Partout dans le monde, l’éducation est considérée comme un sacerdoce auquel ne doit pas accéder qui le veut, même si ce caractère a tendance à être oublié. Depuis des décennies, en tout cas au Mali, les enseignants foulent au pied cette caractéristique de l’éducation et vont jusqu’à violer les missions qui doivent être les leurs.
En effet, les missions qui sont conférées à un enseignant digne de ce nom s’appellent : dispenser les cours aux apprenants ; les évaluer ; et transmettre les notes des évaluations à qui de droit. Ainsi, au-delà du caractère sacerdotal de la fonction enseignante, voici les trois missions qu’un Etat assigne à un enseignant et pour l’exécution desquelles ledit Etat le paye. Ces trois missions ont été bien rappelées par l’ex-président de l’Assemblée Nationale, Aly Nouhoum Diallo, à l’occasion de la commémoration du 26 Mars, à la Pyramide du souvenir. Le célèbre homme politique préconisait pour les enseignants de revendiquer en accomplissant le devoir que la Nation leur a confié. Il avance que toute la nation serait sensible au problème des enseignants si ceux-ci tout en accomplissant leur devoir, avaient interpellé l’Etat malien devant qui de droit.
Mais loin de là, les enseignants du secondaire, qui suivent les traces de leurs homologues du supérieur, ont depuis le mois de novembre dernier pris toute la nation en otage, avec ce nouveau mode de revendication consistant à donner les cours en refusant de faire les évaluations. Ce mode de grève, que d’aucuns trouvent d’origine sénégalaise, est apparu au Mali en 2001, lorsque les seuls enseignants de la Faculté des Langues Arts et Sciences Humaines (FLASH) ont, par ce système, occasionné une année blanche dans l’unique faculté de l’université.
A l’époque, faut-il aussi le rappeler, le ministre actuel des enseignements secondaire supérieur et de la recherche scientifique, Amadou Touré, était un syndicaliste fieffé dans ladite faculté. Ironie du sort donc ?
En tout cas aujourd’hui, c’est lui qui a à faire à ces anciens compagnons, qui connaissent ses points faibles, et n’hésitent pas à lui dire : « Qui ne connaît pas qui ? ». Mais au-delà de la personne du ministre, c’est toute la nation qui se trouve aujourd’hui prise en otage, à travers ses fils. Ne dit-on pas que l’avenir d’une nation appartient à sa jeunesse ? Demain, ce sont ces jeunes formés dans nos écoles qui seront appelés à compétir dans des contextes sous-régionaux et régionaux. Mais de cette réalité, les enseignants d’aujourd’hui se moquent et préfèrent se comporter en purs matérialistes, eux qui ont été formés grâce aux durs sacrifices d’autres Maliens, qui vivaient dans les conditions plus dures que celles d’aujourd’hui. La seule différence avec les enseignants de nos jours, est que ceux-ci ont préféré le sacerdoce au matériel, la nation au besoin individuel. C’est ce sens du patriotisme qui manque aux enseignants actuels. Certains pensent que cette situation découle du fait que le corps est présentement constitué de contractuels, qui ne viennent pas dans l’enseignement pour l’amour du métier, mais faute d’avoir trouvé un autre emploi. Ils n’ont même pas bénéficié d’une formation enseignante et viennent dans le métier avec l’idée de s’enrichir, de vivre dans l’opulence. Pour la recherche de cette opulence, ils ont blanchi l’année scolaire en cours dans les établissements secondaires en refusant toutes évaluations. Cela s’est fait au vu et au su des différentes forces vives de la nation, dont les femmes, l’Association des Elèves et Etudiants du Mali (AEEM) et de l’AMS-UNEM.
En effet, les femmes du Mali ont attendu jusqu’au 08 Mars, pour savoir qu’elles doivent aussi jouer leur part dans la résolution de la crise scolaire. Il a fallu attendre que le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré les invite à l’occasion de leur fête à s’impliquer dans la recherche d’une solution, pour qu’elles se mettent à faire des gesticulations de médecin après la mort. Ce n’est pas en mars que le problème a commencé, c’est depuis novembre et nos mères sont les premières à savoir que leurs enfants ne sont pas évalués à l’école, car étant les plus proches d’eux. C’est donc après le 08 Mars qu’une marche de soutien au gouvernement sera organisée, suivie de ce fameux forum qui s’est tenu le semaine dernière au CICB.
Quelle peut être l’utilité des résolutions d’un tel forum pour une année scolaire où il reste moins de deux mois ?
Pour quoi avoir attendu la fin de l’année scolaire pour ce qu n’est qu’exhibitionnisme démagogique ?
Ne savaient-elles pas qu’elles sont parmi les premières à être concernées par ce problème, pour ne rien faire jusque-là ?
Autant de questions qui demeurent après cette marche et ce fameux forum, qui ne nous feront pas bouger d’un iota dans cette crise, marquée d’ailleurs par l’absence de dialogue. La réaction de l’AMS-UNEM, tout comme celle des femmes, est jugée tardive dans ce problème. Elles qui se proposent d’être médiatrices en ce mois de mai pour un bras de fer qui a commencé en novembre, savent plus que quiconque qu’elles sont en train de se ridiculiser. Car c’est le médecin qui vient après la mort. Tout le monde le sait, le vin de l’année blanche au niveau de notre enseignement secondaire et surtout dans le public, est tiré, il ne reste plus qu’à le boire.
Que dire de la nébuleuse AEEM qui, sachant bien que ce sont les élèves qui sont les victimes innocentes de ce bras de fer, n’a rien entrepris, si ce n’est le mois d’avril dernier, où elle a adressé une correspondance émue au ministre Amadou Touré, pour lui dire qu’elle en a assez ?
Se faisant passer pour l’association qui défend les intérêts des élèves et étudiants, le bureau de l’AEEM de cette année endosse une grande responsabilité dans cette crise qui pénalise le monde secondaire. Au lieu de se lever à temps pour tirer la sonnette d’alarme, c’est maintenant que la sinistre association se fait entendre par le canal de violentes grèves, après avoir laissé la situation pourrir pendant sept mois.
Décidemment cette AEEM n’est plus celle qui revendique et défend les droits des élèves et étudiants, mais plutôt un moyen de se remplir les poches.
Abdoulaye Diakité
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