« Les populations demandent une évaluation de nos méthodes pédagogiques »
mercredi 17 septembre 2008 par Abdoulaye Diakité
L’Indicateur du Renouveau : Pouvez vous nous parler des résultats des concertations régionales de Kayes et Gao ?
Denis Dougnon : A Kayes et à Gao, les participants ont travaillé sur les mêmes termes de références : la gestion des ressources humaines ; le cadre législatif et réglementaire ; la gestion de l’école en mode décentralisé ; les programmes et méthodes pédagogiques. Nous sommes parvenus à des résultats tout au moins satisfaisants. Par exemple en ce qui concerne la gestion des ressources humaines, à Kayes comme à Gao, les participants ont exprimé leur volonté de voir les ressources humaines de l’éducation nationale, qui sont au niveau de l’école y compris les écoles communautaires, gérées par un portefeuille commun, celui de l’Etat.
En ce qui concerne l’école en mode décentralisé, les participants ont estimé qu’il sera très difficile pour des communautés particulièrement pauvres de prendre en charge l’école et que celle-ci devrait revenir définitivement à l’Etat, c’est-à-dire que le devoir régalien de l’Etat doit s’exercer sur l’école dans tous ses compartiments. Par rapport à la politique des langues nationales, il a reconnu que tout le monde s’accorde à reconnaître qu’aucun pays ne peut se développer, sans développer ses propres langues nationales, mais que le moment est venu aujourd’hui d’évaluer des méthodes pédagogiques comme la Pédagogie Convergente etc, en vue de savoir si nos langues nationales sont bien enseignées, et de fait savoir si elles peuvent être des alternatives pour faire avancer notre système éducatif.
Par rapport au cadre législatif et réglementaire, les participants ont demandé que beaucoup de textes soient relus comme ceux des associations de parents d’élèves ; des comités de gestion scolaire ; de certaines directions de l’éducation, en l’occurrence la Direction nationale de l’éducation de base, dont leur relecture permettra de redimensionner certaines directions ou d’en créer en vue d’être plus efficaces. Ils ont aussi parlé de mécanisme de suivi des résolutions du futur forum : « C’est dans ce cadre qu’en fonction des propositions issues de ces concertations régionales, nous allons faire une synthèse pour trouver le meilleur mécanisme possible qui sera proposé à qui de droit » a indiqué le Professeur. En plus de tout cela, les participants ont demandé à ce qu’on crée un fonds national pour l’éducation qui sera alimenté par des Maliens et des Maliennes.
L’Indicateur du Renouveau : Quelles peuvent être les missions attribuées à un tel fonds ?
D. D : Ce fonds doit servir à financer les différents programmes d’éducation qui ne sont pas suffisamment pris en charge par les bailleurs de fonds, comme la recherche linguistique qui nous permettra d’utiliser valablement nos langues nationales ; la confection des manuels en langues nationales pour soutenir quantitativement et qualitativement la Pédagogie Convergente ; la recherche scientifique où le budget d’Etat d’insuffle pas suffisamment de ressources. Il faudra aussi veiller à ce que le fonds soit bien géré à travers la mise en place d’un mécanisme pour une gouvernance correcte dudit fonds.
L’Indicateur du Renouveau : A quoi les participants s’attendent-ils du forum, à Kayes qu’à Gao ?
D. D : Les gens s’attendent à ce que leurs propositions et recommandations soient prises en compte par le forum, surtout en ce qui concerne les propositions réalistes, soutenables et durables. Celles qui ne seront pas réalistes du fait que les mesures d’accompagnement sont difficiles à mobiliser immédiatement, comme les questions de grosses sommes d’argent, ne seront pas priorisés. Le rôle de la commission d’organisation est de regrouper les différentes recommandations et propositions faites sur les différents thèmes par les huit régions et le District pour faire une synthèse dans laquelle tout le monde peut se retrouver.
L’Indicateur du Renouveau : Peut-on savoir sur quoi se fonde votre satisfaction ?
D. D : Ma satisfaction est fondée sur le fait que quand on est allé à Kayes comme à Gao, sur une prévision de 591 personnes, il y a eu plus de 700 participants. Ma satisfaction se fonde aussi sur la qualité des débats : les gouverneurs, les préfets, les sous-préfets, les maires, les enseignants, les élus locaux, les enseignants se sont tous exprimés sur leurs préoccupations à partir de leurs vécus. Vous savez ces concertations ont été une occasion pour les gens de dire ce qu’ils ont au fond du cœur.
Ils ont fait leurs propositions censées adapter l’école malienne aux besoins de leurs enfants, des familles et du Mali en général.
Abdoulaye Diakité
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