Les raisons du report
lundi 12 mai 2008 par Issa Fakaba SISSOKO
Dans notre livraison n°408 du mercredi 16 avril 2008, sous le titre « Biennale artistique et culturelle à Kayes : Faut-il craindre un fiasco ? », nous évoquions à la suite d’un entretien avec le directeur national de l’action culturelle, le point des préparatifs de la manifestation, les raisons du choix de la ville et l’impact d’un tel évènement sur le développement socio-économique de Kayes.
Aussi, souligne le présent article, si les phases locale et régionale se sont déjà tenues dans toutes les capitales régionales, sauf Kidal à cause des récents évènements, la phases nationale n’avait pas connu encore de date officielle. Mais depuis quelques jours, c’est chose faite. Les festivités marquant la célébration de l’édition 2008 de la biennale à Kayes se tiendront du 20 au 30 décembre prochains. L’information a été rendue publique la semaine dernière par le département de la culture au cours d’une mission de supervision du ministre El Moctar dans la région pour s’enquérir de l’état d’avancement des préparatifs.
Au bilan cette mission ministérielle, il ressort que les travaux préparatoires vont bon train et que tout semble être mis en œuvre par les autorités régionales afin d’être dans les délais et de donner un éclat particulier à un évènement considéré comme une des importantes manifestations nationales dans notre pays.
Traditionnellement, la biennale se tient entre les mois de juillet et septembre pendant les vacances scolaires. Quelle peut être alors la raison fondamentale du choix du mois de décembre pour l’édition de Kayes ?
De l’avis du conseiller à la communication du ministre de la Culture M. Amadou Konaté, la présente date a été arrêtée de commun accord avec la commission régionale et le département, puis entérinée par la Primature à travers son adoption au conseil des ministres. Joint par nos soins, le responsable de cabinet révèle que ce choix est parti du constat que les mois de juillet et de septembre correspondent à la pleine période d’hivernage et de mois de carême, ce qui ne permet point le déroulement normal des activités. Pour cela, explique notre interlocuteur, il était nécessaire de cibler une autre date. Et les congés de Noël ont semblé la date la plus propice pour les acteurs. Bref, pour le chargé à la communication du ministre de la Culture, ce choix permet de donner plus de visibilité à la manifestation.
Les préparatifs finalement exécutés à 90% Activité majeure du ministère de la Culture, la biennale constitue le carrefour de l’expression artistique et de la diversité culturelle. Cadre de rencontre et de dialogue entre les jeunes et les acteurs culturels des huit régions du pays et du District de Bamako, la biennale a été créée en 1958 sous le nom de « Festival africain de la jeunesse ».
En 1962, elle se réduit à la dimension nationale pour prendre le nom de « Festival national de la jeunesse ».
De 1963 jusqu’en 1970, la manifestation exista sous l’appellation de « Semaine nationale de la jeunesse ». A partir de cette date (1970) jusqu’en 1988, elle s’érige officiellement en « Biennale sportive, artistique et culturelle ». Dès lors, ce fut une longue période d’inexistence jusqu’en 2001 où, grâce à l’ancien ministre de la culture, M. Cheick Oumar Sissoko, la manifestation renaît sous le terme de « Semaine nationale des arts et de la culture ». Devenue biennale, elle s’inscrit en droite ligne de la volonté des autorités de notre pays d’en faire un facteur de développement pour la localité qui l’abrite, et de renforcement de l’unité nationale, de la cohésion sociale.
Ainsi, après Bamako en 2003, Ségou en 2005, le choix a été porté sur la région de Kayes d’abriter l’édition 2008 de la biennale artistique et culturelle, version décentralisée.
L’évènement, qui était initialement prévu pour 2007, avait en effet été reporté pour raison d’élections sur proposition du département de la Culture.
L’idée de la décentralisation de l’évènement, nourrie par les autorités dans le but de responsabiliser davantage les régions, a donné sa première expérimentation (heureusement réussie) à Ségou. Kayes pourra-t-elle relever le défi de cette organisation ?
