« Les populations demandent de repenser notre système éducatif » a dit le professeur Sall
mardi 16 septembre 2008 par Abdoulaye Diakité
L’Indicateur du Renouveau : Que peut-on retenir des concertations de Koulikoro ?
Pr. Sall : Ce qu’on peut retenir des concertations régionales de Koulikoro, c’est d’abord les bonnes dispositions. Les autorités régionales ont pris les dispositions qu’il fallait pour que lesdites concertations se déroulent dans les conditions les meilleures. Le second enseignement à tirer se rapporte au niveau et à la qualité de participation. Cinq cent participants qui sont restés du 1er jusqu’au dernier jour, et selon même le préfet de Koulikoro, c’est sa première fois de voir un tel nombre de participants assister aux débats du début jusqu’à la fin. En terme de qualité de participants, l’on pouvait noter la présence des représentants de l’Etat et ceux des collectivités territoriales (président de l’assemblée régionale, maires, présidents des conseils de cercles, et les différents élus). Sur le plan académique, on avait une série de thèmes à traiter, qui se rapportaient aux commissions éducation de base, alphabétisation et langue nationale ; enseignement secondaire général, technique et professionnel ; et enseignement supérieur et recherche scientifique. Au niveau de toutes ces commissions, les interventions ont été bénéfiques et positives, le diagnostic a été sans complaisance, suivi de propositions concrètes pour la sortie de la crise. L’élément galvanisateur de tout cela a été le discours d’ouverture du gouverneur de la région qui disait qu’il fallait prendre maintenant le taureau par les cornes, ce que les Koulikorois, à travers les cercles et communes, ont fait.
L’Indicateur du Renouveau : Est-ce qu’on peut savoir les recommandations faites par les gens de Koulikoro ?
Pr. Sall : Bon, en prenant par exemple une école fondamentale, on a souvent des enseignants de trois statuts différents : ceux qui sont fonctionnaires, ceux qui sont contractuels de l’Etat et ceux qui sont contractuels des collectivités territoriales.
Donc, il se pose la problématique de voir comment on peut harmoniser, uniformiser les statuts. Sinon il y a un véritable problème : l’enseignant qui a le statut de fonctionnaire est payé à la fin de chaque mois, alors que le contractuel des collectivités territoriales peut attendre deux mois sans être payé, ce qui peut avoir un impact sur le rendement de ce dernier. Ils se sont aussi posés la question à savoir pour quoi les enfants sont aujourd’hui violents. Leur réponse a été que les enfants sont violents parce qu’on a minoré dans les programmes certaines matières comme l’éducation civique, le chant, le dessin, la musique, le jardinage.
C’étaient des matières importantes dans la mesure où elles permettaient de décompresser l’enfant. Donc il faut que ces dites matières retrouvent leur place dans les programmes, cela conformément au principe : un esprit, une âme saine dans un corps sain. Par rapport aux innovations pédagogiques (pédagogie convergente, curricula), les gens ont dit que notre pays tend à devenir un champ d’expérimentation, sans évaluation. C’est pourquoi ils ont demandé une évaluation pour voir s’il faut continuer ou retourner à la méthode syllabique. En ce qui concerne la gestion de l’école en mode décentralisé, beaucoup de participants ont déploré le bicéphalisme dû par exemple à la mise en place des APE par récépissé, et qui sont régies par le droit privé et ce qu’on appelle le CGEM, mis en place suite à un arrêté du ministère, et qui relève du droit public.
Voilà autant de situations qui font plus de tort que de bien à l’école, et qu’il faudra gérer en redéfinissant les règles de jeu pour une école apaisée et performante. Les gens ont aussi estimé qu’il faut aller vers une parité de sexe en matière de scolarisation pour qu’il y ait moins de déperdition de filles du niveau fondamental au secondaire et de ce dernier au supérieur.
L’Indicateur du Renouveau : Qu’est ce que les Koulikorois attendent de ce forum ?
Pr. Sall : Ils attendent d’abord de ce forum une meilleure organisation et Inch’ Allah, c’est ce qui va se passer. Ils attendent également de ce forum que l’éducation soit prise dans tous ses compartiments, en centrant le débat autour de l’école, c’est-à-dire avant l’école, à l’école, et en dehors de l’école, ce qui est extrêmement important.
Car, on a tendance à la réduire l’éducation de base à l’enseignement fondamental, alors qu’elle doit englober aussi l’éducation familiale, en ce sens que l’enfant appartient d’abord à la famille, qui a un rôle éminent à jouer dans son éducation. L’enfant doit aller à l’école, mais s’il n’est pas préparé sur le plan éducatif pour être l’élève de demain à sept ans, il y a alors problème. Je pense qu’à ce niveau il faut qu’il s’y attache pour non seulement prendre en compte l’école en tant qu’institution, qu’elle soit publique ou privée, et à travers cette institution, voir comment on peut procéder à une gestion rationnelle des ressources humaines ; comment on peut avoir des méthodes et programmes adaptés ; comment on peut rendre réelle et effective la gestion de l’école en mode décentralisé. A cela il faut ajouter le problème du cadre législatif et réglementaire : cet aspect est extrêmement important par le fait qu’on est dans un pays unitaire mais décentralisé.
Ce qui veut dire que le représentant de l’Etat au niveau régional est en fait le représentant de l’Etat central.
Or, on a souvent coutume de confondre l’administration scolaire avec l’administration d’Etat. Dont il faudrait qu’on renforce le rôle de l’Etat au niveau déconcentré et décentralisé, en renforçant les pouvoirs et compétences du gouverneur de région, des préfets et sous-préfets. Cela veut dire que l’unité d’action, l’unité du milieu, l’unité de droit doit être réalisée autour du représentant de l’Etat au niveau régional. Cela est extrêmement important et il faudra qu’on aille vers ça. Le dernier thème qu’on a traité et qui se rapporte à la commission de l’éducation de base, c’est l’après forum. Les populations ont proposé entre autres : une comité de suivi, un observatoire et plus que ça. Mais ce qui est important à noter, c’est qu’il ne faut pas que ces recommandations restent dans les tiroirs, il s’agira de mettre en place des mécanismes et des systèmes pour rendre effectives les recommandations qui vont être issues du forum.
L’Indicateur du Renouveau : Vos satisfactions au sortir de ces concertations ?
Pr. Sall : Mes satisfactions se situent d’abord sur le plan méthodologique et conceptuel parce que nous avons élaboré une lettre d’orientation stratégique qui recommande que nous n’allons pas directement aux concertations régionales sans procéder à des ateliers exploratoires, à des écoutes au niveau central, et à des ateliers thématiques.
Ce qui nous a permis de déblayer un certain nombre de choses, qui ont été validées par le terrain à travers ces concertations régionales.
Ce qui est une satisfaction sur le plan intellectuel et moral. Une autre satisfaction se situe au niveau humain à travers l’adhésion, l’engouement, les attentes des populations. Et nous prions Dieu pour que les attentes de ces populations ne soient pas trahies, c’est tout le vou que je formule pour notre pays.
Abdoulaye Diakité
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