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Les marabouts maliens indésirables

GUINEE EQUATORIALE

samedi 29 mars 2008 par Dramane Aliou KONE

Le musulman, au sens large, désigne tout adepte de la religion du Prophète Mohamed, tandis que le marabout, tout en étant musulman, peut souvent se livrer au charlatanisme, à la voyance, etc.

La Guinée équatoriale est un petit pays de l’Afrique centrale, coincé entre le Gabon et le Cameroun et ouvert sur la façade atlantique. Elle a une superficie de 28 100 kilomètres carrés. Elle est peuplée d’environ 500 000 âmes.

Ce petit pays doit son importance économique régionale, voire mondiale, à la découverte il y a une décennie et demie d’énormes gisements off shore de pétrole. Il est devenu aujourd’hui un eldorado qui attire les ressortissants des autres pays. Cette ruée vers la Guinée équatoriale a amené très tôt ce petit Etat à connaître des problèmes d’immigration. En effet, ils sont nombreux en ce moment, les jeunes Africains qui ne cherchent plus de visa pour aller en Europe ou en Amérique, mais un visa pour entrer en Guinée équatoriale.

Cet afflux d’étrangers, particulièrement à Malabo, la capitale, s’est accompagné de nombreux maux : le banditisme, la criminalité, l’escroquerie, etc. Et comme partout et en pareille situation, ce seraient les étrangers qui sont les seuls responsables de cette grande criminalité, des braquages, des extorsions de fonds, etc. Pour les nationaux, ce sont des maux qui étaient inconnus jusque-là en Guinée équatoriale, la richesse du pays ayant rendu tous ses habitants moralement sains. La Guinée équatoriale a déjà pris des mesures expulsant des Africains originaires des autres pays.

C’est la première fois qu’une mesure d’expulsion est ciblée sur une communauté étrangère précise : les marabouts originaires du Mali. La mesure prise par les autorités de Malabo est discutable, même si, en tant qu’État souverain, il est de son devoir de prendre toute mesure appropriée s’il juge que la sécurité de ses habitants et celle des étrangers qui sont sur son sol est menacée par des comportements anormaux d’un groupe ou de plusieurs groupes de personnes.

C’est à ce titre que la spécification "marabouts maliens " a tout son sens. S’en prend-on à ces "marabouts maliens" parce qu’ils se seraient livrés à des pratiques contraires aux lois et règles du pays ?

Où est-ce parce qu’ils seraient responsables de pratiques maraboutiques maléfiques ?

Des pays riches comme la Guinée équatoriale attirent des cohortes d’escrocs, de faussaires, de menteurs, etc. S’y précipitent tous ces hommes qui ne veulent pas travailler, préférant vivre du travail des autres. Et il se pourrait que parmi la communauté mise en cause, se trouvent des vendeurs de rêves. Des marabouts, pas seulement maliens, excellent dans des pratiques d’envoûtement et d’autres actes répréhensibles. Se livreraient-ils à du prosélytisme ? Il convient de signaler que la Guinée équatoriale n’est pas un pays de tradition musulmane à l’instar d’un pays comme le Sénégal où les confréries maraboutiques font et défont les régimes et les carrières, ou encore comme le Mali où l’influence de la religion musulmane n’est pas moindre. Les peuples de la forêt comme ceux de la Guinée équatoriale, et des pays voisins comme le Gabon et le Cameroun, lorsqu’ils ne sont pas convertis au christianisme, font plutôt confiance au pouvoir de ce qu’on appelle là-bas le ganga ou féticheur. Donc, la récente mesure d’expulsion qui frappe les "marabouts maliens" pourrait résulter d’une réaction de ces gangas face à des concurrents de taille, car attirant plus de monde. Si cette mesure d’expulsion a pour origine une vilaine cabale dirigée contre les "marabouts maliens", elle porte un coup sérieux à l’intégration africaine tant chantée par les dirigeants lors de leurs rencontres annuelles au sommet.

En outre, cette mesure, venant au lendemain du sommet de l’Organisation de la conférence islamique où la question de l’islamophobie a été longuement débattue, ne semble pas bien mûrie par le pouvoir en place à Malabo.Depuis la découverte de son pétrole, la Guinée équatoriale vit pratiquement en autarcie, "mangeant" tranquillement ses pétrodollars. Dans ce pays, l’opposition politique a été réduite à sa plus simple expression, car deux options s’offrent généralement à elle : se taire ou s’exiler.

C’est cette deuxième voie que l’opposant Severo Moto a choisie en s’installant à Madrid. A l’intérieur de ses frontières, le régime de Malabo se livre souvent à des actions que la communauté internationale devrait condamner. Mais elle se tait par souci de sauvegarder ses intérêts, en l’occurrence pétroliers. Si fait que le président équato-guinéen n’a jamais été affublé par les Occidentaux du qualificatif de dictateur. Au moment où le prix du baril de pétrole sur le marché international est à 110 dollars, la Guinée équatoriale doit avoir un devoir de solidarité avec les autres peuples africains, surtout ceux qui n’ont pas de pétrole. La mesure d’expulsion pourrait être perçue comme un refus de partager, une volonté de se replier davantage sur soi-même.

Des choses qui, toutes proportions gardées, peuvent être assimilées à un égoïsme national, la vraie maladie d’une Afrique en quête de son unité.


 

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