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Les sociétés minières du Mali à la barre ce matin crient à une cabale

POLLUTION ENVIRONNEMENTALE

mercredi 21 mai 2008 par Abdoulaye Diakité et Markatié Daou

Elles (ces sociétés minières en exploitation au Mali) ont été assignées le 12 mai en justice par l’Association pour l’Environnement et la Santé (APES), qui les accuse « d’avoir causé la pollution de l’air, de la terre, de l’eau, de la flore et de la faune, des sites qu’elles exploitent ». Si ces accusations sont retenues par la justice telles que formulées par l’APES, les sociétés concernées auront à débourser 150 milliards de nos francs à titre de réparation des dommages causés aux personnes et à leur cadre de vie. Les sociétés d’exploitation minières concernées par cette poursuite judiciaire crient à une cabale et protestent contre ce qu’elles dénomment « une aventure dangereuse pour l’avenir du secteur, donc pour l’Etat malien ». C’est pourquoi elles disent s’en tenir à la justice pour faire la part des choses. C’est du moins ce qui ressort d’une conférence de presse, tenue hier 20 mai à l’Hôtel Laïco El Farouck.

Créée le 18 avril 2008 en Commune II du District de Bamako, l’Association pour l’Environnement et la Santé (APES) fait déjà parler d’elle. En effet, à peine son récépissé obtenu (le 06 Mai dernier), qu’elle a assigné en justice, le 12 Mai, les sociétés d’exploitation minière de notre pays pour atteinte grave au cadre de vie des populations, à travers une pollution et une dégradation de l’écosystème (eau, terre, air) des zones d’exploitation minière. L’affaire qui a été portée devant le tribunal de Première Instance de la Commune II, est aujourd’hui en référé, l’audience ayant eu lieu le 14 mai dernier.

Selon les exploitants miniers, qui ont tenu une conférence de presse à cet effet, hier à l’ex-hôtel Kempinski, cette affaire constitue une cabale montée de toutes pièces par une association créée uniquement pour le besoin de nuisance à un secteur qui fournit aujourd’hui 70% des recettes budgétaires de l’Etat malien.

Les conférenciers du jour, à savoir le Directeur général de Randgold Ressources, Mamadou Samaké dit SAM ; Howard B Miller de AVNEL GOLD MINING LIMITED ; Ibrahim Kantao du Conseil National des Opérateurs Miniers du Mali, ont tour à tour désavoué cette association en la traitant de « saboteuse », cherchant à ternir l’excellence qui a toujours caractérisé les rapports entre les sociétés d’exploitation minière, l’Etat malien et les populations directement concernées par les mines.

D’entrée de jeu, le Directeur général de Randgold Ressources, Mamadou Samaké, a expliqué que les sociétés minières sont prêtes à répondre aux accusations de l’Association pour l’Environnement et la Santé (APES), qu’il qualifie d’ailleurs de mensongères.

C’est pourquoi, poursuivra-t-il, celles-ci feront tout pour ne pas se laisser extorquer de l’argent.

Pour lui, ladite association a été créée uniquement pour nuire au secteur minier. Il étaie ses arguments par le fait que ces sociétés minières travaillent depuis des décennies sous le contrôle de l’Etat malien, qui a des compétences avérées en matière d’expertise dans le domaine, contrairement à l’APES, qui, dit-on, n’a pas en son sein un seul expert en matière de pollution environnementale. La preuve, affirment les conférenciers, c’est que l’APES demande au tribunal de recruter des experts nationaux devant aller constater leurs affirmations sur le terrain, aux frais des sociétés minières.

Battant en brèche les accusations formulées à leur encontre par l’APES, les sociétés d’exploitation minière font référence aux différentes expertises menées par les structures étatiques de contrôle. Selon elles, les sociétés minières opèrent selon un code minier dont le respect des clauses est surveillé de près par les acteurs de l’Etat. M. Samaké a expliqué que ladite association veut imiter ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire pour les déchets toxiques et aux Etats-Unis pour le tabac, alors que les contextes sont loin d’être les mêmes.

Le Directeur général de Randgold Ressources rassure ses compatriotes qu’aucune société minière n’utilise le mercure jugé très polluant et dégradant l’environnement. A la place du mercure, c’est le cyanure qui est utilisé en complémentarité avec d’autres produits, dans toutes les mines au monde depuis plus de 50 ans pour le traitement de l’or. Ce qui, selon lui, ne pose aucun problème sanitaire. Dans une déclaration faite par le Conseil national des opérateurs miniers et lue par Ibrahim Kantao, les sociétés concernées par cette poursuite judiciaire dénoncent la « nouvelle forme d’agissement de l’APES » qui, selon eux, doit être dénoncée avec la plus grande rigueur pour éviter à notre pays de basculer dans une ère d’anarchie et de règne du gain facile. « Cette forme d’agissement de l’APES, peut-on lire dans ladite déclaration, amenuise les efforts déployés par les autorités successives de notre pays pour créer un climat favorable à l’investissement privé », et qui ont fait de celui-ci une destination. Dans ladite déclaration, elles ont posé la question de savoir si l’Association pour l’Environnement et la Santé dispose des compétences et du patriotisme des spécialistes des départements des Mines et de l’Environnement qui veillent sur le respect des normes environnementales.

En attendant leur comparution, les sociétés minières doutent de la légalité de la partie requérante (APES), qu’elles soupçonnent de n’être pas encore déclarées au journal officiel. Ce qui n’empêche pas cette dernière de reprocher aux sociétés minières d’avoir plongé les zones concernées par les mines dans une dégradation de l’écosystème, avec une atteinte au fleuve Sénégal, des terres rendues infertiles, l’air irrespirable et pathogène et un désastre humain etc. Pour la réparation du préjudice causé aux populations, elle demande à la justice de condamner les sociétés minières à payer rien moins que la somme de 150 milliards de FCFA de dommages et intérêts à titre de réparation des dommages causés aux personnes, à leur cadre de vie (air, terre, eau, flore, et faune), ainsi qu’à ladite association elle-même.

Quoi qu’il en soit, il s’agira pour la justice, en laquelle les deux parties disent avoir entièrement foi, de trancher sans complaisance cette question qui, sous d’autres cieux, suscite beaucoup d’attention.


 

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