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Les faux fuyants de l’Algérie

MEDIATION DANS LA CRISE AU NORD-MALI

lundi 12 mai 2008 par Abdoulaye Diakité

Pour cela, aucun prétexte n’est minime pour expliquer le sens de leur démission de la médiation entre les autorités de Bamako et les bandits armés qui se comportent en apatrides depuis maintenant deux bonnes années. Des articles de presse, à l’implication de la Libye, en passant par des propos diplomatiques, tout est désormais bon pour décourager notre voisin historique.

Notre pays le Mali a toujours eu des rapports fraternels ancrés dans une histoire commune. Pendant sa lutte de libération, l’Algérie a bien reçu l’appui du peuple malien. De même qu’elle a été toujours aux côtés du Mali depuis le déclenchement des séries de rébellions que notre pays connaît depuis des années, où elle a été toujours médiatrice. Du temps de l’Azawad jusqu’à l’insurrection du 23 mai 2006, presque tout se négocie à partir du territoire algérien.

Seulement voilà, il a fallu qu’un imbu de banditisme, appelé Ibrahim Ag Bahanga trahisse un an plus tard les mêmes accords signés en Algérie, en reprenant le maquis, pour qu’un coup terrible soit porté aux rapports algéro-maliens.

En effet, ce pays s’est montré réticent à la démarche malienne de demander l’approvisionnement en vivres pour ses soldats déployés dans la zone de Tinzawatin, où ils remplissaient leur mission régalienne de veiller à l’intégrité territoriale : et c’est tout naturellement que des journaux de la place avaient crié au scandale en dénonçant un éventuel soutien du pays de Bouteflikha à la bande d’Ibrahim Ag Bahanga. D’ailleurs les Etats-Unis qui avaient volé au secours de nos troupes dans la zone en larguant des tonnes de vivres, ont vu leur avion essuyer des tirs de la part des mêmes bandits. A part ce genre d’interrogations, personne n’a lu dans la presse d’articles critiquant la médiation algérienne.

L’Algérie serait irréprochable si elle n’acceptait pas d’ouvrir ses frontières aux bandits armés, qui s’y retirent en toute sécurité ; elle ne serait pas accusée si elle ne permettait pas à la bande d’aller soigner ses blessés chez elle. D’ailleurs, d’aucuns pensent que le fait que Bahanga qui est pourtant signataire des accords d’Alger, se rebelle pour réclamer une médiation de la part de ce même pays, est un signe qui ne trompe pas. Mais le peuple malien a été aussi stupéfait quand il a entendu dire que ce sont des articles de presse proches du pouvoir qui ont poussé l’Algérie à la démission. Quand les rapports de deux pays se font en fonction de l’humeur des journalistes, il y a de quoi se poser beaucoup de questions. Autre prétexte avancé par nos voisins algériens pour se retirer de la médiation au Nord-Mali, c’est une déclaration que le président de l’Assemblée Nationale du Mali, Dioncounda Traoré aurait tenue au Maroc lors d’une visite dans ce pays. En effet, les Algériens reprochent à Dioncounda Traoré d’avoir tenu des propos soutenant la position du Maroc par rapport à la question du Sahara, qui oppose le Maroc et l’Algérie depuis des décennies. Ces déclarations ont été perçues du côté algérien comme sapant tous les efforts que ce pays déploie dans la résolution des différentes crises qui affectent le nord de notre pays.

Mais il faut dire que ce dossier est très devenu très sensible dans le monde entier : il est difficile de s’y prononcer sans que l’une ou l’autre partie ne se sente écorchée.

Le retrait du Maroc de l’organisation de l’unité africaine ne s’explique-t-il pas par cela ?

Autre argument avancé par la partie algérienne pour se tirer d’affaire, c’est l’implication de la Libye dans le processus de négociations. Bouteflikha, on le sait, à cause de la guerre de positionnement géostratégique qui fait rage autour du Sahara, n’accepte jamais de souffler dans la même trompette que son homologue libyen. Or, on sait que l’implication de la Libye s’explique par sa participation au financement des projets de développement de la région de Kidal. Autrement dit, comme l’a déclaré le président de la République Amadou Toumani Touré, il ne saurait y avoir un autre cadre de négociation que les accords d’Alger. Il l’a rappelé aux membres de la mission de médiation nationale, constituée de hauts cadres touareg, quand il les a reçus il y a une semaine.

Voici autant de prétextes qu’avance aujourd’hui la partie algérienne pour expliquer son retrait de la médiation qu’il a menée jusqu’ici entre les autorités maliennes et les bandits armés du désert.

Des missions tous azimuts se font auprès d’elle pour qu’elle puisse revenir à de meilleurs sentiments, et reprendre son bâton de médiatrice. Mais pour l’instant sans succès.


 

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