Pour le Directeur national de l’action culturelle, M. Kora Dembélé, qui nous a récemment accordé un entretien, l’état satisfaisant de l’évolution des préparatifs permet d’y croire. Et les campagnes de sensibilisation et autres cadres de concertations instaurés par le gouverneur de la région le Colonel Mamadou Adama Diallo (président de la Commission régionale d’organisation) ont amené les populations à s’approprier l’évènement. En témoigne, dit-il, les opérations régulières de salubrité, le pavage de certaines rues, le curage des caniveaux, etc. Le chargé à la communication du ministère n’en dira moins. Pour lui, la récente mission du ministre de la Culture, M. Mohamed El Moctar a permis d’évaluer à 90% l’état d’exécution des travaux préparatoires. Bref, pour M. Konaté et le Directeur national de l’action culturelle, dont le département joue le rôle d’appui technique auprès de la commission régionale sous la supervision du cabinet du ministère, c’est véritablement une mobilisation générale enclenchée par les responsables de la région pour donner à l’évènement un cachet particulier.
Et à ce jour, tous les signaux montrent que dans quelques semaines la ville va abriter un grand évènement. D’ailleurs, explique M. Dembélé, cet engouement s’est véritablement manifesté depuis la fin de la cérémonie de clôture de l’édition 2005 à Ségou où la région de Kayes, à travers l’Assemblée régionale, a adressé officiellement une lettre de manifestation d’intérêt pour abriter l’évènement. « Le département de tutelle a agréé la demande, puis l’a soumise à l’appréciation de la Primature avant d’être approuvée par le Conseil des ministres » a déclaré M. Kora Dembélé.
En clair, précise-t-il, l’intérêt manifesté par la région, la richesse et la diversité de sa culture, la capacité à organiser les grandes manifestations, la présence d’infrastructures aussi bien hôtelières que de spectacles, sont entre autres raisons qui ont prévalu au choix de la capitale du Khasso pour abriter la 2ème édition de la biennale artistique et culturelle, version décentralisée. Facteur de développement pour la région.
Parlant des infrastructures de spectacles, les avis du Directeur national de l’action culturelle et du chargé à la communication, laissent croire que les chantiers des deux salles, dont la réception est prévue pour la fin de ce mois, connaissent une évolution assez satisfaisante. Il s’agit notamment de la nouvelle salle Massa Makan Diabaté, d’une capacité de 1.200 places, située à l’ouest de la ville non loin de la station ORTM régionale.
Quant à la salle du « Carrefour des jeunes », située non loin de la gare ferroviaire, elle est en pleine rénovation et peut contenir environ 300 personnes.
De plus, a ajouté M. Dembélé au cours de notre récent entretien, au plan de l’accueil, depuis l’annonce de la tenue de l’évènement dans la région, trois nouveaux hôtels ont vu le jour, dont deux (le Logo Bis, et le Tiéba 2) seront bientôt réceptionnés. La construction de ces infrastructures hôtelières, le coup de fouet donné au secteur du tourisme qui connaîtra un essor remarquable au cours des deux semaines et au-delà, la rénovation et l’électrification des salles de classe des écoles devant abriter les troupes, la concrétisation (bientôt) du projet de construction d’un village des festivaliers, l’assainissement et l’embellissement de la ville amorcés, l’impact sur le transport et autres petites affaires pour les artisans participants à l’exposition artistique prévue, les salles de spectacles répondant aux normes exigées, etc., sont autant de retombées socio-économiques favorables pour la région, conformément à l’objectif des concepteurs de l’événement.
D’où cet avis du Directeur national de l’action culturelle, que la biennale est bel et bien rentabilisée et constitue une véritable opportunité pour la région qui l’abrite. « Le caractère tournant de l’évènement s’inscrit justement dans cette logique. Faire profiter toutes les régions, cultiver davantage le sentiment d’appartenance à un même pays, favoriser la circulation des artistes et de leurs œuvres, sont entre autres les objectifs clés recherchés par cette manifestation » a-t-il conclu.


