Les tares de la presse malienne
mardi 6 mai 2008 par Abdoul Karim Maïga
Le respect de l’éthique et de la déontologie est le fondement de ce métier dont l’exercice n’est pas donné à qui le veut. En clair, n’importe qui ne devient pas journaliste, mais plutôt qui le peut.
Autrement dit, outre la prédisposition, les connaissances requises, il faut a priori savoir rester dans le « carcan » de l’éthique et de la déontologie. Loin de s’ériger en donneur de leçon ou de prétendre détenir l’exclusivité de la vérité et le monopole de la raison, le journalisme, à la sauce malienne, suscite aujourd’hui beaucoup d’effroi et d’émoi, tant les dérapages et les atteintes graves aux principes fondateurs du métier ont atteint un niveau qui se passe de tout commentaire.
Cependant, ne mélangeons pas les torchons et les serviettes. La presse malienne regorge toujours des plumes de qualité, des hommes et des femmes qui prouvent à suffisance à travers leur exemplarité, qu’ils n’ont pas été parachutés dans le métier aux fins d’échapper aux dures règles du chômage.
Ces hommes et ces femmes, aussi rares soient-ils, sont des références qui imposent le respect. A côté de ces oiseaux rares, il y a ceux qui exercent le métier « au nom du père, du fils et du business ».
La morale ? L’éthique ? La déontologie ? On s’en moque.
Le seul instinct qui les anime c’est le « dieu argent ».
Peu importe sa couleur, peu importe la façon dont cet argent est gagné. L’essentiel c’est de l’avoir. Et pour l’avoir, le chantage, la diffamation, la mendicité, la prostitution intellectuelle, le déni de soi, la calomnie et j’en oublie, sont le principal sentier qui permet à cette nouvelle race de journalistes d’assouvir sa cupidité. Il faut reconnaître que les hommes de média au Mali ont perdu tout crédit depuis qu’ils sont des porte-parole des hommes politiques, des hommes d’affaires et même des malfrats. On a vu ici certains participer aux assises de partis ou monter des coups les uns contre les autres. Les journalistes ont été au centre des différentes crises connues par les politiques, le monde des affaires et les syndicalistes. Contre quelques billets, ils épient les uns pour informer les autres et vice-versa. Désormais, tout est à monnayer, les informations, notre dignité, notre honneur et celui de nos camarades. Certains confrères, notamment les plus anciens, qui président les organisations de la presse, ont décidé de jouer aux mercenaires. En plus de publier des articles anonymes au détriment de ceux qui refusent de faire l’objet de chantage, ils font chaque matin le tri des journaux qui traitent de contentieux pour proposer leur médiation aux personnes concernées. La publication du dernier rapport du Vérificateur général n’a fait qu’aiguiser l’appétit de nos maîtres-chanteurs.
Les directions administratives et financières ont été prises d’assaut et ceux qui ont refusé de mettre la main à la caisse ont été sérieusement savonnés. Tous ces agissements font qu’aujourd’hui, la presse privée manque cruellement de références morales. Pour ne rien arranger à la situation, les associations supposées défendre les intérêts des journalistes ferment les yeux sur l’exploitation de leurs confrères, qui pour la plupart, ne sont pas payés, en dépit des déclarations fausses dont se rendent coupables les patrons de presse quand il s’agit de fournir les pièces pour être éligibles à la subvention de l’Etat. Les conséquences sont incommensurables tant sur la démocratie que sur l’opinion publique qui, plutôt que d’être informée, est désinformée. Il urge de redéfinir le journalisme en lui redonnant ses lettres de noblesse pour le salut de la nation et de la mémoire. Nous sommes tous interpellés, journalistes et patrons de presse en passant par les autres acteurs.
Extirper de la presse ses mauvaises graines est un devoir historique.
Abdoul Karim Maïga
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