« Les médicaments de la rue sont entrain de devenir endémique… c’est là que réside le danger »
mercredi 16 avril 2008 par Jean Pierre James
Le Quotidien de Bamako : Comment se porte de nos jours l’ordre des pharmaciens du Mali ?
Dr Nouhoum Coulibaly : Je suis effectivement le nouveau président de l’Ordre des pharmaciens du Mali. Je suis à la tête du nouveau bureau depuis novembre 2007. Cela fait donc quelques mois que je suis aux commendes de cette organisation. L’Ordre des pharmaciens du Mali est crée par la loi 86-36 et vous comprenez là que c’est depuis 1986 que nous existons. Nous avons atteint aujourd’hui la maturité avec 20 ans d’existence. De façon rétrospective l’Ordre a déjà fait un certain nombre de chose, conformément aux missions de l’association. Car la loi qui crée l’Ordre, fixe en même temps les missions de l’ordre. A savoir : l’organisation de la profession, la régulation. Notre mission c’est aussi le contrôle de l’accès à la profession, le contrôle de l’exercice sur le terrain de la profession etc. Par rapport à ces missions, un certain nombre de chose est à l’actif de l’Ordre. Ainsi, si nous prenons par exemple l’association de sa création en 1986 à maintenant, tout le territoire du pays est couvert par des officines depuis Bamako en passant par les capitales régionales et les chefs lieux de cercle. La répartition géographique du réseau est vraiment faite. En plus, pour ce qui concerne la régulation, c’est une profession réglementée. Et pour y accéder, il faut tout d’abord être diplômé en pharmacie, le reste est une question de morale. Cependant, il faut avoir une bonne moralité, être de nationalité Malienne ou être ressortissant d’un pays qui accorde la réciprocité.
Le QB En tant que nouveau président de l’ordre, quelles seront vos priorités ?
Dr Coulibaly : Les priorités du nouveau bureau sont dictées par les réalités du moment. Puisque le système est évolutif, dans un premier temps, nous aspirons à un nouveau siège dont le terrain est déjà acquis. Et maintenant, il s’agit de trouver les appuis nécessaires pour mettre cette parcelle en valeur. Aussi, nous mettrons l’administration de l’Ordre en marche afin de remplir correctement la fonction administrative. Il s’agira également pour nous de renforcer la cohésion des pharmaciens. Quand on dit confraternité, cela veut dire : solidarité, entraide et entretenir des rapports de bienveillances entre les différents patriciens. Ensuite, il faut améliorer l’image du pharmacien. C’est clair que dans l’opinion, l’identité du pharmacien n’est pas très connue sur le plan professionnel de la santé. Cette image, il faut la corrigée. Elle sera essentiellement l’une de nos priorités. Il est aussi important d’assurer la bonne marche administrative de l’ordre, améliorer l’image du pharmacien et surtout renforcer la cohésion. Ce sont à mon avis, des questions importantes auxquelles nous donnerons des résultats.
Le QB : Quelle est aujourd’hui la situation des jeunes pharmaciens ?
Dr Coulibaly : Ça c’est une question qui est inhérente à la gestion d’un groupe. Surtout, quand il y a des intérêts à préservés. Il n’est pas facile de géré les hommes, il y a toujours des frustrations et il n’est pas facile d’avoir l’unanimité. Cette question est beaucoup plus générale, c’est une problématique de l’emploi des jeunes. Mais, la question de fond est de savoir s’il y a une adéquation entre la demande et f’offre. La question est beaucoup plus profonde et quitte le cadre strict de l’ordre.
Le QB : De nos jours que devient la lutte contre les médicaments de la rue ?
Dr Coulibaly : Les médicaments de la rue sont entrain de devenir endémique, c’est un phénomène qui existe depuis quelques années et qui persiste. Moi j’ai comme l’impression que les gens s’habituent de plus en plus, c’est devenu normal, ça n’indigne plus les gens, ça ne dérange personne. C’est un phénomène qui est entrain d’être accepté, c’est là que réside le danger. Le contrôle est relâché, les gens ne font plus attention, c’est en ce moment que les risques deviennent beaucoup plus graves. Pour finir, on croit que c’est un phénomène normal, on oublie les méfaits et de l’autre côté les commerçants de ses médicaments sont à l’aise avec l’absence des contrôles. Sur le plan national, il y a une commission nationale de lutte contre la vente illicite des médicaments. Sur le plan sous- régional, chaque année, les pharmaciens organisent des foras et chaque année la question est à l’ordre du jour, il est débattu. Ainsi, au cours du mois de mai prochain, il est prévu une semaine internationale de lutte contre la vente illicite des médicaments. C’est pourquoi nous disons que cette lutte est permanente, tout comme la sensibilisation est aussi permanente. Il y a des efforts, mais le phénomène perdure, c’est pourquoi la réflexion est engagée pour savoir pourquoi ça perdure et qu’est ce que nous devons faire pour être plus efficace. Avant de terminer je voulais ajouter que la pharmacie est une profession qui est organisée en ordre. Par ce que l’objet de la profession a un intérêt public, c’est très sensible car cette profession s’applique directement à la personne humaine.
Le médicament quand tu le prends c’est ton corps qui est compromis, le risque du médicament concerne la vie humaine. La question est tellement importante et sensible, qu’il est un peut regrettable qu’elle soit considérée comme l’affaire des seuls pharmaciens. En réalité, c’est un risque public et le danger est public ; donc cette lutte ne doit pas être considérée comme l’affaire des pharmaciens, mais plutôt un fléau qui expose la santé des populations. Toutes les autorités doivent être mobilisées pour faire face à ce fléau par ce que les risques encourus dépassent les seuls pharmaciens.
C’est pourquoi la commission nationale existe. Malgré l’existence de cette commission, la réalité du terrain est toute autre. J’avoue que les actions sont timides. D’où l’interpellation des médias qui doivent jouer un rôle majeur dans la sensibilisation et l’éducation de la population. Cela doit être un créneau pour les médias, car la question est vraiment délicate. C’est ainsi que les médias vont aussi participer à la protection de la population.
Jean Pierre James
Articles de cet auteur
- La Député de la Commune III sur le pied de départ ?
- Bientôt, l’Afrique à Dublin pour l’interdiction des sous-munitions
- « Ma méthode de travail est d’être l’interface entre les populations de Bankass et les partenaires »
- Le colonel Togola, face à l’ardoise de son prédécesseur
- Les prémices d’un échec
- [...]


