Selon des sources aéroportuaires, l’avion sud-africain affrété par le gouvernement mozambicain pour un vol spécial s’est posé à l’aéroport de Bamako-Sénou à 4h20.
Le vol n’avait pas été déclaré et aucun plan de vol n’avait été communiqué. Selon les mêmes sources, c’est aux environs de 23 heures lundi que la tour de contrôle a été contactée par le délégué général aux Maliens de l’extérieur qui lui annoncé l’arrivée de l’avion. La tour ne disposait d’aucun indication sur l’appareil attendu. Peu après, la tour confirmait l’arrivée prochaine prévue d’un vol pour 4 heures.
Effectivement à 4h20, l’appareil se posa. Aussitôt, les éléments de la gendarmerie s’en approchèrent. A bord, le grabuge avait déjà commencé. Une vive altercation avait, en effet, éclaté entre les rapatriés et les membres de l’équipage. Avant même que la passerelle soit installée, deux passagers ont été éjectés de l’appareil, selon des témoins. Les gendarmes s’empressèrent de monter à bord et réussirent à calmer les expulsés et à identifier quelques blessés légers.
SANS PLAN DE VOL :
Nos compatriotes en colère avaient déjà occasionné des dégâts à l’aéronef. Le pilote entendait pourtant repartir en catastrophe. Et comme il était venu : sans plan de vol. La tour refusa de lui d’accorder l’autorisation de décoller. Pour manifester son mécontentement, le pilote resta longtemps stationné sur la piste avant de se résoudre à revenir au parking. Le commandant de bord annonça alors que les membres de l’équipage ne quitteraient l’appareil qu’en présence de l’ambassadeur de leur pays ou de son représentant. Pendant ce temps, les gendarmes avaient entrepris d’évacuer les rapatriés et leurs bagages. Ils furent mis à la disposition des éléments de la Protection civile déjà sur place. Aussitôt à terre, tous firent état des sévices et des mauvais traitement subis. C’est ce qui explique leur attitude envers les membres de l’équipage et les éléments d’escorte mozambicains, ont-ils indiqué. De Sénou, ils ont été conduits à la caserne des sapeurs pompiers de Sogoniko. Ici, ils ont raconté en détails leur odyssée avant de regagner leurs familles. Aux environs de 11 heures, lors du passage de notre équipe de reportage, les derniers rapatriés étaient dans le bus pour rentrer chez eux. Youssouf Sangaré fait partie du lot. Tout a commencé il y a deux semaines, raconte-t-il. Le 5 janvier dernier, les autorités mozambicaines ont entrepris de regrouper les étrangers. Dans cette opération ils n’ont fait aucune distinction entre ceux qui sont en situation régulière et ceux qui ne le sont pas. Ils raflaient ainsi tous les étrangers sur leur passage. Lui et nombre de Maliens étaient établis au nord du Mozambique dans la zone de Katandica (province de Manica), et dans la région de Chimoyo, au nord de Maputo. Certains d’entre eux détenaient une licence de résident de 10 ans. Mais rien n’y fit. Tous les étrangers étaient indésirables. La police, assurent-ils, ne s’embarrassait d’aucun discernement.
LES BIENS CONFISQUÉS :
Les expulsés sont ainsi nombreux à citer le cas de Ibrahima Thiocary, un négociant en diamant malien, bien connu, établi légalement en Zambie avec femme et enfants. De passage au Mozambique, notre homme s’est tout simplement retrouvé au mauvais moment, au mauvais endroit. Selon ses camarades d’infortune, Ibrahima Thiocary a été délesté de quelque 100 000 dollars américains (environ 45 millions de Fcfa) au moment de son arrestation. Comme 80 autres Maliens, 55 Guinéens, 20 Sénégalais et 1 Somalien, il a été conduit à Chimoyo puis à Maputo avant d’être expulsé dans les conditions que l’on vient de décrire. Les policiers mozambicains ont pris leurs biens (argent, téléphones portables etc..), leur promettant que ceux-ci leur seraient restitués plus tard.
Beaucoup de rapatriés ont fait état de sévices de la part des forces de l’ordre mozambicaines. Salif Doumbia explique ainsi qu’on lui a pris 9000 dollars (un peu plus de 4 millions Fcfa). En plus des biens confisqués jamais restitués et des sévices infligés par des policiers mozambicains, nos compatriotes sont unanimes à faire état de violences exercés par des "mercenaires" sud-africains qui accompagnaient l’équipage et les 13 éléments d’escorte mozambicains. C’est pourquoi, expliquent-ils, dès que l’avion s’est immobilisé ils ont eu cette réaction violente contre ceux qu’ils appellent leurs tortionnaires. Ils rapportent avoir ainsi réussi à récupérer une ceinture électrique utilisée dans l’avion contre ceux que l’on considérait comme des récalcitrants. Le capitaine Sidy Touré, commandant de la Compagnie de gendarmerie des transports aériens, confirme qu’il y a bien eu quelque dommages sur l’appareil, mais que ceux-ci n’affectaient en rien sa navigabilité.
Au moment où notre équipe quittait Sénou, l’équipage avait accepté de descendre de l’appareil pour rencontrer un représentant de l’ambassadeur d’Afrique du Sud. Les négociations devaient ensuite s’ouvrir. Les gendarmes veulent enquêter sur les objets saisis et l’ANAC (Agence nationale de l’aviation civile) a des comptes à demander au commandant de bord. Non seulement il a fait voler l’avion sans plan de vol, mais en plus il ne s’est pas acquitté des formalités habituelles.


