Quelques semaines après la tenue du fameux atelier sur la privatisation de la Compagnie Malienne du Développement du Mali (CMDT), les responsables du Rassemblement Pour le Mali (RPM), ancrés depuis belle lurette dans l’opposition, étaient encore hier devant la presse au même endroit (ex-Hôtel Kempinski) et autour du même thème : « Privatisation au Mali, cas de la CMDT : enjeux et perspectives ».
Ce point de presse, qui se tenait en présence de plusieurs militants du parti, a été animé principalement par l’ex-ministre de l’Environnement et de l’assainissement, Nancoma Keïta, premier secrétaire politique du Bureau Politique National (BPN) et de l’ex-ministre de la santé, Mme Keïta Rokiatou N’Diaye, première vice-président du parti des tisserands. Pour ouvrir les débats, Mme Keïta Rokiatou N’Diaye, qui a montré une très grande maîtrise de la question en sa qualité de professeur de géographie à l’ENSUP, a fait savoir que la CMDT ne doit pas se limiter au seul business, au seul profit, mais qu’elle doit faire face aux autres missions que sont par exemple la modernisation des autres cultures vivrières, l’alphabétisation, la fourniture des intrants etc.
Vu toutes ces missions capitales pour les 3 millions et demi de paysans dépendant de la culture du coton, elle avance que la privatisation de la CMDT ne doit pas préoccuper les seuls acteurs directement concernés que sont l’Etat, les paysans et les partenaires, mais qu’elle doit plutôt être inscrite dans notre conscience collective. Mme Keïta Rokiatou N’Diaye se pose la question de savoir si la privatisation peut être une solution, surtout quand celle-ci se fait sans la prise en compte de l’avis des paysans, qui seront pourtant appelés à produire pour les futurs acquéreurs, au moment où ceux-ci, incapables de payer les intrants et pesticides qui leur sont vendus par l’intermédiaire des privés, ne font que s’enfoncer dans l’abîme. Intervenant à la suite de la première vice-présidente, le premier secrétaire politique, Nacoma Keïta, fera savoir que le gouvernement a adopté le 04 octobre 2006 un schéma opérationnel de privatisation de la CMDT prévoyant la création dans la zone cotonnière de 04 filiales qui sont : la filiale Nord-Est constituée par les actuelles régions CMDT de Koutiala et San ; la filiale Sud constituée par les actuelles régions CMDT de Bougouni et de Sikasso ; la filiale Centre constituée par l’actuelle région CMDT de Fana et de la zone OHVN ; la filiale Ouest constituée par l’actuelle région CMDT de Kita.
Sur ce plan, Nancoma Keïta trouve que le choix de la privatisation par filiation n’est pas un choix sécurisé pour les acteurs et pour l’Etat. La situation du personnel est loin d’être clarifiée. C’est pour quoi, argue-t-il, le syndicat souhaite que ce problème soit réglé avant toute privatisation. Nancoma Keïta avance que les producteurs qui ont effectué des voyages dans les pays où la privatisation est effective sont revenus inquiets, car la privatisation n’y avait pas été heureuse. Au plan politique, a-t-il dit, la privatisation de la CMDT, telle que proposée par le gouvernement prépare un mauvais sort à la démocratie par son caractère à la fois paternaliste, naïf et sans ambition dans un monde de compétition. Pour lui, cette privatisation ne présente aucun signe de solidarité, ni aucune capacité d’impulser la promotion des régions ou de la filière. Aussi a-t-il dit que le schéma géographique de la filiation est sans cohérence et sans efficacité économique, car, l’Etat avance à marche forcée sans aucune initiative d’amélioration ni d’appropriation sécurisée. Ce schéma va allonger la liste des erreurs de l’Etat par manque de vision, d’anticipation et de capacité managériale.
L’ex-ministre de l’environnement a cité un certain nombre de facteurs qui sont à l’origine de la descente aux enfers de la CMDT, tels que la baisse de rendement du coton depuis 10 ans, la gestion laxiste et euphorique, le contexte national et sous-régional sans vision ni originalité, le contexte mondial sans état d’âme et les calamités et catastrophes naturelles. Il proposera une kyrielle de propositions de sortie de crise, avant de conclure que pour toutes les raisons ci-dessus évoquées, le RPM, toujours solidaire du peuple et des masses laborieuses, dénonce avec la dernière rigueur l’approche parce que le schéma préconisé ne donne aucun gage de viabilité économique ni de prospérité.



