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers, exige auprès de l’Etat français la restitution des biens des expulsés et la possibilité de bénéficier de leurs droits au regard des cotisations versées, de dénoncer la directive « retour » de l’Union européenne qui, disent-il, est une humiliation pour les peuples africains. Par ailleurs, refusant la collaboration avec l’Agence des frontières FRONT EX créée pour la gestion « externalisée » des frontières européennes, l’Appel de Bamako a exigé le gel de l’ouverture du Centre international de gestion de l’émigration, CIGEM, et le transfert de leurs fonds pour l’assistance aux expulsés et aux refoulés, la création d’un comité mixte comprenant des représentants du gouvernement et des expulsés afin d’évaluer les préjudices subis, et recommande, afin d’apporter une assistance à tous les expulsés et refoulés « qui n’ont cherché à aller en Occident que pour aider leurs familles et donc contribuer au développement de leur pays ».
« Les pays de l’UE, et plus spécifiquement la France, pour mieux faire passer leurs politiques d’immigration, se servent des besoins financiers pour les investissements dans les pays africains. Mais ces fonds ne suffisent nullement aux besoins de nos pays, comme en témoigne le fait qu’au Mali la part de l’apport des Maliens de l’extérieur au développement est supérieur à celle de « l’aide au développement » a révélé le forum de Bamako dans son appel. Avant de préciser que ces financements censés accompagner les projets de développement sont en réalité utilisés pour la gestion des flux migratoires.
Ce sont 10 millions d’euros, ajoute l’appel, issus du Fonds européen pour le développement qui servent à financer le futur Centre pour l’information et la gestion de l’émigration malienne qui est chargé de lutter contre l’immigration et d’en contrôler les flux.



